Game of Thrones, chef-d'œuvre réactionnaire

25/01/2017

 

Pour éviter d’être empalé sur la place publique par des fans ou des futurs fans, aucun exemple précis ne sera donné. 

 

D’accord, la série est d’une impudicité ineffable et d’une vulgarité pléthorique. Aucun réactionnaire digne de ce nom ne voudrait être affilié à cette incarnation de la décadence; sa réaction primesautière ne pourrait être que le dégout. Pourtant, je suis convaincu de ne pas faire injure au mouvement traditionaliste en voyant dans cette œuvre la plus grande force artistique contemporaine de ce courant. Pourquoi la série plait-elle autant? Le jeu d’acteurs est certes superbe et le scénario imprévisible, mais seuls les thèmes abordés justifient un tel engouement. Ces derniers sont d’autant plus primordiaux qu’ils sont complètement inconnus à notre génération, qui aurait dû en hériter. La série reflète un monde aux antipodes du nôtre. Un monde où l’honneur s’est substitué à l’amour, la famille à la consommation, la dilection envers la terre à la logique apatride. Un univers tel que le fut notre passé ravagé par Mai 68, qui a laissé un vide qu’aucun plaisir pascalien n’a su combler à ce jour.  

 

Entrons dans le vif du sujet. La série met en scène une société s’apparentant fort à celle du Moyen-âge tel qu’elle est dépeinte dans l’imaginaire collectif. Elle choque par sa brutalité : les effusions de sang sont monnaie courante, la pitié absente. Cette bestialité effraie, mais la frayeur n’est souvent que le masque de la fascination. Dans les pays riches, la violence est largement régulée, quand elle n’est pas contrôlée. Des millénaires de pulsions combatives ne peuvent toutefois être annihilés en quelques générations de paix. Faute du vrai combat, on se satisfait de la violence virtuelle, qui réduit au silence pendant un moment des désirs inavoués de domination, de contrôle et de soif de pouvoir qu’aucun verre de paix ne saurait étancher. 

 

Le mariage n’est plus une histoire d’amour, mais l’alliance nouée dans l’intérêt de sa famille, de son peuple, du royaume. Le devoir prime sur toute autre considération. Le mariage a pour seul et unique objectif la préservation de la famille, et à travers celle-ci du pouvoir dynastique. Le sentimentalisme n’a pas sa place dans la lutte pour la survie; seuls les instincts bestiaux de préservation font briller l’étincelle de l’espoir. TOUS les personnages animés par la compassion ou l’éros subirent un sort peu enviable. (1) Peut-on imaginer une perspective plus éloignée de la nôtre, à une époque où l’amour romantique prime sur la bénédiction parentale? Exceptionnels seraient ceux qui, dans la société moderne occidentale, sauraient faire preuve d’une telle abnégation.  

 

La famille est le socle des sociétés. Les privilèges, le statut social, l’éradication de celle-ci. Tout découle des liens du sang. Si l’amour filial joue un rôle prépondérant, il n’est pas le seul facteur de cohésion; le devoir assure la survie du foyer. La lutte de pouvoir est une guerre de familles. Les familles éclatées périssent en émettant un dernier cri avant de sombrer dans les abysses de l’Histoire. Les bâtards sont des membres de seconde zone qui n’acquièrent leur place qu’après de pénibles efforts et d’innombrables témoignages de dévouement. Le respect des ancêtres est présent même chez les personnages les plus haïssables, qui leur sont reconnaissants pour l’héritage transmis sur des générations. Quelle unité subsiste, maintenant que même les familles recomposées se décomposent, que l’autorité parentale s’est étiolée et que l’influence sociétale a supplanté celle de la famille? Les liens du sang sont indissociables de ceux de la terre, en raison des royaumes attribués aux dynasties. Se battre pour la souveraineté des terres où vécurent nos ancêtres, cela prêterait presque à sourire quand on sait que les États fléchissent le genou devant des entités transnationales et que l’ère est encore celle des citoyens du monde et autres sans-frontiéristes. Il fut un temps où seules la force armée et la menace garantissaient la fidélité des peuples conquis. Désormais, ils sacrifient volontairement leur indépendance sans égard aux millénaires de luttes nécessaires pour l’acquérir. 

 

Enfin, le tribalisme est l’aspect duquel la société s’est le plus éloignée. Dans la série, les idées préconçues à l’égard des autres peuples n’effarouchent personne; elles sont la norme. L’esprit tribal est si fort que les peuplades ne s’accommodent guère de la domination du monarque, par velléité d’indépendance il est vrai, mais également parce que ce dernier est un étranger. Cet ostracisme est hautement décrié de nos jours, alors même qu’il fut à la base de la formation des sociétés. Mais le peuple est mort, vive le peuple. La notion de peuple a rejoint celle de la famille dans la tombe. Aujourd’hui, la fraternité doit transcender les frontières désuètes et s’étendre à tous, pour ne plus rien signifier in fine. Les sentiments relationnels et la loyauté sont exclusifs : prêter serment à tous équivaut à ne jurer fidélité à personne.  

 

Les personnages de la série sont fascinants et on serait tenté de penser que ces gens ne peuvent exister que dans un univers de science-fiction. Ces êtres supraterrestres sont pourtant nos ancêtres. La coupure entre ces derniers et nous est plus forte aujourd’hui qu’à toute autre époque, et ce n’est pas parce qu’on est la génération la plus récente. Dans l’œuvre de George R. R. Martin, ceux qui ont rompu avec la Tradition l’ont chèrement payé. Est-il possible qu’il en soit de même pour notre génération? Je laisse à chacun le soin d’en juger.  

 

(1) Pas nécessairement la mort; je n’annonce rien! 

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