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Pourim : amour et cohésion

Auteur·e·s

Association des étudiants juifs en droit

Publié le :

12 février 2026

Quand la vie coule sans défis, aimer ne demande aucun effort. L’amour est nourri par des moments partagés, des rêves en commun et une assurance que l’autre est toujours à nos côtés. Dans ces instants, aimer paraît naturel et instinctif. Pourtant, cette vision de l’amour est incomplète, car le réel amour ne se révèle que lorsque des difficultés surgissent. C’est précisément lors de ces moments que l’amour change entièrement de nature. Il cesse d’être un sentiment facile et agréable et devient un engagement conscient et intentionnel. Lorsque l’on fait face à des adversités, aimer demande du courage, de l’écoute et parfois même des sacrifices. Toutefois, c’est aussi lors de ces moments difficiles que l’amour peut se renforcer et s’intensifier. Cette notion est notamment reflétée dans la fête de Pourim, célébrée le 2 et 3 mars de cette année. Pour ceux et celles qui ne le savent pas, avec ses déguisements et ses sucreries, il est possible de comparer cette fête à l’Halloween juif. À la surface, il s’agit d’une fête joyeuse comme les autres, mais derrière ses festivités se cache une histoire beaucoup plus sombre et très pertinente à l’actualité contemporaine.

Lorsque l’on fait face à des adversités, aimer demande du courage, de l’écoute et parfois même des sacrifices.

Retournons à la Perse antique, où le roi de l’empire prend pour femme la jeune Esther. Celle-ci dissimule d’abord ses origines juives pour sa propre sécurité. En effet, Haman, l’un des fonctionnaires les plus importants de la cour, animé par un profond antisémitisme, fait publier un décret visant à exterminer tous les Juif.ves de l’empire perse. Avec le soutien de son cousin Mordechai, la reine Esther réussit à renverser le décret en révélant le complot d’Haman, et révèle à la société son identité juive. La décision courageuse d'Esther d'agir pour protéger son peuple contre le génocide, tout en respectant les protocoles royaux perses, a démontré une réconciliation exigeante, mais respectable, entre son rôle de reine perse et son devoir moral envers ses citoyen.nes juif.ves perses. Grâce à son courage et à son intervention auprès du roi Ahasuerus, le décret fut renversé et les Juif.ves furent sauvé.es, transformant une menace de destruction en une célébration de délivrance et de rétribution. Ces célébrations des Juif.ves se sont concrétisées en une fête annuelle qui perdure jusqu’à nos jours.


Ainsi, à la base, Pourim est une célébration de survie, de cohésion et surtout d’amour. Pour la reine Esther, aimer le peuple juif venait naturellement lorsque la communauté vivait tranquillement et en paix. Par contre, c'est dans l'intimité du palais qu'elle a dû apprendre à réconcilier son héritage juif avec son rôle public de souveraine perse, tissant ensemble ces deux mondes pour mieux servir son destin, ainsi que son peuple. En tendant son sceptre d’or vers elle, le roi Assuérus n'a pas seulement sauvé la vie d'Esther, mais il a également officiellement accepté son épouse dans la plénitude de sa double nature. Cet acte a ainsi confirmé que son identité judéo-perse était non seulement légitime, mais faisait partie intégrante de la société perse. C’est pourquoi, de nos jours, Pourim est célébré avec des masques. Cela nous rappelle que, bien que nous portions tous des « masques » (nos métiers, nos titres, nos apparences sociales, etc.), notre véritable identité n’atteint sa pleine puissance que lorsqu'elle agit en harmonie avec ces masques, plutôt que de se cacher derrière ceux-ci.


Alors que ce récit demeure une légende d’héroïsme des Juif.ves dans la Perse antique, la réalité historique de cette communauté est moins connue et remonte au VIᵉ siècle avant notre ère, à l’époque du roi perse Cyrus le Grand. Tout au long de l’histoire, cette communauté juive distinguée a mené des vies parfois marquées par des défis, tout en demeurant une actrice importante dans le développement de la vie intellectuelle, culturelle et économique des villes de l’empire. Sous le règne des rois perses et achéménides, la ville de Hamadan était une station estivale prisée et importante, ce qui en faisait l’un des centres juifs les plus densément peuplés d’Iran. D’ailleurs, au cours du dernier siècle avant notre ère, le marché de Hamadan était également connu sous le nom de « bazar juif de Hamadan ». Il convient également de souligner que, dans la ville de Hamadan, se trouve un sanctuaire abritant le tombeau de la reine Esther et de Mordechai. Malgré une attaque criminelle par incendie survenue en 2020, ce site demeure à ce jour une destination touristique prisée.


Au IVᵉ siècle de notre ère, les Juif.ves d’Iran sont passé.es de l’araméen oriental, leur langue à l’époque talmudique, au pahlavi. Plus tard, durant la période islamique, ils.elles ont adopté le persan dari, à l’instar du reste de la population iranienne, puis le farsi. La participation à la politique nationale a débuté concrètement au XXᵉ siècle, lors de la Révolution constitutionnelle qui a conduit à la création du Parlement national iranien en 1906. L’attribution d’un siège de représentant de la communauté juive en a même résulté.


Bien qu’il ne s’agisse là que d’un bref témoignage de l’histoire des Juif.ves dans ce qui subsiste de l’ancien empire perse, on estime qu’environ 9 000 d’entre eux.elles habitent encore dans le pays, même à la suite de plusieurs exodes au cours du XXᵉ siècle, poursuivant une vie marquée par la tradition juive dans un contexte politique peu accueillant. Beaucoup plus nombreux.euses sont ceux.celles qui vivent à l’étranger, tout en s’identifiant toujours fièrement comme des Juif.ves perses.


Cette histoire ne se résume pas à un seul groupe, elle fait partie de l’identité culturelle plus vaste de ces terres, partagée par de nombreuses communautés : juives, musulmanes, zoroastriennes…et par des millions d’Iranien.nes de nos jours. N’oublions pas que soutenir le peuple iranien, c’est de ne pas confondre la population avec le régime qui le gouverne. Le soutenir, c’est entendre leurs voix étouffées qui revendiquent une vie de dignité, de sécurité et de liberté. Nous souhaitons exprimer notre amour envers le peuple iranien, qui lutte avec courage afin de pouvoir célébrer librement sa culture et sa religion historique.

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