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Suis-je alcoolique?

31/03/2017

 

On peut se le dire, l’alcool est omniprésent dans nos vies, surtout durant nos études. Dans un party, un 4@7, un souper entre amis ou en regardant un match de hockey, toutes les raisons sont bonnes pour boire un verre et… qui va nous en empêcher? Sûrement pas moi. Mais dans le contexte scolaire, principalement postsecondaire, on assiste à une tendance sociale qui légitime l’abus de boisson, voire même qui l’encourage. Cela dit, aux études, on boit généralement beaucoup, et il peut arriver que l’on oublie que cette populaire eau-de-vie peut entrainer un comportement destructeur même si on est jeune et relativement en santé. D’où la pertinence de tracer ou plutôt d’éclaircir la ligne séparant la consommation normale de la consommation excessive et pathologique d’alcool.  

 

Suis-je alcoolique? Bonne question.  

 

En se fiant à Éducalcool, qui recommande un maximum de 10 consommations par semaine pour les femmes et de 15 pour les hommes, je suis pas mal sûr que les étudiants de première année de la Faculté ont plafonné leur quota du mois en quatre jours… Donc, est-ce que ça fait de moi un alcoolique? Non, ou du moins pas encore. 

 

Au Canada, près de 19 % de la population âgée de plus 12 ans auraient eu une consommation abusive d’alcool en 2013 (1). La définition du concept est cependant assez libérale, puisque par consommation abusive d'alcool, on entend « les hommes qui ont déclaré avoir bu cinq verres d'alcool, ou les femmes ayant déclaré avoir bu quatre verres d'alcool, en une même occasion, au moins une fois par mois au cours de la dernière année » (Statistiques Canada). Le gouvernement du Canada aime aussi se référer au DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) pour évaluer le trouble de boisson qui énonce qu’il faut un abus accompagné d’une dépendance. Maintenant, si je me qualifie, cela fait de moi un alcoolique ? Non, pas tout à fait. 

 

Un des tests les plus simples et reconnus par la doctrine médicale est le « CAGE questionnaire » (2). Deux réponses positives à ce questionnaire de quatre courtes questions signifient que vous avez de faibles risques d’être alcooliques et quatre réponses positives indiqueraient un risque élevé, selon l’étude américaine. Voici ces fameuses questions :  

 
1- Have you ever felt you needed to  Cut down on your drinking? 

2- Have people  Annoyed you by criticizing your drinking? 

3- Have you ever felt Guilty about drinking? 

4- Have you ever felt you needed a drink first thing in the morning (Eye-opener) to steady your nerves or to get rid of a hangover? 

 

Il ne faut toutefois pas prendre ce texte au premier degré. Certaines circonstances peuvent faire varier l’analyse. Néanmoins, on comprend qu’être « alcoolique » parait plus aisé qu’on pourrait le croire et que la consommation d’alcool peut vite devenir pathologique si ces questions tendent vers le oui. Donc, suivant cette logique, le nombre de drinks ne dérange pas, c’est plutôt l’attitude des tiers et de soi-même qui déterminent l’importance du problème. Un examen relié à l’influence de la consommation abusive sur la façon dont nous nous sentons ne serait pourtant pas complet en soi. Pourquoi? C’est simple.  

 

Nous avons vu l’argument voulant que le trouble d’alcoolisme n’en est pas un tant qu’il y n’a pas de conséquences négatives ou encore un changement d’attitude drastique de la personne concernée. Ça peut paraitre logique à première vue de se dire « je bois beaucoup, tout le temps et ça ne change rien à ma vie, je n’ai donc pas de problème ». Grave erreur. D’une part, cela reviendrait à dire qu’adopter un comportement dangereux est acceptable tant que l’inévitable ne se produit pas. D’autre part, certaines conséquences d’une consommation élevée sont imperceptibles, car elles se produisent à long terme, telles que la cirrhose du foie, des troubles du système nerveux, des maladies cardiovasculaires ainsi que l’augmentation des risques de cancer, notamment le cancer du larynx, de l’œsophage, du côlon et du rectum. Une consommation abusive d’alcool dite sans effets nocifs est par conséquent impossible.  

 

La théorie c’est bien beau, mais qu’en est-il en pratique? Pour être certain de bien analyser le sujet, j’ai interrogé des anciens ou actuels alcooliques en leur demandant « Quand avez-vous réalisé que vous aviez/avez un problème d’alcool? ». Leurs réponses convergent toutes vers un aspect : lorsque les priorités changent, que la boisson empêche de faire des activités aussi simples qu’un souper ou qu’une fête et gâche des moments puisque le comportement est incontrôlable. Il s’agit donc d’une évaluation qui, encore une fois, penche plus vers les impacts du comportement destructeur. De plus, tous affirment que le cercle d’amis est un facteur très important. D’ailleurs, l’une des premières choses que l’on apprend quand on intègre les AA est de laisser de côté ceux qui ont l’habitude de prendre un verre de trop chaque soirée. 

 

Or, l’évaluation des troubles de boisson devrait se faire en conjonction avec les deux aspects subjectif et objectif. D’abord, de façon subjective, avec les impacts de la consommation abusive d’alcool sur votre vie en général. Ensuite, de façon objective, soit en fonction du nombre de consommations dépassant la norme. 

 

Bref, il y a bel et bien une limite qu’on ne doit pas franchir lorsqu’on aime boire aux études, mais après avoir fouillé dans les rapports de recherches ainsi qu’auprès des principaux concernés, on constate qu’il n’y a pas de critère ultime et que plusieurs facteurs influencent l’évaluation. J’ose espérer vous avoir rassurés ou inquiétés en époussetant la ligne entre la consommation responsable d’un étudiant et la consommation dite excessive et malsaine que le milieu scolaire tend à ensevelir.  

 

  1. Consommation abusive d'alcool, selon le groupe d'âge et le sexe (Pourcentage), 2013, Statistique Canada. 

  2. John A. Ewing, « Detecting Alcoholism : The CAGE Questionnaire », 1984, Center for Alcohol Studies, University of North Carolina School of Medicine, Chapel Hill.

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