
Les murs ont des oreilles
Auteur·e·s
Manu Cassivi et Eugénie Godin
Publié le :
12 février 2026
Retour sur la nouvelle politique de notation, un semestre plus tard:
Je ne pense pas qu'il existe un système juste et parfait à la Faculté.


Kamilia Amri, étudiante en première année au baccalauréat:
« J'avais toujours entendu que les gens en droit étaient très individualistes et que la courbe créait une forme de compétition dans les groupes qui accentuait ce trait. N'ayant jamais vécu ce système, mon expérience a été tout le contraire. L'entraide est omniprésente et je sais que je peux toujours compter sur quelqu'un pour de l'aide. Je crois que c'est l'absence de courbe qui a accentué la cohésion entre les étudiants, étant donné que nos notes ne dépendent plus de celles des autres. Je vois ce changement et cette compétition diminuée comme quelque chose de très positif pour la solidarité et la santé mentale de tous. On a aucune hésitation à travailler ensemble pour la
réussite de tous. »
Louis Sauvé, étudiant en deuxième année au baccalauréat:
« Je ne pense pas qu'il existe un système juste et parfait à la Faculté. Bien que les élèves bénéficient de plus de prévisibilité quant aux notes attribuées, une grande disparité entre les différents professeurs et leur manière de noter demeure. Sur une autre note (jeu de mot très intentionnel), je crois que l'abandon de la courbe contribue à un environnement axé sur l'entraide plutôt que sur la compétition malsaine, et qu'il constitue somme toute une amélioration qui répond aux préoccupations étudiantes. »
Jean-Christophe Armstrong, étudiant en première année au baccalauréat:
« Bien que je comprenne que retirer la courbe, en soi, n’a pas d’impact sur la performance des étudiant.e.s, je crois que la communication entre la Faculté et la nouvelle cohorte aurait pu être améliorée. Nous avions tous entendu parler de la fameuse courbe, mais très peu d’information nous a été donnée sur son retrait. Je crois qu’il aurait été pertinent d’acheminer les étudiant.e.s sur les changements que cela pouvait entraîner, notamment sur la correction, les évaluations ou bien les attentes en général.»
Thierry Charlebois, étudiant de troisième année au baccalauréat:
« Ça reste difficile sans courbe, les cours sont difficiles, mais fondamentalement la moyenne des notes ne change pas drastiquement. Ce qui change est du ressort de l’état d’esprit, là les choses pourraient changer. Les nouvelles cohortes qui commencent avec ce système pourront nous le dire. Ce qu’on peut savoir en ce moment est « est ce que les profs ont changé leur méthode d’évaluation tel que convenu? ». Je peux affirmer que dans un cours à la moyenne fameusement basse, la réponse est visiblement non. Mais pour un autre cours, j’ai entendu que le.a professeur.e n’a toujours pas changé ses questions d’examen, ce qui a définitivement avantagé quelques-un.e.s, et iel n’a pas changé sa manière d’évaluer à la hausse… je pense qu’à ce niveau-là, c’est surtout selon la volonté des professeur.e.s à renouveler leur matériel d’évaluation. »
Julian S. Menga, étudiant de troisième année au baccalauréat:
« Malgré la publication des notes, je demeure tout aussi sceptique quant au retrait de la courbe. La moyenne particulièrement basse observée dans l’un de mes cours, et ce malgré la consigne institutionnelle visant une moyenne de 75%, démontre que certaines questions ont dû être rendues non préjudiciables a posteriori. Avec la courbe, l’évaluation reposait sur une logique statistique claire et offrait une prévisibilité appréciable. À l’inverse, la nouvelle méthode apparaît floue et opaque. Les critères permettant de déterminer qu’une question est problématique ne sont pas explicités. À partir de quel seuil intervient-on? S’agit-il uniquement d’une moyenne nettement inférieure? Cette absence de transparence soulève des inquiétudes légitimes quant à l’équité du processus. »
Jonathan Émond, étudiant de troisième année au baccalauréat:
« Je maintiens ma position que je préfère un système d'évaluation non-courbé afin de favoriser le désir de se surpasser plutôt que de surpasser les autres. Cependant, le système a été implanté rapidement et la communication quant à son application a été déficiente. J'aurais aimé voir les modes d'évaluation variés et pondérés différemment, mais rien n'a changé. De plus, l'échelle de notation a été rendue plus sévère que celle utilisée pour les cours non-courbés auparavant. Ainsi, dans la majorité des cours, on pouvait dire que la courbe n'avait pas eu d'impact sur les notes. Dans ces mêmes cours, si l'échelle avait été la même qu'actuellement, on aurait plutôt dit que la courbe a été avantageuse. On se retrouve donc avec un nouveau système qui rend beaucoup de gens tout aussi insatisfaits qu'auparavant. »
Commentaires sur la fermeture du Café Acquis de droit et de la Coop Droit:
Dans les dernières semaines du mois de décembre dernier, la Faculté de droit a vécu une perte incommensurable : celle du café étudiant, le Café Acquis de droit. La fermeture de la Coop Droit au retour de janvier est donc un deuxième deuil rapproché et particulièrement difficile pour les membres de la Faculté à l’horaire chargé. L'équipe du Pigeon Dissident tient donc à officiellement présenter ses sympathies aux étudiant.e.s surcaféïné.e.s en besoin de surligneurs pastels pour le manuel Lluelles/Moore, ainsi qu’aux professeur.e.s qui venaient périodiquement parcourir les titres de la librairie générale afin de dénicher leur nouvelle lecture du moment. Nous émettons également un rest in peace sincère au matcha latte-lait d’avoine avec deux pompes de sirop vanille, le café filtre à 1$, le bagel oignon-câpres-saumon et le grilled-cheese sur pain de ménage. Vous allez nous manquer.
Allan Liao, étudiant de 3e année au baccalauréat:
« Une histoire collective sacrifiée sur l'autel de l'austérité financière. On dira que la Coop et le café n'étaient que des lieux; pourtant, ils étaient aux côtés des étudiant.e.s, discrètement, comme le sol sous nos pieds. On ne remarque leur importance qu'une fois disparu.e.s. Et maintenant on nous demande, par formulaire, comment remplir le trou laissé par le cadavre encore chaud du café. On nous demande même si on souhaite réutiliser le nom « Café Acquis de Droit », oui, parce qu'on peut les recycler, les noms, comme on peut mettre 40 ans d'histoire aux poubelles. Autant maquiller des décombres.
Pour le café, c’était une question de budget et de reconduction de contrat qui n’a pas abouti. L’argent a tué la Coop. Mais il faut justifier que la douleur de la perte n’est pas moins réelle, peu importe si les finances contraignent à l’impensable. Je n’ai vraiment pas le goût pour de la nécromancie financière. »
Étudiant.e anonyme:
« C’est d'une grande tristesse, c'est même tragique. La Coop c'était vraiment une institution, notre institution à nous les étudiant.e.s : la Coop embauchait nos collègues, nous offrait des tarifs préférentiels pour l'accès à des livres très dispendieux. Donc c'est certain que c'est une perte malheureuse, et j'espère vraiment qu'on verra réapparaître rapidement une initiative coopérative. J'espère que nos valeurs nous mèneront à reconduire une initiative coopérative. Mais par ailleurs, il faut quand même avouer qu'il n'y avait plus vraiment de tarifs préférentiels pour les membres de la Coop. Ça pouvait potentiellement laisser présager que ça n'allait pas. Peut-être aurait-il fallu intervenir plus tôt, je ne le sais pas, on ne le sait pas. En fait, on ne sait pas grand-chose de la situation. Mais puisque nous restons dans le néant, la situation ne peut que soulever de sérieux enjeux de saine gestion et administration. Ça me fait peur parce que c'est dommageable à la réputation de mon université, d'autant plus quand ça se passe dans une faculté de droit… Autrement dit, la réputation de cette Faculté va suivre les étudiants durant leur carrière, alors on a tout intérêt à faire la lumière sur cette situation, et à en tirer des apprentissages pour le futur. »
Jean Leclair, professeur titulaire:
« C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai appris la fermeture de la Coop et du Café Acquis de droit. La Coop a ouvert ses portes lors de ma dernière année au baccalauréat. Je l'ai donc fréquentée pendant 40 ans. Je ne suis pas au courant des raisons de cette fermeture, mais je déplore sincèrement la perte du café, un lieu qui, pour les étudiant.e.s, était un lieu d'échange et de fraternité où ils/elles cultivaient les liens qui donnent sa couleur à la faculté. Les étudiants devront maintenant se perdre dans l'anonymat de la cafétéria.
Quant à la fermeture de la Coop, outre l'accès à la littérature juridique que nous perdons, elle vient avec une perte d'emploi pour les employé.e.s de la Coop qui nous ont toujours offert un service de qualité. C'est à elles et eux que je pense ce soir. En fait, à bien y penser, cela vaut également pour les employé.e.s du café. »