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Portrait des étudiant·e·s de Pro Bono

Auteur·e·s

Alexandra Yazbeck

Publié le :

16 avril 2021

Au cours de la dernière année, j’ai eu la chance, à travers mon mandat au sein de l’exécutif de Pro Bono et de mon initiative spéciale « Capsule Impact », d’en apprendre un peu plus sur les bienfaits du Réseau national de Pro Bono. Ces retombées positives touchent autant les étudiant·e·s bénévoles que les avocat·e·s superviseur·e·s, les responsables d’organismes et la communauté. Après tant de beaux témoignages, j’ai décidé que je voulais en connaître davantage sur l'expérience des étudiant·e·s Pro Bono, surtout dans le contexte de la pandémie. J’ai donc fait appel aux étudiant·e·s de la section de l'Université de Montréal pour leur poser des questions.


Voici donc les réponses de Vincent Frenette, Paula Maurin, Sélim Ben Chaabane, Vicky Valiquette, Émilie Fay et Béatrice Houle. J'espère que vous bénéficierez de leurs expériences pour, peut-être, vous impliquer dans un avenir proche!


Alexandra Yazbeck (AY) : Pourquoi as-tu choisi de t’impliquer au sein de Pro Bono?


Vincent Frenette : J’ai choisi de m’impliquer dans Pro Bono parce que j’aspirais déjà à explorer un côté plutôt pratique du droit. C’était une façon accessible d’apprendre à appliquer le droit et qui me permettrait déjà de toucher la vie des gens. Initialement, je voyais le droit comme un outil de pouvoir, comme l’économie ou la politique, mais il me semble encore plus que c’est un outil, aussi imparfait soit-il, de justice au service des gens. Du moins, c’est l’idéal, mais c’est un idéal que j’ai côtoyé lors de mon parcours au Center for Research-Action on Racial Relations (CRARR) et que j’aspire dorénavant apporter dans ma carrière de juriste.


Paula Maurin : J’ai choisi de m’impliquer au sein de Pro Bono parce que je voulais d’ores et déjà me familiariser avec le programme. Je voulais commencer mon expérience juridique en redonnant et en partageant les connaissances que j’ai acquises. J’ai vu, dans ce programme, un moyen d’apprendre et de cheminer personnellement tout en apportant une aide et en contribuant à la communauté. Cela faisait longtemps que je voulais m’impliquer sans laisser de côté mes études; Pro Bono m’a permis de faire les deux en allouant une flexibilité à mon horaire.


Sélim Ben Chaabane : Pour moi, l'implication avec Pro Bono était l'occasion parfaite pour redonner à ma communauté spécifiquement, en m’impliquant au sein du CARI St-Laurent qui a aidé ma mère et moi lors de notre arrivée au Canada. De plus, c’était un moyen pour moi d’avoir un apprentissage plus pratique et technique du droit, contrairement à l’approche très théorique de notre baccalauréat. Ça m’a vraiment permis de voir comment je pouvais appliquer toute cette théorie à des situations réelles.


Vicky Valiquette : La raison pour laquelle j’ai décidé de m’impliquer au sein de Pro Bono, c’était tout d’abord pour améliorer mes connaissances pratiques du droit, mais aussi pour redonner à la communauté. J’ai adoré la structure qui nous offrait les outils nécessaires pour mettre en pratique nos savoirs acquis lors de nos cours, qui nous jumelait avec un·e avocat·e superviseur·e et qui nous permettait d’aider une cause très importante, laquelle est, dans mon cas, l’organisme INCA. La raison pour laquelle je désire devenir juriste est justement pour aider des communautés, des individus et des causes en particulier. Pro Bono était donc la porte d’entrée parfaite qui me permettait, dès ma première année en droit, d’être dans un milieu qui m’interpelle et me stimule.

Mon expérience Pro Bono m’a amené, je crois, une perspective sur le droit au quotidien que je n’aurais sans doute pas captée en cours.

Logo du Réseau Pro Bono
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Gracieuseté de Pro Bono - Section UdeM

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AY : Est-ce que cette expérience t’a permis de faire des apprentissages non juridiques ? Si oui, le(s)quel(s)?


Sélim Ben Chaabane : Je pense que j’ai vraiment pu développer mon côté pragmatique et dissocier mon attachement émotionnel face à une situation pour transmettre l’information juridique la plus pertinente. En effet, dans le cadre de mon projet, j’ai souvent été confronté à des histoires tragiques et à des situations tristes auxquelles les usager·ère·s faisaient face. Ça a été très important pour moi d’être capable de faire la part des choses pour apporter les solutions les plus réalistes à ces personnes.


Vicky Valiquette : Mon expérience au sein du programme Pro Bono m’a permis, en effet, de faire des apprentissages juridiques; cependant, cette opportunité m’a aussi formée à plusieurs autres niveaux. Premièrement, travailler dans un organisme nécessite une délicatesse et une certaine connaissance du domaine au niveau du vocabulaire, des termes et des différentes appellations. Ceci étant dit, au niveau de l’éthique de travail, cela a été très enrichissant. Deuxièmement, j’ai eu la chance d’apprendre énormément sur moi en tant que future professionnelle du droit. Certaines situations peuvent être difficiles et apprendre à dissocier mon univers professionnel de mon univers personnel est donc très important. Finalement, Pro Bono m’a permis de développer davantage mes habiletés de travail d’équipe, mais dans un contexte juridique. Pro Bono est donc l’opportunité parfaite pour nous apprendre à échanger, à discuter de certains points, à développer une ouverture d’esprit face aux nouvelles idées et à nous adapter aux autres. En somme, Pro Bono m’a permis de faire des apprentissages professionnels, personnels et académiques.


AY : Peux-tu me parler d’une expérience marquante dans ton parcours dans Pro Bono?


Paula Maurin : L’évolution de la jurisprudence est ce qui m’a le plus marquée. J’avais à rédiger un article juridique sur un sujet d’actualité. Sa progression fut si rapide que la version finale de mon article a dû être changée 2 ou 3 fois avant qu’il puisse être publié. J’ai compris l’importance de se fixer des échéances raisonnables lorsqu’un dossier est en évolution ou en processus.


Sélim Ben Chaabane : Mon expérience la plus marquante était facilement les diverses rencontres que j’ai faites dans le cadre de la clinique juridique au CARI. Plus particulièrement, l'interaction que j’ai eue avec une mère de famille qui provenait de la Tunisie, comme moi, et qui me parlait des abus physique et psychologique que son mari lui faisait subir. Sa situation m’a brisé le cœur, mais je pense que le fait d'avoir pu l’aider et la voir remplie d’espoir en sortant restera un des meilleurs souvenirs de cette expérience.


Émilie Fay : Mon expérience la plus marquante était assurément lorsque j’ai contribué à élaborer une présentation donnée par les enfants de la Fondation du Dr. Julien dans le cadre du cours de droit de l’enfant du professeur Alain Roy. Les voir s’exprimer de façon tellement juste et mature sur un sujet qui les touche directement m’a confirmé que nous devrions clairement accorder plus de poids à l’opinion des enfants dans les débats du quotidien.


Béatrice Houle : L’évènement le plus marquant de mon expérience à la clinique d’information juridique du CELO concerne une demande d’information en droit pénal. Nous avions de la difficulté à comprendre la problématique de la personne en raison d’une barrière de langue, ce qui a compliqué notre récolte d’informations initiale. Cette difficulté n’est pas problématique à elle seule, mais la personne avait également des problèmes de santé mentale qui lui causaient énormément d’anxiété et elle semblait n’avoir personne pour l’accompagner dans son processus judiciaire. Étant limitées à la dispense d’information juridique, ma collègue et moi avions trouvé éprouvant de ne pas pouvoir aider cette personne davantage.


AY : Selon toi, qu’est-ce que ton expérience Pro Bono apporte à ta formation en tant que juriste?


Vincent Frenette : Mon expérience Pro Bono m’a amené, je crois, une perspective sur le droit au quotidien que je n’aurais sans doute pas captée en cours. Parler avec des victimes d’abus de procédure ou d’interventions policières abusives, voir les conséquences, mais aussi trouver des moyens d’y répondre, ont été toute une expérience qui m’a sensibilisé au côté humain du droit. Je pense que c’est d’ailleurs crucial d’être constamment conscient des implications que la législation, et de ce que les gens peuvent en faire, a sur chacun·e d’entre nous et sur la société que nous habitons.


Vicky Valiquette : Mon expérience au sein de Pro Bono m’a permis d’acquérir des outils pratiques ainsi que des valeurs qui me serviront tout au long de mes études et de ma carrière. En effet, j'ai développé des stratégies de recherche et de rédaction. De plus, au niveau humain, Pro Bono a éveillé en moi de belles valeurs qui sont importantes dans la formation de juriste. Le désir de donner à ma communauté est devenu une mission si importante pour moi.


Émilie Fay : Pour ma part, mon expérience Pro Bono portait majoritairement sur de la recherche juridique sur différents aspects du droit de l’enfant, donc j’ai assurément pu parfaire mes méthodes de recherche juridique de façon à fournir un travail complet et de qualité, peu importe le délai qui m’était imparti. Considérant qu’une majeure partie du stage du Barreau est consacrée à la recherche, mon expérience représente un immense atout pour mon début de carrière. J’ai également pu en apprendre davantage sur un domaine qui me passionne et dans lequel j’aspire à travailler, soit le droit familial.


AY : Selon toi, quels sont les bénéfices d’une expérience juridique hors de la salle de classe si tôt dans ton parcours en droit?


Vincent Frenette : Je considère que c’est un privilège d’avoir pu interagir avec des avocat·e·s d’expérience et d’avoir exploré le droit sous sa dimension plus pratique dès ma première session. Je pense qu’il m’aurait manqué quelque chose d’humain si je ne m’étais attardé qu’à mes cours d’université ces deux dernières sessions; c’est facile de se perdre dans l’abstrait, du moins dans mon cas, surtout lorsque je lis la doctrine ou le Code civil, mais cette expérience m’a permis de m’ancrer dans quelque chose de vrai. Ce fut aussi une manière de redonner aux gens qui nous permettent de vivre la vie que nous avons.


Paula Maurin : Ce que je tire d’une telle expérience est le privilège de travailler de concert avec un·e avocat·e·s superviseur·e. Ce genre de relation va meubler nos parcours professionnels, alors l’avant-goût que j’ai eu m’a permis d’en apprendre plus sur le type d’encadrement que j’apprécie et que je désire. Un autre bénéfice est la découverte de domaines de droit moins explorés dans la structure de notre programme. D’avoir pu les saisir pour mon apprentissage personnel et les vulgariser au profit de la communauté juridique a été une richesse indéniable et indélébile à mon cheminement.


Sélim Ben Chaabane : Je pense qu’il est important pour tou·te·s les étudiant·e·s d’avoir ce genre d'expériences le plus tôt possible, car elles permettent d’abord de comprendre un peu mieux comment le droit et la justice fonctionnent dans le monde réel, mais aussi de comprendre les problèmes dans la société qui touchent directement les justiciables. Il est difficile de comprendre à quel point l’accès à la justice est problématique pour une grande proportion de la population lorsqu’on se le fait simplement dire dans un cours à l’université.


Béatrice Houle : Mon expérience avec Pro Bono m’a permis, entre autres, de mettre en application la théorie que j’ai vue dans plusieurs cours. J’ai pu approfondir mes connaissances dans certains domaines que je n’avais pas eu l’occasion d’explorer avant cette implication. Par exemple, en tant que bénévole à la clinique d’information juridique du CELO, j’ai eu à rechercher de l’information en droit pénal, en droit de la famille, en droit du logement et bien plus encore.


Émilie Fay : L’expérience Pro Bono permet d’appliquer rapidement les notions apprises lors des cours magistraux dans des dossiers concrets, mais également de constater l’immense différence entre la théorie et la pratique. Que ce soit en travaillant directement avec des usager·ère·s ou en effectuant des travaux de recherche, ça permet d’être confronté à la réalité et de réaliser que l’aspect juridique d’une situation ne représente qu’une seule partie de la problématique vécue par le client. Ça sensibilise donc les étudiants aux aspects plus humains de la pratique, ce qui leur sera très bénéfique tout au long de leur carrière.

NDLR : Les réponses ont été éditées par souci de clarté et concision.