
Un nouveau souffle pour le Café Acquis - Entrevue avec les présidences de l’AED et de l’ACSED
Auteur·e·s
Daphné Munyan
Publié le :
24 août 2026
La fermeture du Café Acquis de droit et de la Coop Droit en janvier dernier a laissé un vide bien réel dans les couloirs de la faculté. En l'espace de quelques jours, la communauté a perdu à la fois sa librairie coopérative et son café étudiant, un lieu de rassemblement fréquenté quotidiennement par les étudiant·e·s, les professeur·e·s et le personnel. Je me suis entretenue avec Tristan-Matthieu Sansregret, président de l'Association des étudiant·e·s en droit (AED), et Zeynep Ulasan, présidente de l'Association des cycles supérieurs en droit (ACSED), afin d'en apprendre davantage sur le retour du café étudiant.
« Ça a été vraiment choquant pour les étudiants. Le Café Acquis, c'était une institution qui avait sa place dans la faculté. C'était un lieu qui était rassembleur, puis c'est une perte qu'on a ressentie au cours des six derniers mois. »


« Je pense que [le nouveau café] doit vraiment être un endroit où tout le monde se sent bien et à sa place, qu’ils y connaissent des gens et y reconnaissent les visages. Que ce soit un endroit rassembleur pour les étudiants en droit. » - Citation tirée d'un article publié dans Le Pigeon Dissident : « Entrevnue avec le gérant du café Acquis de droit » par Hugo Lefebvre
La Coop Droit, fondée en 1985, gérait le Café Acquis depuis 2002 dans le cadre d'une entente avec l'AED et l'ACSED. Toutefois, lors des dernières années, les difficultés financières se sont accumulées. La hausse des coûts d'exploitation du café étudiant et les tensions entourant la gouvernance ont contribué à fragiliser le modèle. En janvier 2026, la Coop Droit cessait officiellement ses activités, mettant fin à plus de quarante ans d'histoire. Par le fait même, le Café Acquis fermait ses portes, licenciant alors tous·tes ses employé·e·s et privant la communauté étudiante de cet espace emblématique de la vie facultaire.
Dès les semaines suivant la fermeture, l'AED et l'ACSED ont annoncé leur intention de reprendre le projet en main. Six mois plus tard, le chantier est toujours en cours, mais les deux associations affirment avoir une vision commune : redonner à la Faculté un café étudiant, géré par les étudiant·e·s et pensé avant tout comme un milieu de vie.
« On a bel et bien un café de prévu et on est pas mal excités à l'idée ! »
Pour Tristan, la fermeture a marqué toute la communauté.
« Ça a été vraiment choquant pour les étudiants. Le Café Acquis, c'était une institution qui avait sa place dans la faculté. C'était un lieu qui était rassembleur, puis c'est une perte qu'on a ressentie au cours des six derniers mois. »
Au-delà du service alimentaire, c'est surtout la disparition d'un espace commun qui s'est fait ressentir.
« On a perdu un espace, un espace d'études, un espace pour socialiser. C'est aussi une place qu'on perd pour prendre un café qui est un petit peu plus abordable. »
Du côté de l'ACSED, le constat est similaire, mais l'attention est désormais tournée vers la suite. Selon sa présidente, Zeynep Ulasan, les deux associations travaillent conjointement au projet depuis le mois de janvier et espèrent pouvoir accueillir de nouveau les étudiant·e·s dès l'automne.
« On vise une ouverture cet automne! La date reste à confirmer, parce qu'elle dépend de quelques étapes administratives qu'on ne contrôle pas à 100 %. Mais, chose certaine, on va ouvrir dès que tout sera prêt. Ça vaut la peine d'attendre le bon moment pour faire les choses comme il faut. »
Les associations insistent d'ailleurs sur un point : il ne s'agit pas de remplacer le Café Acquis par un concept entièrement nouveau.
« On ne ressentait pas le besoin de lancer un nouveau projet, mais plus de redémarrer un café étudiant qui est bien structuré et qui peut perdurer », explique Tristan.
Une gestion « par les étudiant·e·s, pour les étudiant·e·s »
Le principal changement concernera le mode de gestion.
Plutôt que de confier l'exploitation à une coopérative ou à une entreprise externe, le futur café sera administré par un organisme à but non lucratif (OBNL) nouvellement créé. Celui-ci sera composé d'étudiant·e·s en droit ainsi que de représentant·e·s de l'AED et de l'ACSED.
Pour Zeynep, cette structure permet de conserver le contrôle du projet au sein de la communauté étudiante.
« Le café va être géré par les étudiant·e·s, pour les étudiant·e·s, en s'appuyant sur le bénévolat. [...] On ne voulait pas confier le café à une entreprise externe ni l'intégrer à la cafétéria. L'idée, c'est de garder le café entre les mains des étudiant·e·s. »
Tristan souligne également que cette formule offre davantage d'autonomie.
« C'est vraiment juste les associations et les étudiant·e·s qui vont prendre les décisions, et non une entreprise externe. »
Selon lui, cette proximité permettra aussi d'offrir un service davantage adapté aux besoins des étudiant·e·s et d'éviter que le café ne soit géré principalement dans une logique de rentabilité.
Le bénévolat pour offrir des prix plus abordables
Autre changement important : contrairement à l'ancien Café Acquis, le futur café ne créera pas d'emplois étudiants rémunérés.
Les opérations quotidiennes reposeront plutôt sur une équipe de bénévoles, un modèle déjà utilisé dans plusieurs cafés étudiants de l'Université de Montréal.
« La grande majorité des cafés étudiants de l'Université de Montréal sont principalement gérés de façon bénévole », explique Tristan. « On est très optimistes pour que cette option fonctionne. »
Pour Zeynep, ce choix est aussi une façon de rendre le café plus accessible financièrement.
« Du temps où le café était géré par la Coop Droit, on avait le café le plus cher du campus ; en misant sur le bénévolat, on va enfin pouvoir offrir des prix abordables, comme les autres cafés étudiants. »
Au-delà de la réduction des coûts, les deux présidences voient également le bénévolat comme une manière de renforcer le sentiment d'appartenance à la Faculté.
« Tous les étudiant·e·s auront la chance de s'impliquer dans ce projet. [...] Ça en fait un espace d'apprentissage pour la gestion, mais surtout un vrai milieu de vie, un endroit où on vient travailler, retrouver ses amis, organiser des activités et se sentir chez soi », affirme Zeynep.
Un projet déjà entamé
Bien que plusieurs démarches administratives restent à compléter, les associations indiquent que plusieurs jalons importants ont déjà été franchis.
L'OBNL est en voie d'être constitué, des échanges sont en cours avec la FAÉCUM et des conseillers juridiques, et un financement du Fonds d'amélioration de la vie étudiante (FAVE) a déjà été obtenu pour permettre l'achat du matériel nécessaire à l'ouverture. Les responsables du projet ont également visité plusieurs cafés étudiants du campus afin de s'inspirer de leurs pratiques.
Les prochains mois seront consacrés à l'obtention des permis, au recrutement des bénévoles, à la mise en place des fournisseurs ainsi qu'à l'élaboration des règlements généraux de l'organisme.
Recréer un véritable milieu de vie
Si les deux associations parlent beaucoup de gouvernance et de logistique, elles reviennent constamment à un même objectif : recréer l'atmosphère qui faisait la réputation du Café Acquis.
Pour Tristan, le succès du projet ne se mesurera pas uniquement au nombre de cafés servis.
« Je pense que [le nouveau café] doit vraiment être un endroit où tout le monde se sent bien et à sa place, qu’ils y connaissent des gens et y reconnaissent les visages. Que ce soit un endroit rassembleur pour les étudiants en droit. »
Il espère également que le café pourra être ouvert quotidiennement, idéalement de 8 h 30 à 15 h 30 au minimum, afin qu'il retrouve sa place importante au sein de la Faculté.
Le véritable indicateur de réussite, selon lui, sera l'appropriation du lieu par les étudiant·e·s eux·elles-mêmes, qu’il s’agisse des étudiant·e·s de premier cycle ou des cycles supérieurs.
« Je pense que [l'indicateur de réussite] est vraiment l'achalandage. [...] Si les étudiant·e·s nous donnent leurs commentaires, ça veut dire qu'ils s'intéressent et qu'ils veulent que le café puisse bien fonctionner. »
Avant d'en arriver là, les deux associations lancent toutefois un appel à leur communauté.
« On travaille très fort pour que ce projet puisse prendre vie le plus rapidement possible. On aura besoin de la collaboration et du soutien de tous les étudiant·e·s, que ce soit par le bouche-à-oreille ou par le bénévolat », conclut Tristan.
Six mois après la fermeture d'une institution vieille de plusieurs décennies, l'AED et l'ACSED espèrent donc transformer une perte importante en occasion de rebâtir un café dont la gestion, cette fois, sera entièrement entre les mains des étudiant·e·s. Il ne reste maintenant qu'à rallumer la machine à espresso… et la vie étudiante qui l'accompagnait.
Je tiens à remercier Tristan-Matthieu Sansregret et Zeynep Ulasan pour leur précieuse collaboration à la réalisation de cet article.
Godin, E. (2026). Des noces d’émeraude peu scintillantes : revue de la fermeture de la Coop Droit après 40 ans de services. Le Pigeon dissident, 49(3).
Thériault, A. (2026). Fermeture du café Acquis de droit : les raisons qui ont mené à l’arrêt des activités. Quartier Libre.