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Pourquoi les gars cute sont gays

Auteur·e·s

Anonyme

Publié le :

1 février 2022

« Awnnn… pourquoi est-ce que les gars cute sont gays? »


Non, mais c’est vrai! Qui n’a jamais entendu cette phrase, soit murmurée dans un couloir entre deux cours ou bien écrite dans une conversation Messenger, Snapchat, etc.


Full disclaimer : je ne suis pas hétéro.

Il serait même possible d’argumenter qu’en cas d’échec à se conformer, encore plus que d’encourir un simple rejet amoureux, il s’agit du sentiment de ne pas partager la même identité que notre groupe référence.

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Pourtant, cette phrase, je la trouve très ironique, voire trop ironique pour que j’en rie de bon cœur.


Après tout, qui n’aimerait pas se faire dire qu’il est cute?


Mais, bon… on ne veut pas être cute pour la gent féminine ou non-binaire, tant estimée soit-elle. Non, on veut capter le regard des gars, gays de surcroît.


Les gars gays seraient trois plus à risque d’obtenir un diagnostic de troubles alimentaires (1). Ils auraient aussi 12 fois plus de chances que les gars hétéros de se faire vomir pour cause de boulimie (2).


Je ne pense pas défrayer les manchettes en disant que la communauté LGBTQ+ est plus sujette aux troubles de santé mentale. Les statistiques sont sans équivoque. Un homme gay est confronté à un taux de suicide 3 fois plus élevé que la moyenne (3). Toutefois, j’aimerais plus particulièrement attirer votre regard sur la question de l’image corporelle au sein de la communauté homosexuelle.


Ouvrez Tinder, Grindr, name it, et vous aurez l’impression d’assister à une parade de mode. Corps d’apollon au menu, servez-vous! Mais préparez-vous aussi à en payer le prix; on le sait bien, c’est plutôt rare qu’unᐧe 10 veuille sortir avec unᐧe 6 et ¾. Bien que l’idéal corporel propre à la société occidentale entraîne déjà son lot de conséquences néfastes, la communauté homosexuelle a eu le don de magnifier les attentes de chacunᐧe. Et force est de constater que la santé mentale est mise de côté.


Selon une étude de l’hôpital général du Massachusetts, 12,5 % des gens qui souffrent de dysphorie corporelle, dont celle de type musculaire, s’identifient à la population homosexuelle.


Des chiffres d’autant plus alarmants quand on se souvient que cette tranche de la population ne représente qu’environ 5 % de la population totale (4). L’estime de soi est sérieusement mise à mal.


Pas besoin d’aller chercher loin pour comprendre les raisons qui sous-tendent une telle situation. Placez-vous dans la peau d’un jeune garçon qui n’a pas nécessairement eu de modèle – exception faite d’une pornographie trop facilement accessible – quand il était jeune. Ensuite, imaginez la découverte d’une communauté qui accepte votre orientation sexuelle. Pas besoin d’un doctorat en sociologie pour comprendre à quel point on peut alors vouloir s’identifier à cette communauté. Ressembler à cet idéal devient une priorité. Disons simplement que c’est dommage que celle-ci comporte une dimension corporelle parfois inatteignable et trop souvent malsaine.


Il serait même possible d’argumenter qu’en cas d’échec à se conformer, encore plus que d’encourir un simple rejet amoureux, il s’agit du sentiment de ne pas partager la même identité que notre groupe référence. Et tout le monde aime se faire arracher une partie de son identité, non?


Donc, on soigne notre apparence, on va s’entrainer au gym, on fait du jogging, on suit un régime jusqu’à ce que le miroir se fende.


Non, les gars gays ne sont pas intrinsèquement plus cutes; ils le deviennent. Il s’agit là peut-être de ce mystérieux gay glow up. Et quand ils n’arrivent pas à se conformer, ils sont moins bien perçus par leurs pairs ou, plus réellement, ignorés. Fort heureusement, ce n’est pas l’ensemble de la communauté homosexuelle qui entretient ce paradigme. Toutefois, je me permets de croire que le sujet de la dictature du paraître reste encore tabou, notamment à cause de la difficulté que j’ai eue à trouver des statistiques au sujet des troubles de perception corporelle dans la communauté homosexuelle. D’autre part, ce qui m’intrigue, c’est comment l’imaginaire collectif a repris des stéréotypes qui sont véhiculés dans la communauté LGBTQ+. Comme quoi ces vases ne sont pas aussi étanches qu’on pourrait le croire à première vue.


Morale de ce court texte : que je n’entende plus personne me rappeler que les gars cute sont gays.



***


Note : Du fait qu’il considère que sa vie privée n’est pas d’intérêt public, voire sans intérêt tout court, l’auteur de ce texte a préféré conserver l’anonymat. Néanmoins, advenant des contestations ou une demande de correctif, il s’engage à contacter les personnes intéressées afin d’en discuter.

Sources citées:


  1. Feldman, M., Meyer, I. (2007) “Eating disorders in diverse, lesbian, gay, and bisexual populations.” International Journal of Eating Disorders, 40-3, 218-226

  2. Austin SB, Ziyadeh N, Kahn JA, Camargo CA Jr, Colditz GA, Field AE. Sexual orientation, weight concerns, and eating-disordered behaviors in adolescent girls and boys. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry. 2004 Sep;43(9):1115-23. doi: 10.1097/01.chi.0000131139.93862.10. PMID: 15322415.

  3. CDC. (2016). Sexual Identity, Sex of Sexual Contacts, and Health-Risk Behaviors Among Students in Grades 9-12: Youth Risk Behavior Surveillance. Atlanta, GA: U.S. Department of Health and Human Services.

  4. Aaron J. BLASHILL, « Gay Men and Body Dissatisfaction », Center for OCD and Related Disorders at the Massachusetts General Hospital/Harvard Medical School, en ligne: https://mghocd.org/gay-men-body-dissatisfaction/