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Quelques mots pour nos futurs exécutants

15/02/2017

 

En bon futur ancien de la Fac, je me permettrai de consacrer mon avant-dernier éditorial au Pigeon à quelques recommandations pour la future AED 2017-2018. Puisqu’elle n’aura pas la joie de m’avoir dans les pattes, c’est le moins que je puisse faire.  

 

Alors que la saison des élections se pointe le bout du nez, voici donc une humble revue de certaines questions et problématiques qui ne pourront être ignorées par les prochain(e)s VP. 

 

Talonner le décanat  

Certains dossiers propres à la population étudiante demeurent largement entre les mains de la direction de la faculté et l’AED se doit d’en assurer un suivi serré. Pensons notamment à la conciliation études-travail, aux problèmes de santé mentale ou encore à la flagrante homogénéité de la faculté de droit.  

 

Déjà constaté par ce journal ainsi que de nombreux étudiants, ce manque de diversité ethnique et socioéconomique de la population étudiante doit devenir une priorité pour le décanat et l’AED. Cette situation est non seulement négative d’un point de vue sociétal, mais elle nuit également à la richesse des points de vue et à l’ouverture d’esprit au sein de la faculté.

 

L’association étudiante et l’exécutif qui la représente ne peuvent jouer la sourde oreille devant une telle problématique. Alors que le décanat soulevait le manque de données pour justifier son inaction en novembre dernier, il serait grand temps de lui forcer la main. Les étudiants sont les premiers à constater le manque de diversité à la faculté et devraient aussi être les premiers à le dénoncer. Si c’est d’abord la direction de la faculté qui a le pouvoir de changer les choses, les étudiants peuvent au moins y participer en prenant la parole.  

 

La réforme du baccalauréat est une excellente occasion de le faire. L’idée d’un nouveau système d’admission prenant en compte le manque de diversité du corps étudiant devrait être mise sur la table. Cette réforme est d’ailleurs l’occasion idéale de faire valoir l’intérêt des étudiants sur plusieurs autres questions, notamment le système d’évaluation courbé. Le prochain exécutif de l’AED se devra de saisir cette opportunité.  

 

Parler de violences sexuelles 

Le 16 janvier dernier, l’enquête ESSIMU (1) révélait que 36,9 % de ses répondants issus de la communauté universitaire ont déjà subi une forme de violence sexuelle, près de 60 % du temps lors d’activités sociales. Parmi ces victimes, à majorité des étudiantes de premier cycle, seulement 10 % ont porté plainte. Ces données font surface quelques mois après une profonde discussion sur la culture du viol au Québec, notamment à la faculté de droit de l'UdeM.  

 

Vu l’ampleur et l’importance de la problématique, on ne peut éviter la discussion simplement parce qu’un débat public risque de se révéler explosif. La culture du viol et les violences sexuelles en milieu universitaire sont une réalité qu’il faut attaquer de front. On ne peut non plus attendre qu’une plainte ou un scandale surgisse pour s’ouvrir les yeux. Nous disposons désormais de statistiques claires et connaissons bien les terreaux fertiles à l’expression du problème, notamment les activités d’initiation. Il faut maintenant agir. 

 

L’édition 2017 du Carnaval de l’AED présentait plusieurs signes encourageants à cet égard. Soulignons, par exemple, l’augmentation du nombre d’activités sans alcool et l’encadrement du système de pointage des sections. Certaines problématiques liées aux relations d’autorité et à la compétition demeurent toutefois ancrées dans ces événements et devraient continuer d’être remises en question afin de minimiser les risques de dérapage. Il ne faudrait pas non plus oublier que les initiations et le carnaval ne sont qu’une partie du problème. Un effort doit être fait pour prévenir et dénoncer les violences sexuelles dans d’autres contextes, notamment les activités d’enseignement et d’études.  

 

Se préoccuper de la santé psychologique des étudiants  

Une autre étude, sur la santé psychologique cette fois, a récemment dressé un portrait inquiétant de la faculté de droit. L’enquête « Ça va? » menée par la FAECUM (2) révèle effectivement que 27,6 % de ses répondants de premier cycle en droit pourraient bénéficier d’un soutien psychologique en raison de symptômes dépressifs et qu’environ un sur dix présente des symptômes de burnout. Plus inquiétants encore, 6,7 % des étudiants auraient déjà sérieusement songé à s’enlever la vie.  

 

Bien que les conclusions et les recommandations à tirer de ces données soient encore en processus d’analyse, elles offrent un aperçu d’une réalité qui peut être abordé dès maintenant. Une réalité empreinte de pression et de compétition malsaine qu’a habilement illustrée le roman Royal de Jean-Philippe Baril Guérard.  

 

Là encore, des actions encourageantes ont été prises cette année. La création du PADUM, un programme d’entraide de santé mentale pour la faculté de droit, a effectivement permis d’offrir une ressource accessible aux étudiants. Il demeure toutefois nécessaire de s’attaquer à certaines sources du problème; l’inadaptation du programme à la conciliation études-travail, la pression créée par la course aux stages, l’omniprésence des cabinets sur le campus ou encore le stress lié aux méthodes et aux horaires d’évaluation, par exemple.  

 

Cette problématique est infiniment complexe et ne pourra évidemment pas être réglé d'un simple coup de baguette magique. Plusieurs revendications et actions concrètes pourraient toutefois être menées par les prochains exécutifs de l’AED pour améliorer la situation.  

 

Enfin un peu de transparence? 

La transparence est un thème récurrent des nouveaux exécutifs de l’AED. Chaque année, on nous dit que l’ouverture remplacera les trop nombreux huis clos en assemblée générale et en conseil exécutif. Pourtant, il est toujours interdit à ce journal de publier les chiffres de notre budget ou d'informer les étudiants sur les développements de certaines questions préoccupantes, notamment la mystérieuse disparition des imprimantes à la bibliothèque.  

 

Ce problème dépasse largement les intérêts du Pigeon dissident. Les étudiants paient chaque session une importante cotisation et sont en droit d’être informés de la gestion qui en est faite. Va-t-on continuer de nous faire croire que la seule possibilité de consulter le budget au local de l’AED est suffisante pour la majorité de membres ne se présentant pas en assemblée générale? 

 

On devrait plutôt mettre de l’avant des outils de divulgation proactive et de vulgarisation pour que les étudiants soient à même de cerner les enjeux qui les concernent. La diminution des huis clos et la restriction de leur portée devraient aussi être sérieusement envisagées. Que cette démarche se fasse avec la collaboration du journal des étudiants ou pas, cela permettrait peut-être enfin de faire reposer cette « démocratie » étudiante sur des débats informés.  

 

*** 

 

Avec tout ça, j’en oublie presque les futurs Pigeons 2017-2018. Nos élections approchent à grands pas et ce journal aura comme toujours besoin de l’intérêt d’étudiant(e)s passionné(e)s – le (e) nous a d’ailleurs particulièrement manqué cette année. Peu importe le poste occupé, s’impliquer au Pigeon est une expérience enrichissante comme peu d’autres. Surtout, malgré les critiques que nous nous faisons une habitude d’essuyer, c’est une action on ne peut plus pertinente pour notre faculté.  

 

Bon, on se reparle en mars pour le dernier tour de piste.  

 

P.-S. On jase là... Ça fait combien de temps qu’on a pas vu une Présidente à l’AED?  

 

 

(1) http://essimu.quebec/wp/wp-content/uploads/2015/12/Rapport-ESSIMU_COMPLET.pdf 

(2) http://www.faecum.qc.ca/ressources/avis-memoires-recherches-et-positions-1/enquete-sur-la-sante-psychologique-etudiante 

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