
Plus que tu pédales moins fort, moins que t’avances plus vite
Auteur·e·s
Michael Kowalsky
Publié le :
20 novembre 2025
Ma chronique est toujours liée à la bicyclette. Le Pigeon dissident est destiné aux étudiant.es en droit. Cette fois-ci ne fera pas exception. Je vous propose un sujet qui fait référence à toutes les dimensions du thème proposé, soit « L’ivresse des jours : la saison de la jeunesse, des idéaux et du désenchantement ».
Le vélo est une machine de rapidité qui peut donner naissance à une dépendance à l’adrénaline.


Ivresse: il y a une certaine dose d’adrénaline que procure la vitesse du vélo. Cet effet est enivrant. Certain.es aiment bien fréquenter le gym pour s’entraîner et ressentir un sentiment similaire d’ivresse. Lorsque l’on grimpe la côte (depuis n’importe quelle direction) pour atteindre le sommet sur lequel trône notre chère faculté, on reçoit une dose d’endorphines grâce à la force physique exercée. Notre corps sauvegarde cette énergie potentielle pendant que nous sommes sur le campus pour la transformer en énergie cérébrale. Après nos études, on redescend la montagne et on maximise la sensation du mouvement éphémère en coupant à travers le temps et l’espace. Le vélo est une machine de rapidité qui peut donner naissance à une dépendance à l’adrénaline.
Jeunesse: il existe des biais et des stigmates autour de la bicyclette comme un « jouet de flot ». Certain.es vont infantiliser ceux et celles qui chevauchent une selle. L’âge légal minimum pour détenir un permis de conduire est de seize ans, et plusieurs personnes vont laisser le vélo de côté à cet âge parce qu’elles préfèrent le confort de l’automobile. Dans une course vers la normalité et la médiocrité, les gens pensent, avec une mentalité de troupeau, que l’auto solo est la seule option de déplacement et que les adultes à bicyclette ont un développement arrêté à l’adolescence. Cependant, les adultes à bicyclette sont agiles et ralentissent leur vieillissement en restant actifs. Il y a un certain pouvoir rajeunissant du vélo, qui fait que les cyclistes ont un esprit vif et un cœur jeune. Être un.e vieillard.e à vélo démontre que vous êtes déterminé.e à vous déplacer, peu importe les circonstances, et que votre forme physique vous permet de vous rendre là où vous voulez. Il ne faut surtout pas écouter ce que les gens disent de vous, car le vélo est une merveilleuse invention pour voyager à travers le temps et revivre les jolis jours de jeunesse.
Idéaux: moyen de transport économique, écologique et sportif, la bicyclette rassemble en son monde les écologistes, les athlètes et les économes, avec toutes les valeurs qu’elles et ils portent. La bicyclette est posée au carrefour de multiples axes idéologiques fréquentés par plusieurs. Premièrement, l’aspect écologique du vélo attire les gens qui ne veulent pas polluer la planète. Comparé aux automobiles, le vélo utilise une minuscule fraction de produits pétroliers pour son lubrifiant. Pour les gens qui aiment se maintenir en forme, le vélo offre une combinaison optimale entre le court trajet et l’effort cardiovasculaire, ayant comme objet l’oblitération de la bédaine et l’élongation du souffle sain (pour contrer le souffle court). La bicyclette est adorée par les athlètes et permet d'en devenir un.e. Finalement, la bicyclette n’est pas dispendieuse. Une automobile nécessite de l’essence, des assurances, un permis et des frais divers, tels le stationnement. Le vélo est relativement moins cher. Pour les personnes qui préfèrent sauver leurs sous bruns et qui n’ont pas besoin d’un symbole de statut élevé, le vélo prévaut.
Désenchantement: si vous, cher.ère étudiant.e, avez des aspirations de faire le trajet vers le bureau de votre employeur.euse éventuel.le en roulant sur la petite reine, alors est-ce que vos collègues vont vous prendre au sérieux si vous arrivez à bicyclette? Réponse : vous n'avez guère à vous préoccuper de ce qu’ils ou elles pensent de vous. Si vos collègues ne peuvent pas vous accepter tel que vous êtes, elles et ils ne sont pas dignes de côtoyer un.e jeune juriste audacieux.euse et aventurier.ère. Il est tout à fait envisageable d’habiter sur le Plateau-Mont-Royal et de travailler au centre-ville ou dans le Vieux-Port et de descendre la côte en vélo tout en ne transpirant pas une seule goutte de sueur. Il y a des manières de garder la tenue propre malgré la proximité de la saleté de vélo, comme la graisse, la poussière et la bouette. Vous n’avez pas besoin de vendre votre âme au diable pour avoir un emploi à la fin de vos études. Votre personnalité, si vous êtes cycliste, fait partie de votre panache et vous devriez laisser rayonner votre esprit libre.
Ces idées semblent être divergentes. Cependant, si l’on garde l’idée à l’esprit que « si on ne pédale pas, on n’avance pas », la connexion est réalisée. Je mets de l'avant la manière dont la bicyclette, associée à la jeunesse et à divers idéaux (écologie, saines habitudes de vie, etc.), se confronte parfois au désenchantement des normes sociales pro-automobiles. Devant ce potentiel cul-de-sac, j'encourage les jeunes juristes cyclistes à rester fidèles à eux.elles-mêmes et à se gaver de l'ivresse du vélo.
J’ai contribué à ce cher journal depuis trop longtemps et de façon gênante, en écrivant plus d’une douzaine d’articles au sujet de la bicyclette. Pour conserver un aspect de fraîcheur à mes écrits, il est un défi de chercher et de trouver une pierre non remuée afin de révéler une nouvelle facette. Le voyage est enivrant, la jeunesse s’enfuit dans un nuage de boucane désenchantée vers un sommet où rutile la tour d’ivoire de notre faculté assise sur sa colline cossue.



