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Le Pigeon dissident, dans les règles de l’art

Auteur·e·s

Jérôme Coderre

Publié le :

3 mai 2022

Éditorial de fin d’année

       

          Se dit d'un travail ou d'une action accomplie conformément aux usages, de la meilleure manière possible.


Si la locution « Dans les règles de l’art » ne constitue pas la devise du Pigeon dissident, c’est en quelque sorte de cette manière que chacune des équipes éditoriales du journal entrevoit sa mission, ou devrait l’entrevoir du moins. Cette année n’y a pas fait exception.

Ce que je retiens encore plus toutefois c’est la présence et l’engagement du Pigeon dissident au cœur de la Faculté. Le Pigeon dissident, dans une faculté comme la nôtre, c’est un pôle, une plaque tournante d’idées.

Image: Pigeon Dissident
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L'exécutif 2021-2022

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Image: Pigeon Dissident
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L'exécutif 2021-2022

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Être rédacteur en chef d’un journal étudiant, c’est un peu comme diriger un orchestre sans partition : on se fie beaucoup sur le talent de nos musicien·ne·s, et on tente de faire régner une harmonie en espérant que l’auditoire appréciera.


Cette année au Pigeon fut ponctuée de réussites. Un retour en présentiel remarquable, le retour des éditions papier, une présence accrue sur les réseaux sociaux, de nouvelles collaborations, le club de lecture, la Pige, des événements organisés par Le Pigeon, et j’en passe.


Ce que je retiens encore plus toutefois c’est la présence et l’engagement du Pigeon dissident au cœur de la Faculté. Le Pigeon dissident, dans une faculté comme la nôtre, c’est un pôle, une plaque tournante d’idées.


Le Pigeon 2021-22 s’était donné comme mission d’être les yeux et les oreilles de la vie facultaire : je pense qu’on peut dire mission accomplie. Le Pigeon a retrouvé la place de choix qu’il se doit d’occuper dans notre faculté si vibrante.


En discutant avec certain·e·s enseignant·e·s récemment, sorte de tournée d’adieu sans le savoir, j’ai réalisé à quel point ce journal est lu, et à quel point son influence est grande. C’est le moins qu’on puisse dire avec un lectorat qui se compte par dizaines de milliers annuellement, pour une faculté qui ne compte chaque année qu’environ 1 200 étudiant·e·s.


Évidemment, cette influence vient avec son lot de responsabilités. Le Pigeon, c’est bien plus qu’une école de journalisme, c’est un média. Tout simplement.


Les dernières années, nourries par le populisme à l’échelle mondiale, ont entraîné une remise en question de la place des médias traditionnels dans notre paysage politique. Heureusement, plusieurs sont monté·e·s au front pour défendre ces grandes institutions médiatiques, soucieux·ses de rappeler que ce qui distingue ces médias des autres, c’est le respect de méthodes et d’usages; une démarche journalistique. En bref, le suivi des règles de l’art du journalisme.


Pour être crédible aux yeux de son large auditoire, Le Pigeon doit avoir un contenu vérifié, argumenté et appuyé de faits et de sources. Le Pigeon doit aussi privilégier la clarté des noms à l’obscurité de l’anonymat.


En réfléchissant à ce texte, mon dernier dans ces pages, j’ai repensé aux paroles qu’avait prononcées l’académicien Dany Laferrière à l’occasion des funérailles nationales de Paul-Gérin Lajoie. Je le cite : « Quand vous voulez instruire un peuple, il faut être efficace : il faut avoir une raison pour le faire, des arguments pour le faire, avoir autour de vous une foule de gens prêts à le faire; une mécanique. »


Si Le Pigeon n’a pas la prétention d’instruire son lectorat, la trame narrative de sa mission doit se faire selon la même recette : une raison d’être, des arguments, et des gens passionnés pour porter le projet.


En réalité, ces trois ingrédients constituent probablement l’essentiel de toute réussite, qu’importe le domaine. Une raison, des arguments, des gens. Le Pigeon de cette année doit ses succès à la réunion de ces trois piliers.


Une raison, irriguée par une tradition riche de près de 50 ans de journalisme facultaire. Des arguments, formulés par la volonté d’être pris au sérieux. Et des gens, galvanisés par la volonté de se réinventer, année après année. Pour compléter la citation de Laferrière de manière plus lumineuse : « Tout ce dont vous avez besoin pour continuer à vivre, de cet oxygène de l’esprit, c’est la fantaisie. »


Offrons au Pigeon plus de fantaisie pour lui permettre de voler encore plus haut.


Évidemment, la fonction de journal facultaire vient aussi avec son lot de responsabilités, comme celle de critiquer et d’écorcher à l’occasion. Le Pigeon doit cultiver son sens de la dissidence.


Être un journal dans un microcosme comme celui de la Faculté de droit de l’Université de Montréal constitue nécessairement une tâche complexe. Ça nous force constamment à écrire à propos de nos ami·e·s, collègues, enseignant·e·s, et supérieur·e·s.


Si la tâche est ardue, elle est assurément nécessaire : être dissident c’est souvent aider à collectivement se rapprocher de la vérité. De là toute l’importance d’une mécanique journalistique sans faute; la crédibilité de notre journal en dépend.


En retour, je souhaite au lectorat du Pigeon une acceptation du rôle de ce journal. La critique est parfois difficile à avaler, mais la rancune n’aide en rien à faire avancer les choses. On peut assurément mettre sur le dos de la pandémie notre hypersensibilité collective; je demeure cependant parfaitement convaincu que le débat d’idées doit prévaloir sur l’autocensure au nom de la sensibilité d’autrui.


En bref, ce que je souhaite au Pigeon c’est simplement de poursuivre sa mission. Je cite à ce sujet un ancien de ce journal, Yves Boisvert, maintenant chroniqueur au quotidien La Presse, à propos de son rôle : « Mon rôle est de faire du commentaire sur des événements publics, de raconter le monde, d’en être le témoin, de critiquer ceux qui le gouvernent, mais parfois, c’est simplement de raconter la vie. »


Je ne saurais trouver des mots plus justes pour décrire le rôle que devrait jouer Le Pigeon dissident : un journal solidement ancré au cœur de la vie étudiante, gardien des souvenirs qui se créent chaque jour devant nos yeux, capable de critiquer lorsque nécessaire; et surtout, porte-voix de la vie à la Faculté de droit de l’Université de Montréal.


Chères lectrices, chers lecteurs, j’espère que vous avez apprécié cette année à nos côtés, parce que ce fût pour moi l’une des expériences les plus enrichissantes de ma vie.


Surtout, j’ai eu le bonheur de prendre part à cette aventure aux côtés de 7 personnes exceptionnelles : Abigail, Emma, Hugo, Judith, Sophia, Thomas, Wang-Lyne, du fond du cœur, merci!