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L'autre élection

 

Vous l’aviez oubliée. Alors que vous êtes tordus de rire en voyant la Clinton qui a de la misère à monter dans sa van ou en train de pleurer face à la dure constatation que Laurent Lessard soit aussi crédible que votre mon’oncle après quelques bières, les choses se passent sur le Vieux continent. Dans près de six mois, nos cousins seront appelés aux urnes afin de choisir le prochain président de la République française. Portrait biaisé d’un scrutin imprévisible.  

 

À droite! Encore!  

 

Dans le coin de la droite, deux camps distincts lutteront au premier tour [1]. Le glorieux Front national, parti d’extrême droite, sera évidemment représenté par la tout autant glorieuse Marine Le Pen. Ancré dans ses valeurs anti-immigration, voire racistes, le parti mise énormément sur les attentats survenus lors du mandat du président sortant François Hollande afin d’aller chercher la partie inquiète de l’électorat français. Si élue, Le Pen offre de réduire le nombre de nouveaux arrivants à 10 000, alors que le flux actuel se situe autour des 200 000 individus [2]. De quoi assurer la pérennité de la stigmatisation de la population (entre autres) musulmane vivant déjà en France en l’associant au terrorisme. La tactique pourrait certes se montrer efficace dans un premier tour, mais un discours plus centralisé et inclusif des Républicains, l’autre formation politique de droite, viendrait chercher une plus grande partie de l’électorat au second tour. En fait, comme en témoignent les sondages, le phénomène Le Pen est comparable à celui de Donald Trump, aux États-Unis; Le Pen reste populaire parmi ses adeptes, soit environ 25-30 % des personnes sondées, mais n’arrive pas, lors du second tour, à accroitre suffisamment sa cote de popularité, franchissant difficilement la barre des 40 %, et ce, peu importe son adversaire [3].  

 

Du côté de la droite modérée, aucun candidat n’arrive à faire consensus. Un peu à la manière des présidentielles américaines, les candidats des partis français de droite et de gauche se soumettent à des primaires qui détermineront quel candidat les représentera lors du scrutin officiel. À droite, donc, les Républicains (anciennement connus sous le nom d’Union pour un mouvement populaire) sont déchirés entre Nicolas Sarkozy, président de 2007 à 2012, et Alain Juppé, notamment ministre, puis premier ministre, actuellement en poste à titre de maire de Bordeaux. Ce dernier est donné gagnant par les sondages les plus récents dans une éventuelle confrontation face à Sarkozy [4]. Explication de ce phénomène : les Français ont tendance à voir celui qui s’est fait battre par François Hollande lors du dernier scrutin comme… celui qui s’est fait battre par François Hollande. La cote de popularité de ce dernier étant au plus bas suite, entre autres, aux nombreux attentats terroristes et à la polémique entourant son manque de leadership dans l’histoire de la controversée Loi du travail, l’électorat aurait tendance à percevoir le mari de Carla Bruni comme celui qui a perdu face au perdant. Juppé, bien que relativement âgé, représente un bon compromis entre les principes jugés souvent trop radicaux de Le Pen et la mollesse de la gauche face à la menace islamiste. Il ne fait cependant pas consensus, notamment pour avoir été condamné à 14 mois de prison pour une affaire de corruption impliquant le conseil municipal de Paris. Après un candidat misogyne et raciste dans la glorieuse Amérique libre, pourquoi pas un bon vieux « crosseur » à la tête de la France? Décidément, 2016 en est une belle.   

 

Tiens ta gauche  

 

« Affaiblie, divisée, pessimiste; voir gauche française. » Voilà comment un dictionnaire quelconque pourrait résumer la situation de l’axe social-démocrate français. Les chances que le président sortant se représente sont pratiquement aussi nulles que celles de croiser Joel Legendre dans un parc (il a eu sa leçon, le pauvre). Charisme absent et affinité au concept de statu quo, ajoutés à un bilan au mieux moyen sont autant de raisons qui poussent la tête du Parti socialiste à considérer d’autres options. Parmi celles-ci, on compte l’actuel numéro deux du gouvernement, Manuel Valls. Une telle alternative devient cependant de plus en plus improbable; ses liens trop serrés avec Hollande Le Petit pourraient lui nuire non seulement au sein de son propre parti, mais également aux éventuelles élections. Les socialistes pourraient donc être tentés de se tourner vers Emmanuel Macron, lui qui était ministre de l’Économie jusqu’en aout dernier. Démissionné, il a fondé son propre mouvement, En Marche!, afin de se distancer du Parti socialiste et de ses instances. Jeune, relativement charismatique, de nouvelles idées… voilà ici un potentiel champion pour les gauchistes désabusés. Quant aux gauchistes blasés, leur choix risque fort bien de s’arrêter sur Jean-Luc Mélenchon, l’homme de la « gauche Françoise David », celle ayant toujours pris la part des « poqués » de la société sans jamais en être arrivée au pouvoir. Bien que ses chances soient minimes, Mélenchon fera une campagne de principe et d’idées, du genre Bernie Sanders, chose qui, comme il l’espère, fera avancer le débat en France.  

 

Merci d’avoir voyagé avec Air France 

 

Gauche, droite, en haut, en bas… de tout, voilà ce qu’il y a dans cette élection. Bien que la droite, dans son ensemble, semble favorisée par la tristesse que seront les années Hollande aux yeux du peuple français, il serait étonnant de voir deux de leur candidat au second tour. N’ayant pas de candidat champion mis à part un Alain Juppé au passé criminel, les Républicains pourraient se voir damner le pion par une Marine Le Pen de plus en plus populaire, elle qui, si elle arrive à centraliser son discours et courtiser la faction dite politically correct des droitissss, pourrait se faufiler jusqu’au second tour. Dans l’autre coin, difficile de voir autre chose qu’Emmanuel Macron, golden boy par excellence qui a tout de l’anti-Hollande. Tout ça s’annonce intéressant, complexe et croustillant. En attendant, vous me ferez signe quand Barack sera plus là et qu’il va avoir été remplacé par un personnage tout aussi inspirant que lui. J’ai hâte…  

 

1. Notons que la présidentielle française consiste en deux étapes : le 1er tour sert à déterminer quels seront les deux candidats qui passeront au tour suivant; ces derniers seront ceux qui récolteront le plus de voix. Lors du second tour, le candidat ayant obtenu le plus de vote remporte la victoire.   

2. http://www.20minutes.fr/politique/1725167-20151105-immigration-fn-precise-objectifs-chiffres-ca-change-beaucoup  

3. http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/presidentielle-2017-les-sondages_1814563.html  

4. http://www.ifop.com/media/poll/3469-1-study_file.pdf 

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