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Le secret derrière la fortune olympique : entrevue avec Marjorie Lajoie

Auteur·e·s

Léa Bernier

Publié le :

9 avril 2026

Marjorie Lajoie, olympienne en danse sur glace, nous explique son parcours et nous éclaire sur la bravoure nécessaire pour atteindre le rêve olympique.

[...] L’amour qu’on reçoit des gens n’est pas dépendant de nos résultats

Actualité


Comment évaluerais-tu ta performance aux Jeux de Milano-Cortina?


La danseuse sur glace rapporte que son coéquipier, Zachary Lagha, et elle sont tous deux très satisfaits de leur performance aux Jeux de 2026, s’étant classés au dixième rang dans la catégorie de danse libre. Le duo a performé trois fois sur la glace italienne, la première fois après avoir été informé de sa qualification seulement une heure à l’avance. « Malgré ça, ça a super bien été. Le fait que ça ait été aussi précipité nous a donné de la fierté et nous a aidés à mieux performer », rapporte la danseuse. Toutefois, leurs prestations n’étaient pas exactement comme elle se les imaginait, portée par le sens du perfectionnisme. Elle mentionne d’ailleurs que « ça ne peut jamais être parfait, on peut toujours faire mieux ».


Le courage et le succès


À quel moment de ta carrière as-tu dû faire preuve du plus grand courage?


Il y a de cela trois ans, l’athlète originaire de Boucherville a subi une grave commotion cérébrale, et ce, seulement trois mois avant les championnats du monde. Cette compétition se déroulait à Montréal, une chance unique de performer chez soi lors de la plus grande compétition de l’année. « La plupart ne vivront jamais une telle chance dans leur carrière, un vrai rêve », déclare-t-elle.


Elle ajoute ceci concernant la suspension subite d’entraînement en vue des championnats : « J’ai dû faire preuve de courage et de résilience en respectant mes limites afin d’éviter de gâcher ma carrière en revenant trop vite après ma chute. »


Lajoie partage également les impacts de cet incident sur son coéquipier : « Moi, mon travail, c’était de bien me reposer, et lui, c’était de s’entrainer en malade, pour qu’une fois rétablie, j’aie un partenaire en pleine forme. » Elle souligne donc le courage dont ce dernier a également dû faire preuve, sans compter l’inquiétude qu’il a dû surmonter quant à l’état de santé de sa partenaire.


En bout de ligne, l’athlète annonce que toute cette bravoure les a fortunés : « Au final, ça aura été l’une de nos meilleures compétitions à vie ! »


Comment gères-tu tes émotions et comment trouves-tu le courage de continuer lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous?


« [Après les Jeux de Milano-Cortina], ce qui m’a aidée le plus à continuer et à gérer mes émotions, c’était de réaliser que l’amour qu’on reçoit des gens n’est pas dépendant de nos résultats. Une fois que j’ai compris cela, ça m’a enlevé une grosse pression. Souvent, on veut performer, mais on réalise par après que la pression, c’est de nous, et nous seulement, qu’elle provient », explique-t-elle.


La clé, selon elle, c’est l’équilibre : « Il faut, en tant qu’athlète, éviter de penser que l’on est notre performance. »  Au contraire, l’important, c’est de jongler entre la place fondamentale accordée à son sport et celle accordée à tout le reste. À défaut d’équilibre, il devient très difficile de gérer ses émotions lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous.


Les sacrifices et les défis


En danse sur glace en duo, quel est le plus grand défi au quotidien?


« Le plus grand challenge […], c’est d’être à deux », résume-t-elle.  Elle précise son raisonnement en mentionnant que « d’apprendre à travailler avec les différences de son coéquipier, c’est difficile », et ce, malgré le fait qu’ils patinent ensemble depuis 15 ans.


L’autre grand défi, selon elle, est la gestion des conflits. Bien que la relation entre ces deux danseurs reste strictement professionnelle et amicale, les conflits existent et il faut savoir bien les gérer afin d’éviter une séparation ou une mauvaise ambiance sur la glace.


Lajoie insiste toutefois sur les avantages d’être en duo : « Les échecs, on les vit à deux. Quand tu embarques sur la glace, tu as l’impression que tout le monde te regarde, mais au moins, tu vis cette pression-là à deux. »


Quel est le plus grand sacrifice que tu dois faire pour exercer ton sport?


« Un sacrifice, c’est de ne pas [pouvoir] poursuivre mes études à temps plein à l’université », mentionne la talentueuse danseuse de 25 ans.  Cette dernière explique se sentir en retard d’un point de vue académique.


Elle cherche toutefois à nuancer ses propos : « C’est difficile d’appeler cela un sacrifice, parce qu’au final, ça aura été mon choix. J’adore ce que je fais, ça me permet même de faire le tour du monde en [pratiquant] ma passion. »


Combien de temps de pratique faut-il en moyenne pour réussir une nouvelle manœuvre?


Ce qui peut sembler sans effort à première vue prend en réalité énormément de temps à maîtriser : « Si je prends l’exemple concret des lifts, en perfectionner un nouveau prend des mois. [En effet], il faut commencer hors glace, ensuite s’assurer que les positions sont belles, pour ensuite tester sur la glace, parce que tout est différent sur des lames de patins. »


Concernant les chorégraphies, Lajoie affirme qu’il faut prévoir un minimum de cinq mois pour en monter une nouvelle et pour qu’elle soit « bonne ». Ensuite, la routine continue de s’améliorer jusqu’à la fin de la saison, puisque le duo n’en performe qu’une seule par année. Pour les Jeux de 2026, le duo a décidé de présenter une ancienne chorégraphie datant d’il y a trois ans. « Même si on l’avait déjà apprise, ça nous a [tout de même] pris énormément de temps à repratiquer parce qu’en trois ans, notre corps change et on s’améliore, donc la chorégraphie doit s’adapter à nous », déclare-t-elle.


L’avenir


Quels sont tes prochains objectifs professionnels?


« À long terme, ce serait de trouver le message que, en tant que couple, nous voulons transmettre à notre auditoire. Le patinage artistique, c’est bien plus qu’un sport : c’est un art. À notre niveau, ce qui fera réellement la différence, c’est ce que nous serons capables de faire ressentir aux gens », souligne la patineuse. Elle ajoute ceci : « Quand tu as passé ta vie à faire quelque chose, tu veux au minimum avoir eu la chance d’inspirer quelqu’un dans le processus ».


Par ailleurs, elle annonce poursuivre son objectif olympique : « Dans quatre ans, nous espérons une médaille olympique, et éventuellement même gagner. » Toutefois, il ne s’agit pas de son objectif principal, car, selon elle, « une médaille, c’est une médaille ».


Quel conseil donnerais-tu à un.e jeune athlète qui hésite à poursuivre son rêve olympique?


Son premier conseil serait d’inciter les jeunes athlètes à se questionner sur leurs objectifs personnels : « À quel point, d’un point de vue individuel, veux-tu atteindre ce niveau et pourquoi? Il faut s’assurer que la motivation n’émane pas de facteurs externes comme la pression parentale. C’est une question de passion. Après, ce n’est plus une question de sacrifices, mais plutôt une question de réaliser son plus grand rêve. »


Son second conseil est de comprendre que, pour devenir olympien.ne, le simple talent est insuffisant. Au contraire, elle mentionne que « la qualité essentielle, c’est d’avoir le talent de fournir des efforts ». Les efforts, pour cette dernière, ce n’est pas uniquement le temps consacré aux entraînements, c’est également de savoir prendre soin de son corps et de prendre des pauses

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