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Le nudge épluché

Auteur·e·s

Michael Kowalsky

Publié le :

25 août 2025

Le fruit du péché peut-il faire germer une leçon de sagesse chez les étudiant.es en droit? À la base, il ne faut pas le consommer, et sinon on en subit les conséquences. Mais si le fruit est agité devant notre visage comme une tentation, comment sommes-nous censé.es réagir? J’explore l'appétit qui mène à saisir le fruit du péché dans ce court récit.

Pour celleux qui ne le savent pas, ma chronique se concentre sur les coursier.ères à bicyclette. Les coursier.ères de plateforme comme celleux qui travaillent avec Uber sont réparti.es par un logiciel à partir de leurs téléphones intelligents. Les travailleur.ses livrent à leur propre gré, ils.elles se connectent et se déconnectent de la plateforme à leur convenance, n’importe quand, n’importe où. Mais les compagnies qui possèdent ces plateformes déploient un stratagème pour convaincre les livreur.ses de continuer à travailler même s’ils.elles veulent arrêter et rentrer. Ça s'appelle, dans les mots de Thaler et Sunstein, le nudge, ou le « coup de coude » dans une traduction littérale en français.


Le nudge consiste en une incitation communiquée sous la forme d’un message intempestif (pop-up) personnalisé pour le travailleur l'invitant à se connecter pour le travail ou à ne pas se déconnecter du travail. Il sert à donner à la compagnie une plus grande troupe de travailleurs disponibles pour que la société puisse répondre à une plus grande demande si cela arrive. Le logiciel algorithmique responsable de la répartition et de la gestion de l’équipe calcule la probabilité d’un quart de travail achalandé en se basant sur les prévisions météorologiques, les événements en ville ou d'autres facteurs. Cet algorithme énonce l’achalandage et émet l’appel aux travailleur.ses, mais n’explique guère les motifs de ses décisions.


Le grand penseur hongrois Karl Polanyi a dit « on peut faire plus qu’on peut expliquer ». Ce qu’il voulait dire, c’est que l'éducation ne vient pas seulement dans une salle de classe stérile, mais se fait par la pratique. Par coïncidence, il a utilisé l’exemple de la bicyclette et de la manière d'apprendre à faire du vélo. L’enseignant pourrait bien expliquer avec ses palabres à l’élève comment le faire, mais il aura également besoin de diagrammes et tableaux, de gestes corporels, ou même de tours sur une piste pour bien maîtriser la pratique. Lorsqu’on traduit sa maxime au monde des ordinateurs et des logiciels, comment peut-on s’assurer que l’algorithme peut bien expliquer les décisions qu’il prend?


Le nudge d’Uber peut se produire lors d’une tempête de neige ou lors d’un match de série des Canadiens de Montréal. Le.la livreur.se reçoit un message à l'effet qu’il.elle peut gagner de l’argent à cause d’un tel événement. Cependant, la promesse ne se matérialise pas toujours. Des fois, l’algorithme fait des erreurs dans ses calculs d’achalandage. Dans un monde où le.la travailleur.se est de plus en plus responsable des risques de pertes de profits, ce fardeau reste sur les épaules des livreur.ses. L’employeur.se, ne tenant pas parole, peut être considéré.e comme mensonger.ère, et cela peut engendrer un sentiment de déloyauté dans le rapport employeur.se-salarié.e.


Si le.la travailleur.se est ainsi manipulé.e à travailler plus d’heures que prévu, cela pourrait être dangereux. Il y a des limites au nombre d'heures qu’une personne peut travailler, comme un.e camionneur.se. S’il.elle dépasse ses limites, les conséquences peuvent tourner au vinaigre. La tentation de gagner plus d’argent pousse le.la camionneur.se à couper sur son sommeil et à continuer à conduire son camion jour et nuit malgré sa fatigue. De la même manière, il y a des limites au nombre d’heures d'affilée qu'un livreur à vélo peut être au guidon de son véhicule avant de se reposer.


Les travailleur.ses d’Uber représentent la base solide des ouvrier.ères de notre société. Sans eux.elles, les gens qui n’ont pas le temps ni l’intérêt de cuisinier ne pourraient pas se nourrir, un aspect incontournable de notre quotidien. Ce sont souvent des personnes nouvellement arrivées, sans attache ni connexion locale, ils.elles veulent gagner facilement de l’argent sans prérequis professionnel ou éducationnel. Ils.elles ont envie d’obtenir leur citoyenneté si convoitée. Pour cette raison, ils.elles sont constamment tenté.es de continuer à travailler, même si cela contrevient à leur bien-être. S’ils.elles se font promettre qu’ils.elles gagneront plus d’argent, et que cela s’avère être un mensonge, comment pourront-ils.elles réussir à réaliser le rêve canadien ?


La tentation de l’argent pend au bout du nez du.de la livreur.se telle une carotte devant les naseaux d’un cheval que l’on veut persuader d'avancer. La leçon à tirer serait de résister à la tentation de mordre à l'hameçon. Le piège de l’auditoire du Pigeon serait dans la paume et il provoque des pertes de temps précieux. La tentation de l'étudiant.e en droit, de nos jours, prend la forme de son téléphone intelligent lors d'une session d’étude à la bibliothèque. Résistez à la tentation de regarder les mises à jour, les alertes inutiles, le doom-scrolling, et ainsi de suite. Ces nudges peuvent vous distraire et vous distancier de vos objectifs, car souvent, la promesse de divertissement ne se matérialise pas et se transforme plutôt en déception. Le fruit de cette illusion est bien amer.

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