top of page
Portrait%20sans%20photo_edited.jpg

Le pigeon chômeur : Demi-tour pour l’oie apprivoisée comme pilote de drogues dures aux détenus

Auteur·e·s

Michael Kowalsky

Publié le :

12 janvier 2023

Certains pigeons sont des héros, mais, récemment, en Colombie-Britannique, un oiseau portant un sac à dos rempli d'amphétamines a été intercepté par des agents correctionnels sur le terrain d’un centre de détention. On soupçonne que l’oiseau était un transporteur clandestin de drogues dures pour le monde interlope.

Certes, à travers les siècles, toutes sortes de bestioles ont été mises à l’emploi des humains en échange d’une petite collation ou d'un biscuit pour toute récompense.

press to zoom

press to zoom

Depuis bien longtemps, des animaux ont été utilisés par l’humanité afin d’aider à accomplir ses travaux. Les ancien·ne·s Égyptien·ne·s ont idolâtré le chat qui chassait les rongeurs des silos afin de sauvegarder les récoltes qui nourrissaient et accroissaient la population. Dans les temps modernes, le chien Mira assiste la personne malvoyante à naviguer dans les carrefours chargés. Dans les zones de conflit, on utilise même le dauphin comme détecteur d'explosifs marins. Certes, à travers les siècles, toutes sortes de bestioles ont été mises à l’emploi des humains en échange d’une petite collation ou d'un biscuit pour toute récompense.


Les oiseaux ne font pas exception. Les pigeons dits « voyageurs » (tout comme celui du pénitencier) possèdent une histoire illustre ponctuée de plein de moments glorieux. Depuis des milliers d’années, des fauconniers apprivoisent ces rapaces afin de livrer de petits parchemins roulés attachés à leur patte. Pline l’Ancien a beaucoup écrit à propos des Romains qui utilisaient des pigeons pour les communiqués de guerre, ou même d'un magistrat qui en a utilisé pour avertir sa maison de son retour du théâtre. Et c’était un pigeon qui a livré les premières nouvelles de la défaite de Napoléon à Waterloo. L’âge d’or de ce métier, selon plusieurs, a eu lieu durant la Première Guerre mondiale, lorsque les pigeons ont aidé les Alliés à communiquer des messages entre eux malgré la position de l'ennemi. Plusieurs ont reçu des médailles pour des actes de valeur et ce sont de véritables héros de guerre.


Mais revenons à nos moutons… euh, notre pigeon. Son occupation au pénitencier induit quelques questionnements par rapport à la cruauté envers les animaux. Est-ce que cet oiseau a été maltraité? Est-il une victime innocente et tout simplement un petit pion du grand échiquier du commerce de contrebande? La cervelle du pigeon n’est peut-être pas assez évoluée pour être en mesure d’évaluer les mœurs du trafic de drogue dure. Sa conscience est probablement plus préoccupée par la consommation de sa prochaine collation qui récompense sa mission que par de telles considérations éthiques.


Le pigeon remplace, dans ce cas bien médiatisé, le drone volant qui est plus fréquemment utilisé afin de livrer des produits de la contrebande aux détenu·e·s. Les services correctionnels se vantent d’avoir dernièrement exécuté un blitz contre l’utilisation des drones servant ces objectifs. Mais si on examine l’empreinte environnementale des drones volants, on voit qu’ils sont une concoction de terres rares et métaux précieux qui sont souvent obtenus par des techniques d’extraction minérale écologiquement dévastatrices dans des zones de conflits. Le drone alerte la suspicion au pénitencier alors que le pigeon voyageur est un visiteur usuel bien camouflé par son plumage duveteux. Il passe inaperçu.


Ce ne sont pas tous les pigeons voyageurs qui livrent de la drogue. De la même manière, les coursier⋅ère⋅s à bicyclette à travers le monde ne s’adonnent pas tous⋅tes à cette activité, mais certain⋅e⋅s s’y livrent. Si vous suivez ma chronique, vous savez que j’ai été messager à vélo à Montréal durant une décennie. Le vélo est un outil de choix pour les vendeur⋅euse⋅s de drogue puisque ce véhicule est plus efficace que l’automobile sur de courts trajets complexes. Après tout, les vendeur⋅euse⋅s de drogue sont des capitalistes et il⋅elle⋅s veulent économiser sur leurs coûts et dépenses pour maximiser leurs profits. Il est manifeste que, dans les grandes villes, le vélo est le meilleur choix pour des économies sur l’essence, le stationnement, les assurances et les pièces dispendieuses d’auto, en plus d'éviter des embouteillages et de rejoindre le plus de client⋅e⋅s possible par jour. C’est dans cette logique que j’offre mon anecdote du mois.


À un moment donné, j’ai fréquenté un immeuble de condominium dans le Mille Carré Doré pour livrer des documents à un professionnel qui exerce sa pratique à domicile. Tous les jours, le concierge à la porte principale me regardait d’un air méfiant. Après un certain moment, je lui ai demandé pourquoi il me traitait comme un inconnu même si j'arrivais quotidiennement à la même heure. Il m'a répondu : « Car les gens à vélo comme toi qui arrivent et qui restent pendant cinq minutes sont tous des vendeurs de drogues ».


Je suis resté calme et poli. Je lui ai expliqué que ce n’était pas du tout le cas. Je savais déjà que plusieurs de mes collègues travaillaient le soir comme des passeurs de drogues afin de bonifier notre salaire de misère. Il avait facilement pu me confondre pour une de ces personnes. Surtout, j’ai été amené à penser que, des fois, la classe sociale de laquelle nous sommes issu⋅e⋅s limite ou accroît nos possibilités professionnelles. Pour quelques-un⋅e⋅s, contrevenir à la loi est la seule option pour gagner un salaire décent. La réalité des communautés marginalisées n’est pas aussi évidente que de vivre dans un quartier cousu et de fréquenter les meilleures écoles.


Sans minimiser le malheur des gens fragilisés économiquement, cette histoire du pigeon est divertissante et drôle. Quelque part, un pigeon a perdu son emploi et est devenu chômeur. Il doit désormais changer son occupation de livreur de contrebande pour quelque chose de plus bienveillant. Peut-être qu'il peut devenir styliste afin d’élaborer les prochaines tendances en termes de sacs à dos ou autre vêtement pour pigeons, tout comme les icônes Jean-Paul Poulletier et Coco Chanel. Pour conclure et surtout sans plaisanter, si jamais vous travaillez véritablement dans le domaine de la livraison, on souhaite sincèrement que vos lumières soient vertes.

bottom of page