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Une olympienne à la Fac

 

« Bonjour! Sandrine? » Elle répond par l’affirmative. Nous allons diner puisque je lui ai demandé si elle avait un peu de temps à m’accorder afin que je puisse faire une entrevue avec elle. Sandrine, c’est une étudiante à la Faculté de droit. Elle partage avec le reste des étudiants l’horaire chargé, le stress des examens et les cernes corolaires au train de vie d’un étudiant en droit. Ce qui la distingue, c’est que Sandrine, c’est aussi la femme qui, avec trois de ses coéquipières, a remporté la première médaille canadienne aux Jeux olympiques de Rio, lors du relais 4 x 100 m style libre. Cela faisait 28 ans qu’une nageuse québécoise n’avait pas eu l’honneur de monter sur un podium olympique. J’ai eu le privilège de partager un repas avec cette athlète admirable. 

 

OB : Comment est-ce que tu concilies sport-études?  

SM : C’est sur que j’ai moins de cours qu’une étudiante normale : j’ai eu la chance en 1re année, même si l’étudiant normal est supposé avoir six cours, de réduire ça à trois cours. Il y a beaucoup de gens qui m’aident au niveau de l’administration et qui voulaient aussi que je fasse partie des Carabins.  

C’est sûr que j’ai commencé le sport-études au secondaire, pour ensuite continuer au cégep donc je suis plutôt habituée. Pour moi, ce n’est pas vraiment une question de rapidité, de finir mes études le plus vite possible, pour moi, c’est plutôt une question d’essayer de prendre mon temps et d’exceller autant au niveau académique qu’au niveau athlétique. 

La principale difficulté dans la conciliation sport-études, c’est surtout quand je dois manquer l’école pour des compétitions. Par exemple, en décembre, il y a les championnats du monde du 3 au 12 décembre et c’est juste avant les examens finaux donc je vais devoir parler à mes profs pour essayer de m’arranger un horaire, mais ce n’est pas la première fois que ça arrive. Cela dit, les profs sont ouverts à ça, ils comprennent. 

 

OB : On parle de combien d’heures d’entrainement par semaine? Ou par jour, je ne sais pas c’est quoi ton cadre de référence. 

SM : En ce moment je viens de recommencer donc je m’entraine seulement une fois par jour. Durant la saison régulière, on s’entraine de 9 à 10 fois par semaine. Chaque entrainement est de deux à trois heures. 

OB : (rires) Donc ça fait un horaire assez chargé. 

SM : Absolument, c’est comme une job. 

 

OB : Conjuguer études et sport, est-ce que ça rend le soutien des parents indispensables? 

SM : C’est sûr et je suis chanceuse parce que mes parents me soutiennent énormément, plus que je leur demanderais. C’est un soutien financier, mais avant tout un soutien moral. Quand j’ai pris la décision d’aller à Toronto en 2014, ça a été dur, surtout pour ma mère, parce que c’est son enfant qui va loin, mais elle savait que je faisais ça dans le but de faire les Jeux olympiques et donc ils m’ont soutenue là-dedans à 100 %. Chaque fois que j’ai des compétitions à l’autre bout du monde, ils viennent me voir. Je ne pense pas que je serais là où je suis sans mes parents parce que je connais beaucoup d’athlètes qui ont dû arrêter parce qu’ils n’avaient pas assez de soutien de leurs parents. Donc c’est 100 % essentiel d’avoir un soutien des parents. J’ai quand même un peu l’idée quétaine que je ne nage pas pour moi-même, mais aussi pour rendre mes parents fiers, donc c’est sûr que si mes parents ne venaient pas me voir ou s’en fichaient, peut-être que l’intérêt aurait été un peu moindre. 

 

OB : Tu disais tantôt que tu as commencé le sport-études au secondaire. Est-ce que tout de suite ça a été la natation qui t’a accrochée? 

SM : Ma famille est vraiment sportive donc quand j’étais jeune, jusqu’à l’âge d’environ 11 ans, j’ai touché à pas mal tous les sports parce que ma mère travaille dans un centre sportif. Ça a donc été un peu par coup de tête que j’ai été en sport-études natation au secondaire parce que tous les entraineurs des différents sports essaient de te recruter dans ce type de programme. J’ai choisi la natation et ça m’a amenée là. Je n’ai jamais regretté mon choix puisque, même si je n’avais pas gagné de médailles, j’ai vécu beaucoup de belles expériences qui sortent de l’ordinaire grâce à la natation. 

 

OB : Ta victoire à Rio, est-ce que ça a changé la perception que les gens ont de toi? Je ne veux pas utiliser l’expression « ta vie », ça ferait un peu « boboche », mais est-ce que ça a changé quelque chose? 

SM : Ça m’a peut-être donnée un peu plus de visibilité, parce que quand tu n’es pas une olympienne, c’est un peu plus dur d’être connue. Ce n’est pas vraiment pour ça que je nage, mais c’est sur que depuis que je suis revenue, il y a plus d’opportunités d’évènements, de commanditaires… Mais, pour moi, le fait d’avoir gagné une médaille aux JO, ce que ça m’amène, c’est plus au niveau de l’accomplissement d’un but personnel. 

 

OB : Parle-moi donc un peu de ce but-là. 

SM : En fait, lorsque j’ai commencé à nager ce n’était pas vraiment dans le but d’aller aux JO. Ça s’est concrétisé avec les années en réalisant que je m’améliorais chaque année et que j’ai fait des choix qui ont fait que je m’améliorais de plus en plus. Le point tournant, ça a été en 2008 lorsqu’il y a eu les essais pour les JO à Montréal. C’est là que j’ai vu la joie des personnes qui ont été sélectionnées sur l’équipe. C’est là que je me suis dit : « moi aussi je veux être une olympienne ». C’est à partir de là que le rêve est devenu plus réel et que j’ai commencé à m’entrainer dans le but de faire les JO. En 2012, j’ai manqué l’équipe par un dixième de seconde au 100 m libre. C’est sûr que ça a été une grosse déception, mais ça fait partie du processus. En 2016, d’avoir été sélectionnée sur l’équipe et d’avoir gagné une médaille, c’est un peu l’accomplissement du parcours que j’ai fait depuis le début. 

 

OB : Je vois. La prochaine question est un peu clichée, mais quel est l’athlète qui t’inspire le plus? 

SM : (Rires) Oui, c’est cliché, c’est une question qu’on me pose beaucoup. Quand j’étais plus jeune, je disais Michael Phelps, mais avec les années, en m’améliorant et en faisant des compétitions de plus haut niveau, je me suis dit : « Bon, ils sont tous bons, donc qui vient me chercher? » Pour moi, les personnes qui me touchent, qui m’inspirent, le plus, sont celles avec lesquelles je m’entraine. Les personnes dont je connais l’histoire. Par exemple, quand je m’entrainais à Montréal, de 2009 à 2014, je m’entrainais avec Victoria Poon, une sprinteuse au Canada qui a été longtemps au top. Elle a été une source d’inspiration. Donc oui, je te dirais que j’essaie plus de m’inspirer des gens avec qui je m’entraine. 

OB : Bonne réponse, bonne réponse à une question clichée (rires).  

 

OB : Quelle est ta plus belle expérience sportive, mis à part Rio? 

SM : Aller nager à Toronto pendant deux ans, entre 2014 et 2016 en vue de me préparer pour Rio, ça a été ma plus belle expérience parce que ça m’a sortie de ma zone de confort. Je me souviens avant de partir, je me disais que ça allait être difficile. C’est comme un gros camp d’entrainement que tu fais à l’extérieur, loin de tes amis, de ta famille. Ça implique une pause dans tes études… Mais après quelques mois là-bas je me suis rendue compte que je devenais de plus en plus à l’aise. Ça a été un peu dur de revenir, car je m’étais développé un nouveau réseau là-bas et c’est ça qui m’a permis de me rendre là où je suis rendue. 

 

OB : Travaillais-tu en même temps ou est-ce que tu étais en mode 100 % entrainement? 

SM : En fait, c’est qu’ils ont fermé le centre d’entrainement national de Montréal en 2014 et le centre le plus proche après ça devenait Toronto. J’aurais pu rester à Montréal et m’entrainer avec un club, mais j’essaie tout le temps d’aller vers l’endroit où je vais pouvoir me développer le plus. La première année, je continuais à aller à l’école et la deuxième année je n’allais pas à l’école et je ne travaillais pas. Mon travail c’était de nager. 

 

OB : Ça devait être très cool par exemple, en tant qu’athlète, de pouvoir te dédier totalement à ton sport. 

SM : Il y a du monde qui trouve ça plus difficile de se dédier seulement à la natation parce que quand ça va mal, ça va mal. Ceci dit, pour moi, ça s’est bien fait et ça a vraiment été optimal de pouvoir m’investir totalement dans la natation. 

 

Merci et félicitations à Sandrine Mainville et à tous les autres olympiens de l’UdeM! 

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