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Présidentiables no 2

 

Appendice – On connaît maintenant les acteurs des éditions 2017, des plus à gauche aux plus à droite. Cette semaine, il s’agit d’examiner non plus seulement les candidats en tant que représentants de partis, mais à travers les quelques histoires de ce début de campagne : « l’affaire » Fillon, la chicane entre Marine Le Pen et le Parlement européen, et la pluralité des gauches – la cohérence du maintien de candidats aux programmes proches.

 

Mais tout d’abord, retour sur les chiffres d’intention de vote, toujours selon l’IFOP, du 10 février 2017. Les scores seraient de 0,5 % pour Nathalie Arthaud, 0 % pour Philippe Poutou, 11 % pour Jean-Luc Mélenchon, 15 % pour Benoît Hamon, 1,5 % pour Yannick Jadot, 20,5 % pour Emmanuel Macron, 5,5 % pour François Bayrou, 17,5 % pour François Fillon, 2,5 % pour Nicolas Dupont-Aignan, 26 % pour Marine Le Pen, et 0 % toujours pour Jacques Cheminade. Si Benoît Hamon a commencé à présenter son programme, si Emanuel Macron a dû démentir des rumeurs quant à son orientation sexuelle, si Jean-Luc Mélenchon a suscité l’étonnement en faisant des conférences le retransmettant en hologramme, c’est sur François Fillon et Marine Le Pen que la chronique sera axée.

 

 

Transparence? – François Fillon, candidat du parti Les Républicains, est en ce moment en pleines démêlées avec la justice française. Sa femme Pénélope fût payée, par périodes entre 1998 et 2013, comme attachée parlementaire du suppléant de son mari (ce dernier étant ministre en ces temps-là). Cependant cette dernière a toujours déclaré n’avoir rien à voir avec les activités politiques de ce dernier. La contradiction entre ces deux affirmations, dénoncée par le Canard Enchaîné (hebdomadaire français), a fait naître le soupçon d’un emploi fictif. L’ampleur de l’affaire, très vite prise en charge par la justice française, a déchaîné la presse domestique et étrangère, bien des observateurs internationaux clamant que jamais hors de France une personne accusée de tels actes (quelles que soient les conclusions de l’enquête) ne se maintiendrait comme candidat à une élection pour devenir chef d’État. Au-delà des débats sur les chiffres du montant de l’argent perçu, sur la moralité quant à employer des membres de sa famille, ou sur l’existence d’un emploi fictif (la présomption d’innocence restant la norme en matière judiciaire), l’affaire du douteusement nommé PénélopeGate montre une chose. L’électeur français dénonce ces pratiques louches, mais à aucun moment (même si le doute était permis) ce soupçon de malversations n’a mené à une démission spontanée du politique accusé. Lorsque l’on regarde les implications des hommes et femmes politiques françaises dans des affaires judiciaires, on remarque vite que quasiment tous ont été soupçonnés. Est-ce normal? Un pays peut-il accepter que la totalité de ses dirigeants aient des démêlées judiciaires? Apparemment, et pour le moment, pas de problème de ce côté-là…

 

Eurosceptique – Marine Le Pen quant à elle a été sommée par le Parlement européen (dans lequel elle est élue députée) de rembourser des sommes indûment perçues par certains de ses attachés parlementaires. Cette dernière a refusé de le faire. Acte de rébellion ou mauvaise foi évidente, la candidate d’extrême droite se défend d’avoir commis un quelconque acte illicite. Invitée jeudi le 9 sur le plateau de l’Émission Politique (sur France 2, chaîne du service public), elle se revendique eurosceptique et justifie son refus de payer par un désir profond de se soustraire à l’autorité européenne. Cela suscite plusieurs interrogations. La première concerne la fiabilité de cette élue vis-à-vis les institutions : peut-on en tant que responsable politique, titulaire d’un mandat populaire, refuser de se soumettre aux règles régissant l’organisation à laquelle l’on a voulu être élu? La sommation du Parlement est par principe exécutoire comme le serait une décision de justice au niveau domestique, bien qu’elle puisse être contestée. La seconde concerne la cohérence des idées clamée par la candidate et de facto par son parti : eurosceptique et eurodéputée, n’y a-t-il pas là même un paradoxe évident? Le Front national clame vouloir sortir de l’institution européenne, mais contribue à son fonctionnement (les députés des groupes minoritaires n’ont cependant pas grand poids dans les débats parlementaires européens). Si cela ne pose pas de problème évident et peut apparaître comme un désir d’attaquer l’institution en son sein même – comme un boycottage interne à la structure – cela peut susciter un questionnement quant à la pratique du Front National. En effet est-il efficace et pertinent de se poser comme opposant systématique plutôt que de proposer des solutions alternatives? C’est là tout le problème de la candidate du Front National. Parce qu’elle regroupe 26 % d’intentions de vote, soit un quart de la population française, Marine Le Pen et son programme méritent d’être exposés et mis en perspective quant à leur probabilité de succès et impacts supposés – ce sera l’objet d’une prochaine chronique, si ses chiffres restent si hauts.

 

La semaine prochaine, si rien ne vient troubler le déroulement des campagnes, on regardera les candidats des partis dits de gauche – bien que l’idéologie du clivage traditionnel gauche/droite ait perdu de son sens et ne se présente plus comme une grille d’analyse satisfaisante de la politique en France, le bipartisme n’étant plus un modèle réel de l’échiquier politique. Les enjeux soulevés par la multiplication des partis et candidats hors partis sont multiples, notamment quant à la probabilité d’élection de chacun d’eux lorsque se rassembler en un seul mouvement leur assurerait un succès plus probable. Enfin, la question des élections législatives (qui depuis l’abandon du septennat surviennent quelques mois à peine après les élections présidentielles, pour éviter les cohabitations) se pose : quels députés soutiendront un candidat n’étant pas encarté dans un parti traditionnel?

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