Pied de nez à l’hypocrisie

16/10/2016

 

Ce que je m’apprête à écrire va en surprendre probablement plusieurs, mais je me devais de rendre justice à une personne qui, malgré lui, a fait les manchettes dans les derniers mois. Cette personne, c’est Jérémy Gabriel : l’artiste, pas la victime, qui mérite d’être pris au sérieux et d’être jugé comme tel. Le jeune homme, qui a essuyé les critiques les plus sévères pour sa voix peu mélodieuse lorsqu’il n’était qu’un enfant, nous arrive maintenant avec un single original, déterminé plus que jamais à percer dans le domaine musical.

 

Probablement, tout comme vous, j’ai ri du morceau de Gabriel avant même d’en écouter l’intégralité. Je dois d’ailleurs m’en excuser, car cela n’est pas fair et franchement stupide. La pièce I don’t care, quoiqu’on puisse penser de l’affaire Ward- Gabriel*, mérite d’être traitée objectivement comme on traiterait une pièce de Pitbull ou de Flo Rida. C’est possible de ne pas aimer la chanson, mais si on la déteste uniquement parce que c’est Jérémy Gabriel, c’est du Jérémy bashing insignifiant — not cool. C’est donc dans cette optique que je vais donner mon appréciation de I don’t care.

 

La pièce

D’abord, il est nécessaire de souligner l’abus de l’autotune dans la pièce de Gabriel... On ne peut pas passer à côté de ce fait, mais c’est une pratique courante depuis plusieurs années dans la pop facile. Ça ne rend pas cela meilleur, mais ça rend plus facile à digérer l’incursion de l’électronique dans I don’t care. En vérité, après deux écoutes, on oublie (presque) que la voix est modifiée pour la simple raison qu’elle se fond bien avec le rythme.

 

À ce propos, c’est selon moi le plus grand exploit de cette chanson, car on se trouve, à notre plus grand désarroi, forcé d’admettre que le beat est bon. Oui, la première écoute nous laisse dans un état indescriptible, car on imagine JG danser et chanter, sauf qu’à la deuxième, si votre esprit s’ouvre un peu pour admettre que la chanson puisse avoir des qualités, vous constaterez nécessairement qu’elle a ce qu’il faut pour vous faire bouger. C’est festif, empreint d’optimisme (j’imagine) et JG s’assume clairement dans l’utilisation de ce style.

 

I don’t care est une pièce inoffensive et, comme n’importe quelle chanson pop, ce n’est pas un défaut. Puisqu’on la consommera comme n’importe quel hit, dans une soirée, en conduisant vers le travail ou pour toute autre activité qui ne demande pas d’effort intellectuel marqué, on ne peut pas reprocher à Gabriel d’avoir plus ou moins de profondeur dans le texte. En fait, on sera même heureux qu’il ne l’ait pas fait (il aurait très facilement pu), car ce qu’on recherche dans ce style, ce n’est pas des textes profonds, on veut plutôt quelque chose d’accrocheur et de facile à retenir — c’est exactement ce qu’on nous donne.

 

Toutefois, on doit objectivement constater que c’est répétitif AF, et donc vous devrez vous attendre à avoir en boucle « I don’t care nana-nana naaaa » en tête, ce qui n’est pas pire que « Yeah, I know-oh-oh, thatIletyoudown/Isittoolatetosay I'm sorry now » ou « nana nana work work work work nana nana work work work work ».

 

Je veux être bien clair : I don’t care ne passera pas à l’histoire comme un hymne à la liberté d’expression ou comme un message fort contre l’intimidation. Elle fait le travail que ce type de chanson doit faire, c’est-à-dire divertir simplement. Ce n’est pas meilleur ou moins bon que la pop des années 2000 et 2010, c’est précisément cela.

 

En conclusion, la principale différence qu’on retrouve en l’espèce, ce n’est pas le contenu, mais le contenant. Plutôt qu’un boys band branché, on a un jeune marginalisé du Québec. Plutôt qu’une femme hyper sexualisée ou un garçon plein de tatouages et de swag, on a JG un peu moins vendeur. Plutôt qu’une attitude désagréable et une ignorance assumée, on a une personne avec une tête sur les épaules et des ambitions nobles**.

 

Sincèrement, je souhaite à JG d’avoir le succès que les autres ont en produisant quelque chose de semblable. Ce serait injuste que l’affaire Ward-Gabriel plombe sa carrière alors qu’on pardonne si aisément à un Justin Bieber d’avoir, entre autres, conduit dangereusement et d’avoir résisté à son arrestation... La prochaine fois que vous vous moquerez de JG ou de I don’t care, réfléchissez non pas à votre droit de le faire, mais au fondement de vos moqueries ; ne soyez pas hypocrite dans votre analyse et critiquez le contenu plutôt que le contenant.

 

* J’ai déjà écrit sur l’affaire Ward-Gabriel dans l’édition d’août 2016 du Pigeon Dissident, et je conserve mon opinion, car elle est indépendante du présent article.
** Je déteste Dutrizac, mais l’entrevue avec Jérémy Gabriel était excellente.

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