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Se sensibiliser aux enjeux autochtones

Auteur·e·s

Sara Gasparro et Celeste Brazeau Houle, membres du Comité Droit autochtone de l’Université de Montréal

Publié le :

7 septembre 2022

Les communautés autochtones au Canada et au Québec ont vécu leur lot de souffrances et vivent encore les conséquences de la colonisation. Le comité Droit autochtone voulait débuter l’année en traitant d’importants enjeux qui ne sont pas suffisamment abordés, et qui prouvent l’existence d’un racisme systémique qui maintient les autochtones dans un état précaire depuis trop longtemps.

Dans l’affaire R. v. Gladue, la Cour a reconnu que le racisme était présent au sein du système de justice pénale du Canada. Elle a également affirmé que le profilage racial est un événement qui se produit sur une base régulière. En tant que futur·e·s juristes, il est pertinent d’adresser cette situation problématique.

Crédit photo : World Press Photo 2022
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Kamloops Residential School

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Crédit photo : World Press Photo 2022
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Kamloops Residential School

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Le premier enjeu dont nous traiterons est l’insécurité alimentaire que vivent les communautés autochtones au Canada. Présentement, plus du tiers des ménages chez les Premières Nations du Québec en souffrent(1) . Dans une étude effectuée en 2016, il a été démontré que du tiers mentionné plus haut, 8 % des gens vivent une insécurité alimentaire grave et manquent de nourriture. Pourquoi les communautés autochtones vivent-elles cette insécurité aussi intensément ? C’est notamment à cause du coût de l’épicerie qui est rendu exorbitant dans ces régions. Le prix élevé des aliments plus favorables pour la santé mène à une consommation d’aliments moins bons pour la santé et remplis de gras et de sel, puisqu’ils sont moins chers (2). Ils et elles sont forcé·e·s d’acheter des aliments peu coûteux et de mauvaise qualité (3). Évidemment, cette alimentation cause des problèmes de santé. Une étude révèle que le taux d’obésité des Premières Nations est de 66 %, par rapport à la moyenne nationale qui est de 25 % (4). De plus, le taux de diabète est également plus élevé dans les communautés autochtones, où 25 % des adultes en souffrent, comparativement à la moyenne nationale de 8 %. Afin de trouver une solution à ces problèmes qui ne font qu’empirer, une étude a recensé les communautés afin de savoir si elles préfèreraient consommer davantage d’aliments traditionnels. 84 % des gens ont répondu positivement. Ceci est toutefois très difficile à faire, puisque beaucoup d’obstacles s’imposent, comme le manque de ressources financières, de temps, de chasseurs, d’équipement, etc. Bref, l’insécurité alimentaire reste un défi important dans les communautés autochtones.


Ensuite, d’un point de vue légal, nous souhaitions aborder la surreprésentation des autochtones dans le milieu carcéral. Bien que ce phénomène soit documenté au sein des services de justice et correctionnels depuis plusieurs années, en 2018-2019, « les adultes autochtones représentaient 31 % des individus incarcérés dans un établissement provincial ou territorial » (5). Dans l’affaire R. v. Gladue, la Cour a reconnu que le racisme était présent au sein du système de justice pénale du Canada (6). Elle a également affirmé que le profilage racial est un événement qui se produit sur une base régulière. En tant que futur·e·s juristes, il est pertinent d’adresser cette situation problématique. Selon l’auteur Fo Niemi, il est important de considérer des pistes de solution pour contrer le racisme au sein du système de justice pénale au Canada. Il mentionne qu’une réforme potentielle du Code criminel ou de la Charte canadienne des droits et libertés ne constituerait pas une solution efficace, sans que le concept de discrimination systémique ne soit directement incorporé au sein de notre système juridique (7). Il propose plutôt de donner une formation aux juges et aux arbitres sur des concepts tels que le racisme systémique et la discrimination systémique. De plus, il propose d’adopter des actions en contrôle judiciaire. Le but serait de réviser d’anciennes décisions jugées incompatibles avec les notions de racisme systémique et de discrimination systémique. Les tribunaux pourraient donc incorporer ces deux notions à leurs décisions. Bien que ces problématiques soient de très grande ampleur, le comité Droit autochtone souhaite souligner ces enjeux cette année, afin de promouvoir la sensibilisation des réalités auxquelles font face les communautés autochtones, tout en encourageant la réflexion grâce à différents événements.

Sources citées : 

  1. https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1169996/insecurite-alimentaire-premieres-nations-quebec-etude

  2. Ibid.

  3. Ibid.

  4. Ibid.

  5. Statistiques Canada. (2021). Statistiques sur les services correctionnels pour les adultes et les jeunes au Canada, 2018-2019. Repéré sur : https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/85-002-x/2020001/article/00016-fra.htm

  6. R. v. Gladue, (1999) 1 S.C.R. 688

  7. Fo, NIEMI. « La justice québécoise et la discrimination raciale systémique : recul et résistance », dans Barreau du Québec, Service de la formation continue, Le Tribunal des droits de la personne : 25 ans d’expérience en matière d’égalité, vol. 405, Cowansville, Éditions Yvon Blais, 2015