Déjà 4 féminicides en 2026
Ces femmes ne sont pas que des statistiques : elles étaient des personnes, avec des vies, des familles, des proches, et malheureusement, leur mort est le résultat d’un manque sévère de mesures de protection à leur égard.


Le 1er janvier, Tadjan’ah Désir se fait pousser par son ex-conjoint d’un balcon lors d’une violente altercation. Elle décède des blessures que cette chute de trois étages lui a causées.
Le 4 janvier, Mary Tukalak Iqiquq est retrouvée morte par ses enfants, avec des marques témoignant de violentes blessures, alors que son conjoint s’est enlevé la vie. Il a laissé une lettre pour indiquer qu’il en était l’auteur, ce qui n’était pas nécessaire puisque ses comportements violents étaient en réalité déjà connus. Les policier.ères étaient déjà intervenu.es à plusieurs reprises au sein de la résidence. Un membre de la Sûreté du Québec a affirmé que le couple avait un historique de violence conjugale et que le conjoint avait déjà été chargé pour voies de fait.
Le 7 janvier, Susana Cruz est portée disparue et est retrouvée six 6 jours plus tard, décédée, son corps emballé et jeté dans le fleuve Saint-Laurent. Son corps sera identifié plus tard. Son conjoint, accusé de voies de fait avec lésions contre elle avant même que son corps soit retrouvé, est maintenant accusé de son meurtre. Selon ses proches, elle voulait le quitter, mais il ne la laissait pas.
Le 19 janvier, Véronique Champagne est tuée par son mari, alors qu’ils étaient en instance de divorce. Elle est retrouvée avec des marques de couteaux dans un appartement en flammes. Son conjoint avait un dossier de violence conjugale « énorme », selon une proche de la victime, et avait même déjà été arrêté dans le passé pour ces raisons.
Comme l’a dit Mme Ruba Ghazal, « [c]es crimes sont évitables ». Comment peut-on expliquer que ces femmes, qui avaient déjà porté plainte et dont les comportements violents des conjoints étaient connus, aient été aussi négligées par le système ? Pourquoi est-ce que ce sujet est aussi mis de côté, voire minimisé ? Est-ce que la constante hausse de ces crimes banalise ces derniers aux yeux de la population ? Ces femmes ne sont pas que des statistiques : elles étaient des personnes, avec des vies, des familles, des proches, et malheureusement, leur mort est le résultat d’un manque sévère de mesures de protection à leur égard. Il est plus que temps que de sérieux redressements dans la pratique policière et dans notre système de justice aient lieu.
Des solutions ?
Québec solidaire a proposé, le 20 janvier, trois pistes en réponse à ces quatre féminicides.
Rendre obligatoire l’évaluation des récidivistes, pour notamment exiger plus facilement le bracelet anti-rapprochement;
Augmenter les ressources policières spécialisées en violence conjugale;
Adopter une Loi Gabie Renaud
Cette dernière, nommée après une femme tuée par son conjoint multirécidiviste en 2025, est calquée sur la Loi de Clare en Angleterre et en Saskatchewan. Cette mesure permettrait aux femmes, tout comme à leurs proches, d’avoir un accès aux antécédents judiciaires des hommes violents. Adoptée en 2020 en Saskatchewan, elle autorise un service de police à communiquer des renseignements à un partenaire intime, ancien ou actuel, quant au niveau de risque auquel cette personne peut être exposée, dans la mesure où ces informations peuvent l’aider à prendre des décisions éclairées concernant sa sécurité et sa relation. Il est également possible pour un tiers de présenter cette demande au nom de la personne concernée, avec ou sans son consentement. Les policier.ères sont encadré.es par un protocole dans les procédures, une fois qu’il est déterminé qu’une personne court effectivement un risque dans sa relation intime. Le transfert est ensuite possible à un comité d’examen multisectoriel, qui détermine le niveau de risque et les informations confidentielles à divulguer à la personne ayant fait la demande.
Il faudra suivre les développements de ces propositions prochainement, mais ce genre de propositions pourrait être particulièrement pertinent pour protéger les femmes qui fréquentent un partenaire avec un dossier de violence connu du système et contribuer à éviter les féminicides commis par des récidivistes.
La constante hausse de la violence en contexte conjugal
Depuis 2014, le nombre de victimes d’infractions contre la personne en contexte conjugal déclaré par la police est en hausse au Québec, chez les hommes comme chez les femmes. Cela représente, en 2024, 28 560 personnes, dont 21 679 étaient des femmes. Depuis 2005, on parle d’une hausse de 49% chez les femmes et de 139% chez les hommes. Notons que ces statistiques ne comptent pas les personnes qui n’ont pas dénoncé leur situation, et qu'en réalité, le nombre d’infractions est encore plus élevé. Il va sans dire que les victimes de violence conjugale ont peur des répercussions d’une dénonciation, du stigma qui l’entoure, et n’ont pas nécessairement confiance envers le système judiciaire.
La violence entre partenaires intimes est même en hausse à l’échelle canadienne depuis 2014. En 2023, pour 100 000 femmes, 549 étaient victimes de violence entre partenaires intimes. Pour 100 000 hommes, on parle de 155 victimes. Pour 100 000 individus, 354 victimes. D’autre part, il y a eu une augmentation de 14% entre 2020 et 2021 au niveau des victimes de féminicides, le taux le plus haut enregistré depuis 2017. Entre 2011 et 2021, la police a déclaré 1 125 féminicides liés au genre au Canada, dont les deux tiers (66%) étaient causés par des partenaires intimes. Seulement 1% de ceux-ci étaient perpétrés par des inconnu.es.
Le service de ressources SOS violence conjugale constate les effets de cette hausse : les demandes qu’il reçoit ont plus que doublé entre 2016 à 2022. On parle en moyenne de 50 000 demandes en 2021-2022, comparées à 25 000 en 2016. Ces appels proviennent principalement des victimes, mais également de leurs proches, de policier.ères, de médecins, ou des intervenant.es sociaux, qui sont préoccupé.es par une personne en situation de violence conjugale ou encore par ses enfants.
Tout cela témoigne d’une incapacité à contenir et à prévenir cet enjeu, de même que l'inefficacité des mesures actuelles.
Nécessité d’une vigilance collective
Non seulement faut-il que des mesures législatives et politiques soient prises afin de protéger de manière efficace les femmes vulnérables, mais il faut, plus que jamais, veiller les un.es sur les autres.
Je n’ai jamais entendu auparavant autant d’histoires autour de moi de relations contenant des comportements propres à la violence conjugale. Des histoires où un partenaire de couple contrôle les amitiés de l’autre, l’isole de leur entourage, tente de changer le mode de vie de l’autre. Cela peut aussi parfois inclure d’insulter l’autre, de la ou le dénigrer, de lui causer des lésions corporelles, de lui imposer des violences sexuelles, et de créer un environnement de peur tel qu’il semble impossible d’en échapper. J’ai aussi entendu beaucoup de filles banaliser les événements qui leur sont arrivés, comme les anciens partenaires qui ne les laissent pas tranquilles, leur amie qu’elles ne voient plus depuis qu’elle a un chum et qu’il en décide ainsi. Ce n’est jamais banal. Il ne faut pas non plus se comparer au pire et se dire que, finalement, ce que l’on vit n’est pas si grave, que peut-être c’est normal de temps en temps. Alors que la montée du contenu masculiniste et du discours antiféministe affecte et influence la perception de plusieurs, ne nous laissons pas se perdre. Un bon système de soutien fait toute la différence. Surtout, si vous observez une différence de comportement chez quelqu’un que vous aimez, prenez toujours le risque de poser la mauvaise question, plutôt que celui de laisser cette personne souffrir en silence.
Soyez donc prudent.es en cette Saint-Valentin.
Quelques ressources en violence conjugale :
SOS violence conjugale, https://sosviolenceconjugale.ca/fr , 1 800 363-9010
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, https://maisons-femmes.qc.ca/
Ferah, M. (2026, 12 janvier). « Ma fille a été tuée », dit la mère de la victime. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-01-12/mort-d-une-femme-poussee-d-un-balcon/ma-fille-a-ete-tuee-dit-la-mere-de-la-victime.php
La Presse Canadienne. (2026, 5 janvier). La femme poussée d’un balcon à Montréal est décédée. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/actualites/945801/femme-poussee-balcon-montreal-est-decedee?utm_source=recirculation&utm_medium=hyperlien&utm_campaign=corps_texte
Lebel, F. (2026, 7 janvier). Une femme de 54 ans tuée à Puvirnituq, dans le Nord-du-Québec. Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2218722/feminicide-nunavik-nord-puvirnituq
Marin, S. (2026, 8 janvier). Une femme tuée par son conjoint au Nunavik. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/actualites/justice/946509/femme-tuee-conjoint-nunavik
Desmeules, J. (2026, 13 janvier). Un corps retrouvé dans le fleuve Saint-Laurent à Québec. Le Soleil. https://www.lesoleil.com/actualites/justice-et-faits-divers/2026/01/13/un-corps-retrouve-dans-le-fleuve-saint-laurent-a-quebec-GDZPHMEBSFG3BDYGYZ3BUQ7OLE/
Saint-Arnaud, P. (2026, 20 janvier). L’identification formelle de Susana Rocha Cruz mène à une accusation de meurtre. La Presse. https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2026-01-20/feminicide-presume/l-identification-formelle-de-susana-rocha-cruz-mene-a-une-accusation-de-meurtre.php
Mercier, M. (2026, 16 janvier). Disparition de Susana Rocha Cruz : « Elle voulait le quitter, mais il ne voulait pas ». Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2221171/rompre-relation-conjugale-abraham-gonzalez-leon
Robidas, P. (2026, 22 janvier). Meurtre à Rougement : « Je refuse que ma chum devienne une simple statistique ». Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2222002/veronic-champagne-temoignage-amie-secondaire-meurtre
Québec Solidaire. (2026, 20 janvier). Féminicides : Québec solidaire propose 3 mesures pour sauver des vies de femmes. [Communiqué de presse]. https://quebecsolidaire.net/nouvelle/feminicides-quebec-solidaire-propose-3-mesures-pour-sauver-des-vies-de-femmes
Sécurité publique Canada. (2020). Loi de Clare. https://www.securitepublique.gc.ca/cnt/trnsprnc/brfng-mtrls/prlmntry-bndrs/20200625/006/index-fr.aspx
Institut de la Statistique Québec. (Dernière mise à jour en 2026). Violence en contexte conjugal. https://statistique.quebec.ca/vitrine/egalite/dimensions-egalite/violence/violence-contexte-conjugal
Gouvernement du Canada Statistique Canada. (2024). Victimes de violence entre partenaires intimes, affaires déclarées par la police, selon l’année et la province ou le territoire, 2018 à 2023. www150.statcan.gc.ca/n1/daily-quotidien/241024/t002b-fra.htm
Gouvernement du Canada. (Dernière modification en 2025). Violence entre partenaires intimes. https://www.canada.ca/fr/femmes-egalite-genres/violence-fondee-sexe/violence-entre-partenaires-intimes.html#toc3
À propos de SOS. Sos violence conjugale. https://sosviolenceconjugale.ca/fr/a-propos-de-sos
