Présidentiables no 1

 

Voilà maintenant quelques semaines que notre ami Donald est investi de ses fonctions, preuve que la démocratie et le choix populaire, quelque part, sont clés de bien des surprises. À l’heure du changement, de nouveautés radicales et de décisions controversées/controversables, s’inscrit dans le paysage politique international un autre évènement d’une ampleur bien moindre, mais quand même : la présidentielle française.

 

La politique en France peut être comparée à une gigantesque pièce de théâtre/reality show : mise en scène de scénarios inachevés, codes de jeu prédéfinis, troupe de comédiens interchangeables, fascination du public, enjeux réels. À la fin, il n’en restera qu’un. Selon les traditionnels clivages politiques et les partis associés, on assiste chaque cinq ans à des auditions super médiatisées, une course à la présidence.

 

Cette chronique est la première d’une série, essayant chaque semaine d’informer sur ce qui se passe avec qui, pourquoi et comment – complexité d’un sommaire se voulant objectif et complet – au pays du fromage en ce début d’année 2017. On s’attèlera ici à dresser un portrait succinct des personnages principaux de l’édition 2017, tout en montrant les quelques problématiques que ces derniers ont suscitées récemment. Selon les sondages IFOP (Institut français d’opinion publique) du 2 février 2017, cinq candidats se démarquent. Ce n’est cependant que le 17 mars que ces candidatures deviendront officielles vis-à-vis la loi, étant donné le système de parrainage nécessaire à la candidature légale.

 

La France insoumise, le peuple souverain – Jean-Luc Mélenchon obtiendrait 9,5 % des voies. Ce dernier prône une sixième république, et se place à l’extrême gauche de l’échiquier politique. Connu pour ses prises de position souvent contestataires et foncièrement « de gauche », Mélenchon se pose comme candidat hors cadre (d’où sa volonté de candidater pour son propre parti) voulant révolutionner et la France et ses habitants, à travers une sortie des traités européens et une répartition plus juste des richesses. 

 

Faire battre le Cœur de la France – Benoît Hamon pour le Parti socialiste (PS) réunirait 17 % des suffrages : ancien ministre de François Hollande avant d’être congédié du gouvernement, Hamon a fait du revenu universel son argument-choc de campagne. Lors de la primaire du PS, c’est lui qui s’est imposé face à ex-ministre de l’Intérieur puis ex-premier ministre Manuel Valls, figure politique pourtant puissante, mais au discours trop opposé aux actes qui furent les siens. Benoît Hamon est surtout un « frondeur » du PS, n’ayant ces dernières années pas systématiquement suivi ni adhéré aux lignes du parti.

 

En marche – Emanuel Macron et son mouvement En Marche feraient un score de 20 % à l’élection. C’est le plus jeune des candidats : il a en 2016 défendu le projet de loi de libéralisation de l’économie à la fois encensé et controversé en tant que ministre de l’Économie. Ancien de chez Rothschild (banque privée suisse), ex-inspecteur des finances publiques, Macron suscite l’intérêt d’un électorat jeune par la dynamique qu’il incarne. On ne sait cependant rien du fond de son programme, le candidat n’ayant pas encore publié ou évoqué. Sa soudaine popularité est le fruit de l’essence même de ce qu’est la présidentielle en France : une personnalité et un discours peuvent amener la confiance des votants. Ici sont brandies des notions comme le travail, l’Europe, la nouveauté, la rénovation, l’engagement…

 

La France libre, la France debout – François Fillon, quant à lui, ferait de même 20 % pour le parti Les Républicains (LR), ex-UMP. Le parti de droite a vu plusieurs figures s’affronter pour le représenter aux primaires, tels que Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé. Fillon défend un programme de libéralisation économique tout en évoquant une nécessaire protection de l’État sur ses citoyens et une réaffirmation des « valeurs » de la France. Que Fillon reste le candidat des Républicains n’est pas certain : après une révélation concernant un détournement d’argent public (en l’occurrence il aurait rémunéré sa femme en tant qu’attachée parlementaire, lorsque cette dernière selon certains n’aurait jamais occupé cet emploi), la justice enquête; mais est soulevé le problème de l’intégrité dans la sphère politique. De nombreux observateurs étrangers, comme en Suède ou au Danemark, ont bien du mal à s’expliquer qu’un tel scandale (renommé même PénélopeGate, du nom de l’intéressée) ne fasse pas renoncer l’homme politique à toute prétention présidentielle.

 

Au Nom du Peuple – Marine Le Pen, enfin, présidente et candidate pour le Front national (FN) obtiendrait 24,5 % des voies. Fille du fondateur du parti, Jean-Marie Le Pen, la candidate s’inscrit dans une dynamique de refoulement de l’immigration, mettant l’accès sur la « sécurité » du pays et s’opposant farouchement à l’Union européenne (eurodéputée, cependant elle doit rembourser 340 000 € au Parlement européen) tout en prônant un regain de souveraineté et de « valeurs » propres à « l’identité française ».

 

Il y a en plus de ces derniers Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière (0,5 %), Philippe Poutou pour le Nouveau parti anticapitaliste (1 %), Yannick Jadot pour Les Verts (1 %), François Bayrou au centre (4 %), non encore déclaré candidat cependant, Nicolas Dupont-Aignant pour Debout la France, parti souverainiste (2,5 %), et Jacques Cheminade pour Solidarité et Progrès, parti protectionniste et eurosceptique (0 %).

 

L’avenir de la campagne présidentielle français est intéressant à plusieurs niveaux. Tout d’abord, alors que les députés viennent de passer en première lecture une loi instaurant une condition de casier judiciaire vierge pour concourir à l’élection présidentielle, François Fillon devra ou non se maintenir comme candidat officiel de la droite. L’urgence d’un tel maintien ou abandon réside partiellement dans le fait que, pour pouvoir se présenter, le candidat doit réunir 500 signatures d’élus locaux à travers la France, et que la personne incarnant le parti est une composante principale de la réalité de ces parrainages. Si les effets de cette nouvelle loi seront inexistants d’ici le 23 avril, toute l’idéologie sous-jacente à une telle réforme est intéressante dans le grand-angle des présidentielles à venir. Ensuite, Mélenchon et Hamon séduisent tous deux une gauche particulière (l’idée d’une sixième république est commune aux deux programmes). Est-il plus intéressant alors de maintenir les deux candidats ou d’envisager que l’un se retire pour faire profiter l’autre de ses voies? Enfin le Front national apparaît comme une menace à la démocratie (Marine Le Pen en visite au Canada n’avait d’ailleurs rencontré aucun officiel en mars 2016, ces derniers ayant tous refusé l’entrevue) et nombreux sont ceux s’accordant sur la nécessité de « faire barrage » à ce parti : ce désir se concrétisera-t-il ou restera-t-il une tendance théorique? 

 

En tous cas, c’est une affaire à suivre…

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