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Pourriᐧeᐧs gâtéᐧeᐧs

Auteur·e·s

Judith Morin

Publié le :

17 décembre 2021

Préface. Au risque de sembler excessivement critique, j’ai choisi de profiter de notre édition ayant pour thématique « la Faculté sous la loupe » pour m’exprimer sur différentes réalités auxquelles nous faisons face, en tant qu’étudiantᐧeᐧs en droit. J’espère que certainᐧeᐧs d’entre vous se sentiront interpelléᐧeᐧs par ces mêmes enjeux, ou du moins que vous apprécierez l’opportunité de critiquer mon point de vue. Libre à vous.

Bon, il faut croire que les étudiantᐧeᐧs en droit ont besoin d’être récompenséᐧeᐧs… pour prendre soin de leur santé mentale? Encore mieux, il faudrait partager ça avec tous nos copains sur nos réseaux sociaux pour que ça compte.

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Le 30 septembre, quel ne fut pas mon malaise de voir apparaître sur mon fil d’actualité le nouveau projet de notre association étudiante. L’AED avait inauguré, pour une autre année, le Self-Care October (mention spéciale à l’utilisation de l’anglais, en passant). Le concept est bien simple : chaque jour, une activité de type « bien-être » est proposée et si vous souhaitez participer au concours, vous devez partager sur votre compte Instagram une photo pour prouver l’accomplissement de ladite activité, en prenant soin d’identifier @aedmtl. La carotte? Plus de 500 $ en prix à gagner, allant du livre de recettes au séjour au spa. Bon, il faut croire que les étudiantᐧeᐧs en droit ont besoin d’être récompenséᐧeᐧs… pour prendre soin de leur santé mentale? Encore mieux, il faudrait partager ça avec tous nos copains sur nos réseaux sociaux pour que ça compte.


Même en allant puiser toute ma bonne foi, j’ai bien de la misère à ne pas trouver que le principe même de ce concours s’apparente à de la pensée magique. Il serait bien naïf de croire que d’encourager les étudiantᐧeᐧs  à « écouter leur film de Disney préféré » ou à « trouver la maison la mieux décorer (sic) »  aura un impact positif et considérable sur leur santé mentale; ou plutôt sur la santé mentale du petit nombre d’étudiantᐧeᐧs qui y participent… En effet, après vérification auprès d’Anne-Sophie Paradis, vice-présidente aux communications de l’AED, ce sont 72 personnes qui y ont participé le mois passé, pour un total de 228 participations. Bref, c’est donc dire que la portée de ce type de concours reste relativement limitée. Autre incompréhension : qu’est-ce que l’AED a bien à gagner à nous faire partager des égoportraits en train de « savourer une boisson chaude »?


Anne-Sophie a tout de même pris la peine de me préciser que la valeur totale des prix de ce concours ne représentait que moins d’un pour cent des dépenses annuelles de l’AED. Cela est important à préciser, certes. Cependant, le self-care October n’est pas le seul concours de ce genre, organisé par notre association étudiante. Prenons l’exemple du « Calendrier de l’avent », qui a été orchestré par l’exécutif 2020-2021 de l’AED, il y a de cela bientôt un an. L’ampleur de ce concours était sincèrement indécente. Alors que la population étudiante du Québec, tranche de la société tout particulièrement vulnérable, se ramassait en pleine face une pandémie provoquant une crise économique hors pair, l’AED, elle, faisait tirer Apple Watch, Patagucci et fin de semaine à l’Estérel. Des prix d’une valeur totale dépassant les 6 000 $. Ne m’en voulez pas trop, mais mon premier réflexe a été de me demander à quelle réduction de cotisation cela équivaudrait, pour chacun des étudiantᐧeᐧs  inscritᐧeᐧs  au baccalauréat… Et ce au détriment d’une simple poignée de gagnants.


Malgré ma critique, je ne blâme pas l’AED. Je peux percevoir qu’il devait être complexe de flamber du cash quand la Covid-19 nous empêchait de faire quoi que ce soit. Je comprends également que les « gros cabs » sont impliqués dans ce schème (comme dans pas mal tout ce qui concerne la Faculté de droit de l’UdeM… oups). Leur « grande générosité » a payé en partie les prix distribués à grands coups de commentaires Facebook. Cadeaux empoisonnés.


En effet, qui d’entre nous peut se vanter de n’avoir jamais profité de cette dite générosité? Huîtres à volonté, bouteilles d’eau réutilisables, objets promotionnels en tout genre, etc. Même durant la pandémie, les cabinets ont fait preuve de créativité pour nous acheminer leurs « gugusses ». Mais tous ces cadeaux, ne sont-ils pas contreproductifs? Si les organisateurs de ces évènements, notamment ceux de réseautages, ne pouvaient plus aller chercher un haut taux de participation à leurs activités par l’offre de prix de présence, n’y aurait-il pas une attention particulière à prêter à la recherche d’un contenu plus captivant pour les étudiantᐧeᐧs ? Et si les cabinets ne nous attiraient pas devant l’Espace Stikeman avec des récompenses soigneusement enveloppées dans des emballages plastiques à usage unique, mais faisaient plutôt un effort pour que leur vente de salade (figurativement parlant) suscite davantage d’intérêt? Je nous trouve simplement trop facilement achetables.


Ne me méprenez pas, je ne prône pas non plus la simplicité volontaire. Bien entendu, notre association étudiante a également comme mission d’assurer l’existence d’une vie étudiante à la Faculté, mais je pense que de revisiter leur modèle de redistribution des fonds est rendu franchement essentiel. Il est plus que temps que chaque étudiant·e qui y contribue puisse en ressortir gagnant·e, que ce soit par l’amélioration des services aux étudiant·e·s ou par la réduction des montants de cotisations, mais définitivement pas par le partage de « stories » sur Instagram.


Pour plaire aux optimistes, je tiens à conclure cette tirade par une mention d’honneur au Comité Accès à la Justice et à leur partenariat avec le cabinet Novalex, dont le concours de rédaction offrira au gagnant le pouvoir de sélectionner un organisme de son choix, qui bénéficiera d’heures d’aide juridique pro bono. Quelle idée intelligente et cohérente avec l’orientation du comité, chapeau. Cela nous prouve bien qu’il est encore possible de stimuler la participation étudiante par la simplicité d’une bonne intention plutôt que par la récompense.