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Pensées éparses sur le nationalisme et l’autoritarisme

25/08/2016

 

Louis XVI eut à faire face en son temps à un embrouillamini quasi inextricable. Héritier d'un royaume ruiné à la suite de la guerre de Sept Ans, il fut cependant le principal artisan de son effondrement. Partisan des idées progressistes, il rétrocéda aux parlements les pouvoirs ôtés jadis par Louis XV, mettant ainsi fin à la monarchie absolue, puis à la monarchie tout simplement.1 Le dernier roi de l'Ancien régime, fervent amoureux de son peuple, n'en fut pas moins assassiné par ses sujets régicides. On a le peuple qu'on mérite.

 

Vladimir Poutine, Viktor Orban, Recep Tayyip Erdogan. Tous ces dirigeants n'ont que faire des protocoles onusiens. Tous jouissent néanmoins d'une popularité à faire pâlir de stupeur, puis rougir d'envie, tout chef d'État occidental. Le président des Philippines, Rodrigo Duterte, semble avoir récemment rejoint la dissidence. Leurs points communs? Un nationalisme virulent, le refus de l'ingérence étrangère, ainsi qu'une fin de non-recevoir à l'universalisme des valeurs occidentales. Ils font clairement savoir que la préférence nationale est de nouveau à l'ordre du jour et que le discours utopiste et droit-de-l'hommiste sonne creux et faux à leurs oreilles.

 

Vladimir Poutine, chef de file de la révolte réactionnaire, ne tardera pas à gagner. Les valeurs progressistes sont remises en question au sein même de l'Occident et l'expansion passée de l'occidentalisation n'existe quasiment plus, exception faite de ce qui a trait à la technologie. Face à l'incertitude de la modernité, le traditionalisme est destiné à l'emporter, ayant fait ses preuves durant des myriades de siècles. Dépeint comme un tsar en devenir, Poutine n'est en fait qu'un dictateur autoritaire.

 

Le dirigeant autoritaire est aimé. Les mauvaises langues diront qu'il est craint. Craint? Probablement. Détesté? C'est possible. « Respecté » est cependant l'épithète le caractérisant le mieux. La crainte et le respect sont souvent indissociables, à fortiori pour un chef d'État. Il semble, contrairement à ce que la mythologie démocratique suggère, que les peuples sont à la recherche de leaders forts, qui se soucient d'eux et agissent dans l'intérêt du pays avant toute autre considération. C'est après tout pour ces raisons qu'ils sont élus.

 

En comparaison avec les présidents et premiers ministres occidentaux, les dirigeants nationalistes se caractérisent moins par leurs prétentions colonialistes. Je ne parle guère de colonisation territoriale. Je songe plutôt à une colonisation culturelle et idéologique. Le dirigeant nationaliste se moque que les autres peuples adoptent ou non ses valeurs, tandis que le chef occidental s'efforce de populariser ce qu'il considère être des valeurs universelles. C'est la raison du ressenti de nombreux peuples à son égard. Les Occidentaux eux-mêmes sont de plus en plus nombreux à mépriser leurs élus, car ces derniers les ont sacrifiés sur l'autel du grand projet mondialiste qui veut mettre un terme à la souveraineté des nations (et des peuples).

 

Du côté occidental, qu'a-t-on? À l'exception de Trudeau, quel autre chef d'État peut s'enorgueillir d'être aimé de son peuple? Et encore, je fais le pari que l'entrain que suscite encore notre cher premier ministre s'estompera sous peu. Les causes de cet imbroglio? Une absence d'identité. Le matérialisme et le relativisme ont enseveli les sociétés occidentales six pieds sous terre. Un peuple sans sentiment d'appartenance n'en est pas un. Qu'est-ce qu'être Canadien aujourd'hui? La méconnaissance de l'histoire du pays est totale, et bien rares sont ceux qui sauraient entonner l'hymne national. Contrairement à mon habitude, je ne blâmerai pas le citoyen lambda. Je suis de ceux qui considèrent qu'inculquer une conscience nationale est du devoir de l'État. Un pays incapable d'en éveiller une ne peut subsister, et ne le mérite pas.

 

Un aggiornamento s'impose. Le nationalisme est le socle des États modernes; c'est à travers lui qu'ils furent bâtis. Il semble de plus en plus évident que le rêve mondialiste est à bout de souffle. Cela s'exprime par l'éveil de tous les peuples du monde, qui rejettent de plus en plus ouvertement l'universalisme. Le Canada se doit de suivre le même chemin, de s'interroger sur ses valeurs fondamentales et d'accepter que les autres peuples n'y adhèrent peut-être jamais. Mon objectif n'est pas de faire le dithyrambe de l'autoritarisme. Je tente plutôt de comprendre les causes de l'échec de notre modèle. Aucune nation en crise profonde ne peut susciter l'admiration, au mieux recueillera-t-elle de la sympathie distribuée parcimonieusement. La remise en question est difficile, blessante et porte à confusion, mais finit toujours par se révéler salutaire.  

 

1. Patrice Gueniffey, «C'est la faute à Louis XVI», www.lepoint.fr.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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