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Femmes autochtones : le portrait du Québec

 

Le 14 novembre dernier, la Faculté de droit a été l'hôte d'une conférence organisée par les comités Droit autochtone et Femmes et droit portant sur le droit autochtone et, plus particulièrement, la place des femmes issues des communautés autochtones. 

 

Présentée par le professeur Jean Leclair, madame Johanne McNeil, bâtonnière de Québec, spécialiste en droit autochtone, est venue livrer ses réflexions sur le sujet à 70 personnes au pavillon Jean-Brillant. 

 

 

 

 

La place de la langue

La difficulté à comprendre les Autochtones et à adapter le langage juridique pour ces populations est selon Madame McNeil un enjeu sur lequel doit se pencher le système juridique, mais avant tout, le juriste désireux de travailler auprès d’eux. Elle relate son travail auprès des Atikamekw ainsi que l’attention particulière qu'elle porte au respect des détails. Pour elle, il s’agit là d’une question de respect, base nécessaire pour toute communication. Comment réconcilier 65 langues autochtones avec deux langues officielles souvent mal comprises? D’abord, décloisonner les termes, les expliquer, faire preuve de pédagogie et d’ouverture.

 

Indien et réserve : deux mots à bannir 

Ces mots, issus d'une loi fédérale, sont péjoratifs selon Mme McNeil. Les autochtones se définissent en fonction de leur nation. C'est ce qu'il faut comprendre et qui nous échappe : les autochtones ne sont pas un groupe monolithique. Ils appartiennent à différentes nations. Il y a onze nations, une centaine de communautés. Répartis dans une grande partie du Québec, plusieurs vivent dans des régions éloignées et parfois dans des conditions difficiles. 

 

Mme McNeil partage avec les participants son expérience dans les différentes communautés, soulignant la grandeur d'âme de ces peuples et la difficulté d'adapter notre système juridique à leur mode de vie. Difficile d'arriver en toge à Salluit au Nunavik pour y tenir un procès dit-elle. Encore plus étrange d'y faire appliquer un subpoena… Dans des circonstances aussi étrangères au système « conventionnel », pourquoi ne pas adapter les règles?

 

Convention de la Baie James et territoires non conventionnés

La nation Cris, depuis les grands développements hydroélectriques, est l'exemple de détermination autochtone au niveau juridique. Très revendicatrice, cette nation a obtenu vers l'an 2000 de nombreuses concessions. Or, les nations ne sont pas toutes unies et, déplore Mme McNeil, certaines ne sont que très mal défendues. Les territoires les plus au nord sont justement ceux qui seraient les mieux défendus, alors que ceux du sud échapperaient à leurs « propriétaires originaux », car la contestation y est plus forte de la part du reste de la société, mais aussi, les nations y semblent moins bien organisées. Iniquité contractuelle ou labeur des nations revendicatrices? Le fait que certaines nations aient plus de droits semble échapper à la conférencière.

 

Pour elle, les défis de taille sont les plus intéressants. Elle évoque des dossiers de revendications territoriales où les preuves sont faites, souvent, de manière orale, c'est-à-dire en écoutant les gens témoigner de l'étendue de leur territoire, de ses caractéristiques.

 

Drogue, suicide, racisme et discrimination

Avec le développement du Nord québécois, Mme McNeil se réjouit du fait que les enjeux autochtones reviennent sur le tapis. Or, il y a des enjeux qu'il ne faut pas oublier,  surtout en dehors des réserves et surtout auprès des femmes : la drogue, le racisme et la discrimination. 

 

Même si elle nous met en garde qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier, la consommation de drogue et les taux de suicide demeurent élevés sur les réserves. Or, bien que ces enjeux soient importants, pour elle, ce sont ceux du racisme et de la discrimination qu’il ne faut surtout pas perdre de vue, puisque nous avons l’impression qu’ils se conjuguent au passé, alors qu'au contraire, ils sont bien réels.

 

Le racisme antiautochtone existe au Québec, tout comme la discrimination. Celle-ci prend aussi un autre visage, celui de la discrimination entre autochtones. La discrimination envers les femmes autochtones est le dernier mur à faire tomber souligne la conférencière, même si à ce chapitre, les choses avancent rapidement. Elle met, malgré tout, l’accent sur une statistique effrayante concernant les femmes autochtones au pays : 1187 seraient disparues au pays. En proportion, c’est comme si nous serions toujours à la recherche de 35 000 Canadiennes. Comment pouvons-nous tolérer une telle situation de fait, considérant que les femmes autochtones sont aussi des citoyennes canadiennes?

 

Maintenant, elles parlent 

Les femmes autochtones sont les plus fortes et les plus revendicatrices, dit-elle. Quarante pourcent des membres de conseils de bande sont des femmes. Un bel exemple de féminisme. Elles seraient 71 000, et leur nombre augmente plus rapidement que les femmes non autochtones. Il y a des efforts motivés par un espoir certain. Et l’avenir dépend de tous dans ce combat pour une société meilleure, pour chacun d’entre nous.  

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