Portrait%20sans%20photo_edited.jpg

Protégeons le français à la Faculté

Auteur·e·s

Hugo Lefebvre

Publié le :

14 janvier 2022

Speed-dating, speed-meeting, networking, open house, etc. Aujourd’hui, ces termes sont de plus en plus utilisés par les jeunes adultes pour décrire des idées ou des concepts pour lesquels des termes francophones existent déjà. L’attrait de l’anglais tire vers lui notre langage en laissant derrière lui la richesse de la langue française. Nos grandes lois de protection du français servent justement à éviter cette pente glissante qui nous tire vers la langue de nos voisins et amis canadiens et américains. À l’instar de ceux de la Belle Province, les règlements et politiques de l’Association des étudiant⋅e⋅s en droit (AED) devraient comporter davantage de mesures pour protéger la langue de Molière. Ce texte présente les motifs derrière une proposition de modification aux Règlements généraux qui sera soumise au vote à l’Assemblée générale de mi-année de l’AED et qui imposerait l’emploi du français dans les communications aux étudiant·e·s et les noms d’événements de l’AED.

L’hégémonie culturelle de nos voisins du sud et son influence sur nos perceptions du français et de l’anglais ne devraient pas nous empêcher de valoriser notre langue comme il se doit et de la garder vivante dans tous les contextes.

Image: Wix
Image: Wix

press to zoom
Image: Wix
Image: Wix

press to zoom

À la Faculté, un bon nombre d’événements sont présentés en anglais dans l’idée que l’utilisation de cette langue rendrait ceux-ci plus attrayants, plus branchés. Ce réflexe est partagé par bon nombre d’étudiant⋅e⋅s, incluant à l’occasion le présent chroniqueur. Or, ce phénomène nuit à la protection plus générale de la langue française, car il nous pousse à normaliser l’emploi de l’anglais dans certains contextes professionnels tout en nous faisant perdre la capacité de nous exprimer exclusivement en français et d’apprécier la beauté et la variété de cette langue. L’hégémonie culturelle de nos voisins du sud et son influence sur nos perceptions du français et de l’anglais ne devraient pas nous empêcher de valoriser notre langue comme il se doit et de la garder vivante dans tous les contextes. Au niveau institutionnel, il semble important de s’assurer que la langue française reste, pour les cohortes qui nous suivront, la langue d’usage dans les communications aux étudiant⋅e⋅s, particulièrement dans une université francophone d’envergure comme l’Université de Montréal.


Aujourd’hui, notre association étudiante n’est dotée que de peu d’instruments démontrant un tel engagement à protéger la langue française. Jetons d’abord un œil au Cahier de positions. Ce document comporte divers engagements que doivent « respecter, promouvoir ou défendre » l’AED et tous⋅tes ses représentant⋅e⋅s. Or, en ce qui a trait à la protection de la langue, ce document ne contient qu’une section avec pour thème la langue d’enseignement. On y retrouve trois dispositions visant la promotion de la tenue des cours en français, de l’accès à des ressources scolaires en français et de la maîtrise du français par le corps professoral. Cette section est suivie d’une disposition sur la valorisation de l’acquisition d’autres langues au cours du baccalauréat.


Regardons maintenant brièvement les Règlements généraux de l’AED. De façon générale, ce texte contraint l’AED dans ses activités et prévoit l’organisation d’événements tels que les assemblées générales. On n’y retrouve que deux articles abordant la question linguistique. Premièrement, le premier article des Règlements généraux interdit, entre autres, la discrimination pour des motifs linguistiques. Deuxièmement, l’article 169 prévoit que tous les documents de l’Association doivent être rédigés en français. Ces quelques articles paraissent insuffisants pour garantir une protection proactive de la langue française à l’intérieur comme à l’extérieur de la Faculté.


Certes, les Règlements généraux doivent être modifiés avec précaution, car il faut après tout se rappeler que ce texte a un réel impact sur les activités de l’Association. Or, y inclure une disposition prévoyant que les communications de l’Association étudiante et les noms des événements qu’elle organise soient rédigés en français ne demanderait pas un grand effort d’exécution. C’est une occasion en or pour les étudiant⋅e⋅s de la Faculté d’être proactif⋅ve⋅s dans leur amour de leur langue et d’envoyer un message fort au milieu professionnel en vue de leur entrée sur le marché du travail. Une telle disposition permettrait aussi d’empêcher que se créent des « noyaux » de domaines qui tombent dans le giron d’un jargon anglais. C'est cette même raison qui a poussé au développement de certaines de nos lois pour la protection de la langue française, par exemple pour empêcher que des milieux professionnels commencent à utiliser des termes anglais spécialisés parce qu’ils sont plus courants dans le monde anglophone.


Intégrer une telle disposition à même les règlements généraux de l’AED permettrait aussi de s’assurer que, par exemple, lorsqu’un cabinet souhaite organiser un événement, la présentation dudit événement soit effectuée en français et en utilisant des termes francophones. Cette disposition permettrait aux membres de l’Association de faire valoir un engagement clair et inflexible des étudiant⋅e⋅s à ce que les titres et présentations d’évènements reflètent la langue dans laquelle ils se tiennent déjà.


Conclusion


En somme, insérer une disposition dans les Règlements généraux prévoyant l’utilisation du français dans les communications aux étudiant⋅e⋅s et les noms d’événements permettrait à notre communauté étudiante de mieux participer à relever le défi que se sont relégué des générations de Québécois⋅e⋅s de tous les horizons, soit celui de la protection de notre patrimoine linguistique. Ce petit pas dans cette direction mettrait un rempart à l’anglicisation de nos communications officielles.