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Notre-Dame municipale ‒ un éveil cyclable à la mairie

Auteur·e·s

Thomas Doré

Publié le :

5 novembre 2021

La piste cyclable qui longe Notre-Dame, dans Hochelaga, est un endroit d’une tranquillité relative. Certes, la rue Notre-Dame en tant que telle est l’artère montréalaise la plus proche d’une autoroute qui n’en est pas une, ce qui implique une laideur difficile à égaler et un vacarme perpétuel.

Il m’a semblé évident que les maires de Montréal mériteraient de voir leur nom accolé à une rue au moins un peu significative, d’une importance au moins moyenne; une rue qui, soyons fous, n’est pas un sens unique sur un segment non négligeable de son tracé.

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Toutefois, et il faut bien s’en contenter, il est toujours agréable d’emprunter une piste cyclable véritablement séparée de la route qu’elle longe, qui permet par ailleurs de skipper quelques lumières rouges et de, qui sait, voir le fleuve ou Le Goliath.


La semaine dernière, quand je m’y suis baladé avec mon frérot, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer le nom de ceux en l’honneur de qui un chapelet de toutes petites rues longeant la piste est nommé. Aldis Bernard. John Easton Mills. Fernand Rinfret. Tous écrits au long, prénoms et noms, avec des traits d’union (ici, comprendre que ces messieurs sont tous bien morts et enterrés). Il y en a au moins huit rues comme ça; des rues minuscules à sens unique où il n’y a presque pas de maisons, nommées en l’honneur de personnes que je ne connaissais pas.


Loin d’être calé en histoire, mon ignorance ne me surprend pas trop. Ce qui me chicotait davantage, toutefois, c’est que ces rues sont des rues de Montréal que je ne connaissais pas, dans un quartier que je connais relativement bien. Scandale. Ceux qui me connaissent savent que je suis, et c’est le moins qu’on puisse dire, un enthousiaste de géographie urbaine. Du type à dessiner à un âge précoce des cartes de transport en commun avec des lignes de train, de métro et de tramway non ironiquement. À chacun son truc.


De retour chez moi, donc, une recherche sur Wikipédia s’impose. Qui sont ces messieurs méconnus qui apparemment méritent une place, si peu enviable soit-elle, dans le paysage topographique de Montréal? La réponse a eu de quoi me surprendre encore davantage. Tenez-vous bien : ces messieurs ont tous été maires de Montréal.


Avant que les jeunes démocrates qui me lisent m’humilient sur la place publique parce que, franchement, tout le monde sait que Louis Payette et Charles-Séraphin Rodier ont été maires de Montréal respectivement de 1908 à 1910 et de 1858 à 1862, laissez-moi m’expliquer. Il m’a semblé évident que les maires de Montréal mériteraient de voir leur nom accolé à une rue au moins un peu significative, d’une importance au moins moyenne; une rue qui, soyons fous, n’est pas un sens unique sur un segment non négligeable de son tracé.


Camilien Houde n'est-il pas digne d'un segment de la seule voie qui mène au sommet du Mont-Royal? L’avenue Viger que tout le monde connaît (n’est-ce pas?), ne porte-t-elle pas le nom du premier maire de la ville? Ekers, moins connue, n’est-elle pas une avenue non loin du fameux tripoint CDN-TMR-Outremont?


Je m’explique mal ce qui est passé par la tête du Comité de toponymie de la Ville de Montréal au moment de nommer ces rues minables à côté de Notre-Dame en l’honneur de maires oubliés de la ville, ceux que l’on n’avait manifestement pas déjà honorés ailleurs sur la carte de la Ville.

Cette drôle de découverte a piqué ma curiosité sur le sujet. En cette période d’élections municipales, une deuxième balade s’impose : je m’amuserai cette fois-ci à identifier des enjeux liés à la mairie que cette artère invoque. Or, ouvrir l'œil à la politique municipale, c’est en quelque sorte ouvrir une boîte de Pandore. En quelques kilomètres seulement, on en retrouve plusieurs, et pas que de tristes pancartes électorales (même si, je vous l’accorde, il y en a beaucoup).


D’abord, c’est aux abords de la rue Notre-Dame que s’est déroulé le démantèlement, ordonné par la mairesse Plante, des campements de fortune, d’abord tolérés, où de nombreuses personnes en situation d’itinérance s’étaient installées l’an dernier. C’est également le long de cette rue qu’est censé se construire le REM de l’Est, un projet de transport en commun dont l’est de l’île a grandement besoin, mais dont la formule idéale reste à déterminer.


Plus loin, c’est le projet Ray-Mont Logistiques dans ce qui était jusqu’alors un terrain vague qui est loin de faire l’unanimité. Même la piste cyclable que j’emprunte nous rappelle l’enjeu du vélo à Montréal, qui, nous le savons, est source de grandes frustrations, autant de la part des cyclistes et des automobilistes.


En quelques minutes de promenade, j’ai déjà fait le plein d’observations intéressantes, malgré ma connaissance toute superficielle des rouages de la Ville. Et c’est là le grand paradoxe de la politique municipale : si proche du quotidien, mais si méconnue. Il faut dire que Montréal, avec ses quelque 103 élus, ne rend pas la tâche simple à ses citoyens qui, comme moi, ont parfois de la difficulté à s’y retrouver parmi les nombreux maires et conseillers, de ville ou d’arrondissement.


Nul besoin, donc, de vous faire un exposé exhaustif sur le fonctionnement du conseil municipal ou du comité exécutif de la Ville de Montréal, ou sur les promesses respectives de Plante et de Coderre, favoris à la mairie : il suffit d’attraper le vélo de son choix et de partir en balade dans son quartier pour enfin voir les enjeux qui se cachent à la vue des Montréalais, ceux dont il faudra décider le sort dans l’urne le 7 novembre prochain. Le reste se fera tout seul.