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Cinquante nuances d'implication

 

J’ai longtemps réfléchi avant d’aborder le sujet de cet article. Il peut souvent sembler difficile d’introduire des nuances dans un débat aussi important et délicat que l’implication des femmes en politique active. Étant moi-même très impliquée, il est clair que j’ai une vision tranchée de la chose, que je tente de modérer au fil des conversations que j’ai avec mes collègues. Je suis une femme, ce qui, ne nous leurrons pas, m’offre une certaine protection dans mes propos. Je côtoie des femmes extraordinaires chaque jour, avec qui je discute de choses importantes comme celle-ci. Voici donc le fruit de mes réflexions des dernières années. 

 

J’ai participé à plusieurs colloques de femmes leaders et activités de discussions féministes, me disant chaque fois qu’il était impératif pour moi de continuer à m’entourer de femmes inspirantes. Bien que j’en aie rencontrées plus qu’à mon tour, lors des discussions, je vis toujours le même malaise : inlassablement, surgit le moment où tout le monde semble vouloir me victimiser. Lorsque les discussions d’implication débutent, mes consœurs semblent vouloir trouver mille et une raisons afin de justifier mon implication ou ma non-implication. Si je ne me suis pas présentée au poste de présidente de l’AED, ça doit être parce que je suis trop timide. Si je ne me présente pas à la FAECUM, ça doit être parce que j’ai peur de l’opinion des autres. Pour les femmes, les raisons que l’on attribue à nos décisions semblent être extrinsèques.  

 

Malgré que plusieurs personnes puissent refuser de se présenter pour les raisons précédemment mentionnées, il m’épuise de devoir toujours justifier mes choix. Je ne suis pas timide, je n’ai pas peur de l’opinion des autres, j’ai confiance en moi, et je m’empêche rarement de dire ou de faire ce que je veux.  

 

Outre mon expérience personnelle, n’est-ce pas imposer un fardeau encore plus lourd aux femmes que de constamment leur imposer de justifier ces choix, alors que des hommes plus réservés ou qui présentent d’autres traits non communément associés au leadership peuvent davantage demeurer fidèles à eux-mêmes et s’épanouir malgré tout? Le but devrait être d’encourager les femmes à s’impliquer, tout en respectant leurs traits individuels. Se faire répéter que toutes les femmes doivent présenter tel ou tel trait pour réussir, c’est tomber dans une forme de sexisme où les femmes ne peuvent pas être fidèles à elles-mêmes ET exceller ou occuper des postes de leadership.  

 

J’avoue qu’il est dangereux de tomber dans l’individualisme. Je ne souhaite pas faire une Éric Duhaime de moi-même, en me déclarant femme impliquée pour ensuite cracher sur le « lobby » qui m’a permis de le devenir. Je crois pourtant qu’il est important de cibler nos combats, et de ne pas travailler à contre-courant. Reconnaitre l’implication féminine lorsqu’elle mérite d’être soulignée est aussi pertinent que de l’encourager lorsqu’elle ne l’est pas suffisamment. C’est un défi que l’on retrouve à tous les paliers. Du fédéral aux associations étudiantes, en passant par le provincial et le municipal, il s’agit d’un sujet qui fait beaucoup discuter et qui, malgré les meilleurs efforts des acteurs impliqués, ne semble pas être sur le point de disparaitre.  

 

La question est évidemment pertinente au sein de notre faculté, et mérite d’être analysée. L’implication étudiante est une énorme machine, surtout au sein de notre Faculté de droit. Il est facile de s’arrêter au comité exécutif de l’AED, compte tenu de l’omniprésence des exécutants dans les correspondances et évènements de l’association. Cette année, ce groupe est composé de sept hommes et de deux femmes. Étant donné que la majorité des étudiants de notre Faculté sont en fait des étudiantes, il semble désolant qu’une si petite proportion fasse partie des dirigeants (PS : une bonne nouvelle s’annonce cependant : dans la campagne qui commence le 27 mars prochain, dix hommes se présentent, et neuf femmes!). Cela dit, il est pertinent de rappeler que l’implication ne se limite pas à ces neuf postes, loin de là. Un tour d’horizon sommaire permet de constater qu’il y a plus de femmes impliquées que d’hommes à la faculté. Tant dans les comités que les corporations indépendantes, que ce soit dans les postes de présidence ou dans l’exécutif en général, nos étudiantes font bonne figure, et c’est certainement de quoi être fier.   

 

Les comités de l’AED, au nombre de 27, constituent le pouls de notre association. Ils représentent la myriade de chemins possibles suite à une formation en droit, et la passion des étudiants qui forment leurs exécutifs. La quasi-totalité des évènements auxquels vous assistez, que ce soit les partys, les 4@7 professionnels ou les conférences, sont organisés par les exécutants et exécutantes des différents comités. De ces derniers, on compte 105 exécutantes et 64 exécutants. Sans se limiter à l’implication timide ou effacée, 15 femmes occupent le poste de présidente, comparé à 13 hommes (un des comités a une co-présidence). Les corporations indépendantes ne laissent également pas leur place. La CEFDUM, mandatée pour assurer aux finissants une année mémorable, est composée de quinze femmes et de quatre hommes, et est menée par une femme. L’association des étudiants juifs en droit (AEJD) compte en son sein douze femmes et sept hommes, et a deux co-présidentes à sa tête. Le Pigeon Dissident, souvent critiqué cette année pour son équipe majoritairement masculine, présentera une équipe paritaire l’an prochain, avec un couple mixte de rédacteurs en chef.  

 

Cette année, une nouvelle initiative a vu le jour afin de répondre aux problèmes criants en santé psychologique de nos étudiants. Le programme d'entraide de santé mentale pour les étudiants de la Faculté de droit de l'Université de Montréal, communément appelé PADUM, a été mis sur pied par des femmes, étudiantes et professeure.  

 

Finalement, dans les conseils d’administration disponibles à la Faculté, soit celui de l’AED et celui de la COOP Droit, la répartition des postes est majoritairement féminine dans le premier cas, et paritaire dans le second. 

 

Il est vrai que l’implication des femmes dans la politique active est un problème qui est loin d’être réglé. La Faculté semble cependant avoir trouvé des moyens efficaces de répondre aux besoins, en offrant une variété d’opportunités pour tous les étudiants de s’impliquer, et de trouver leur place. Nous avons une association étudiante vivante et pleine de projets, qui se démarque autant par la qualité de ses projets que par leur nombre important. Le meilleur remède au fléau du manque de représentation féminine n’est cependant pas seulement la diversification de l’offre, qui demeure primordiale, mais la valorisation égale de toutes ces implications. De juger que seule la participation au comité exécutif de l’AED vaut la peine d’être considérée comme barème de l’implication étudiante est tristement réducteur compte tenu de toutes les opportunités offertes dans notre Faculté.  

 

J’ai été élevée par une femme impliquée, et j’en côtoie tous les jours. Il est capital que notre association reste innovatrice en termes d’implication des femmes. Des initiatives de recensement et de sensibilisation sont certainement nécessaires, et permettent de garder un œil vigilant sur la question, mais il ne faut pas oublier de reconnaitre honnêtement nos acquis collectifs.  

 

Je suis fière des femmes qui étudient, enseignent et travaillent à la Faculté de Droit de l’Université de Montréal. On peut certainement, le temps d’un article, prendre un moment pour se le dire. 

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