Le Burki-quoi?

27/09/2016

 

Ah! Ce fameux burkini! Le sujet qui en France et au Québec a fait les manchettes, et dont le terme phare a dernièrement fait couler beaucoup d’encre dans les journaux si l’on tient compte, dans les faits, de la portée du phénomène sur les plages de la Côte d’Azur.  

 

Pour commencer, le mot « burkini » fait référence à un type d'habillement destiné principalement aux femmes musulmanes qui souhaitent se baigner. Appelez-le comme bon vous semble, un wetsuit à la musulmane, un drysuit (...), ce morceau de tissu a mis le feu aux poudres dans de nombreux débats incendiaires en faveur du « pour », du « contre » et bien plus encore. Beaucoup de questions suscitent évidemment la curiosité d’une multitude, notamment du maire de Cannes, monsieur David Lisnard, qui précise, lorsqu’interrogé sur le sujet, qu'il a pris cet arrêté pour assurer la sécurité de la ville soumise à l’état d'urgence. C’était la mesure qui s’imposait afin d’interdire un symbole de l'extrémisme islamiste. Par conséquent, selon monsieur le maire, le burkini est associé à un symbole d’extrémisme religieux propre à l’Islam. Les extrémistes se baignent-ils à la plage? Selon sa perspective, une femme qui porte un wetsuit à la musulmane par respect aux principes fondamentaux de sa foi—dans ce cas la pudeur—se rapporte aujourd'hui à un symbole d’extrémisme religieux propre à l’Islam. 

 

Faisons un pas en arrière dans l’histoire et regardons le Québec. Dans la période qui a précédé la Révolution tranquille, le Québec était dirigé par des religieux qui dictaient la façon de vivre de la population québécoise pour toutes les sphères de la vie en société. Les religieux déterminaient ce qui était permis ou non. Par ailleurs, l’on s’exposait au risque d’être puni si l'on enfreignait la loi ou les règlements imposés par les prêtres qui étaient garants de la tradition religieuse. Bien qu’inversée, la situation au sein de laquelle nous nous trouvons plus de quatre décennies plus tard est, à mon avis, assez similaire. Inversée en effet, car les personnes religieuses font face à des restrictions notoires et à des sanctions qui les empêchent de pratiquer librement leur foi. Dans la situation présente, la femme de confession musulmane veut avoir la possibilité et la liberté de se couvrir pour maintes raisons et, notamment, par conviction religieuse. Pourquoi lui refuserait-on cette liberté et ce droit? C’est la question qui suscite l'intérêt d’une multitude parmi ceux qui s’estiment appartenir au camp du « pour ». Plusieurs questions me sont venues à l'esprit en essayant d'analyser la logique derrière l'interdiction du burkini. Si l’on associe une femme en burkini à un mouvement religieux extrémiste, quelle en est la raison fondamentale? Pourquoi? L’enjeu repose non pas sur la question de savoir si on l’aime ou pas, mais sur la légitimité de son autorisation ou de son interdiction dans l'espace public en regard de la loi. 

 

Et si le débat se transportait chez nous? Faisons appel à quelques notions de base en matière de droit. La Charte canadienne des droits et libertés, de même que l’article 3 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, font référence à la liberté de conscience et de religion ainsi qu’à la liberté de pensée, de croyance, d’opinion et d'expression, laquelle comprend la liberté de presse et le recours à tout autre moyen de communication. Le droit de porter le burkini entrerait-il oui ou non dans l’une de ces catégories? Dépendamment de la manière dont vous abordez la question du burkini, vous obtiendrez votre réponse à ces interrogations. Si je portais un wetsuit pour aller me baigner, et non pas pour des motifs religieux, serais-je exclue de l’espace public ou condamnée pour avoir commis une infraction à la loi? Non, bien entendu. Il existe donc une ambigüité quant à la validité des motifs incriminants vis-à-vis des  personnes qui portent le burkini. La loi n’est-elle pas censée être appliquée de façon claire et précise de sorte qu’elle ne soit pas laissée à la merci du jugement de valeur porté notamment par certains membres des forces de l’ordre? Est-ce légitime que l’État se prononce sur les choix ou tenues vestimentaires de quiconque? Il existe en France des plages nudistes, tout comme dans d’autres pays du monde. Un espace alloué pour se baigner nu sans nuire aux autres. Des solutions ou des compromis sont trouvés pour les personnes qui veulent se baigner nues sans que cela suscite l’indignation populaire. 

 

Maintenant, voici la véritable question qu’il convient de se poser en toute honnêteté. Cible-t-on intentionnellement une population ou une communauté en mettant en place des lois de cette nature (antiburkini)? Étroitement liées à du profilage religieux, ces politiques seraient-elles le fruit d’une riposte détournée de l’État face aux attaques qui se sont récemment produites en France, notamment à Nice? À vrai dire, c’est mon hypothèse. Dans ce contexte, un rééquilibrage des idées est plus que nécessaire, et ce, bien plus maintenant qu’auparavant. L’absence d’esprit critique peut saboter toute forme de réflexion sur des sujets qui méritent d’être débattus en société, en particulier dans le contexte actuel de mondialisation qui touche nos sociétés par la diversité des personnes et des cultures qui en font aujourd’hui partie. Ainsi, l’on aurait tendance à défendre le bienfondé de nos opinions, même lorsque celles-ci ne s’appuient sur aucun argument valable en regard de la loi et du respect des droits de la personne et libertés fondamentales.  

 

Et si l’on essayait pour une fois de défier nos idées préconçues? De s'ouvrir à une perspective différente de la nôtre? De cette façon, peut-être que l’on comprendrait mieux la diversité du monde qui nous entoure. Réfléchir et poser un jugement unilatéral sur certains phénomènes qui n’entrent pas dans notre échelle de valeurs ne nous aideront pas à cheminer en société. En revanche, chercher à en savoir le pourquoi du comment, autrement dit, la source à l’origine de l’existence de ces phénomènes, nous aidera à en avoir une meilleure compréhension et, par conséquent, à être équipé et disposé à trouver des solutions durables en faveur du vivre ensemble et du respect des droits et des libertés fondamentaux de chacun.  

 

PEACE OUT. 

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