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Le meilleur et le pire des applications de rencontre

Auteur·e·s

Léa Bernier

Publié le :

12 février 2026

J’ai rencontré mon copain sur Tinder. C’est la meilleure chose qui me soit arrivée, mais ça aurait facilement pu être la pire, et voici pourquoi.

Aujourd’hui, rencontrer son ou sa partenaire en ligne est rarement présenté avec fierté. C’est encore perçu comme un « cheat code », une façon trop facile, donc moins légitime, de trouver l’amour.

Le meilleur : l’obsolescence de Cupidon

Aujourd’hui, rencontrer son ou sa partenaire en ligne est rarement présenté avec fierté. C’est encore perçu comme un « cheat code », une façon trop facile, donc moins légitime, de trouver l’amour. Comme si l’accessibilité en diminuait la valeur. Or, selon Maude Lecompte, sexologue et chargée de cours en sexologie à l’UQAM, « les applications [de rencontre] sont souvent perçues plus négativement qu’elles ne le méritent ». Certes, la rencontre n’est pas exactement tirée des contes de fées, mais il n’en demeure pas moins que plus de la moitié des couples — y compris le mien ! — se rencontrent en ligne. N’est-ce pas suffisant pour valoriser ce mode de rencontre ? D’autant plus que ce dernier répond à un besoin concret : offrir une méthode accessible et réaliste pour rencontrer un.e partenaire.


Leur popularité n’est donc pas un hasard. Elles sont pratiques : un simple swipe depuis le confort de son salon et elles élargissent considérablement le champ d’options, écartant le besoin de se limiter à son cercle social immédiat. L’absence de pression sociale permet aussi de faire des choix plus éclairés : deux personnes qui ne se connaissent pas peuvent maintenir des standards élevés sans se sentir contraintes par un historique commun pour rester ensemble. En plus, les algorithmes permettent de filtrer selon l’âge, les intérêts, la localisation et bien plus encore, ce qui augmente les probabilités de trouver son match parfait. Bref, plus besoin de Cupidon pour trouver sa douce moitié !


Le pire : l’amour aveugle détruit

Certes, vivre une peine d’amour fait mal. Mais lorsqu’elle s’ajoute au fait d’être pris.e au piège, elle devient destructrice. C’est le cas notamment des arnaques amoureuses.


L’escroquerie sentimentale

Michelle*, cherchant l’amour après un récent divorce, a rencontré Jack* sur un site de rencontre populaire. Après plusieurs mois d’échanges à distance, elle a commencé à éprouver des sentiments pour lui, bien qu’ils ne se soient jamais rencontrés en personne. Jack prétendait toujours être indisponible en raison d’un emploi à l’étranger et de ses voyages d’affaires constants. Quelque temps après que ce lien se soit forgé entre eux, il a commencé à demander de l’argent à Michelle : d’abord en prétendant le blocage de son compte bancaire à l’étranger, ce qui l’empêchait de payer ses services Internet, puis ensuite le vol de son portefeuille. Les requêtes se sont ensuite multipliées, jusqu’à ce que Michelle réalise avoir été fraudée de plusieurs milliers de dollars par un faux profil.


Selon les expert.es en cybercriminalité, ce scénario d’arnaque amoureuse est typique : tout débute généralement par une prise de contact inattendue sur un site de rencontre, suivie de l’établissement progressif d’un lien émotionnel et d’un climat de confiance, un processus pouvant s’étendre sur des mois, voire des années. La demande d’argent, présentée comme urgente, ponctuelle et crédible, survient peu après.


« Je ne tomberai jamais dans le panneau », me direz-vous. Et je vous répondrai que vous avez tort. Les recherches d’expert.es démontrent que les escrocs utilisent des techniques de manipulation sophistiquées, adaptées à chaque victime. Par exemple, ils.elles adaptent leur profil selon les intérêts de leur future cible afin de paraître plus crédible à ses yeux. Le niveau d’éducation, le statut social ou l’intelligence ne protègent donc pas contre ce type de fraude. C’était d’ailleurs le cas de Michelle, qui avait tout le profil pour ne PAS tomber dans le panneau.


*Prénoms fictifs pour préserver l’anonymat


S’il c’est si facile d’être piégé.e, comment peut-on prévenir, alors ? Desjardins recommande notamment de… stalker. Oui, oui, vous avez bien lu, et c’est ce que j’ai fait moi-même avant mon first date. Vérifier le profil de la personne sur les réseaux sociaux, analyser le nombre et la provenance des abonnés, effectuer une recherche d’image inversée sur les navigateurs web : tout est permis pour confirmer l’identité de la personne. Il est également essentiel de limiter les informations partagées sur son compte et de ne jamais divulguer de données bancaires ou confidentielles.


La sextorsion

Ce second type d’arnaque amoureuse est une réelle tragédie moderne. Cette fois, Roméo ne met pas fin à ses jours par amour pour Juliette, croyant à tort qu’elle est morte, mais plutôt parce qu’il croyait qu’elle existait. Pour Paul Raffile, expert en cybercriminalité, il s’agit même de « la pire arnaque du monde », puisqu’elle cible des mineur.es à des fins d’exploitation sexuelle et d’intimidation. 


Précisément, le SPVM définit la sextorsion comme une situation où une personne, se faisant passer pour une autre en créant un faux profil sur une application de rencontre ou un réseau social, entame une relation virtuelle avec sa cible. Quelques jours ou semaines plus tard, le temps d’établir un lien de confiance, elle l’incite à lui envoyer des images ou des vidéos à caractère intime. Elle la menace ensuite de diffuser ce contenu si une somme d’argent n’est pas transférée. Pire encore, des recherches récentes démontrent que les victimes sont majoritairement des adolescent.es mineur.es âgé.es de 14 à 17 ans et que, dans 85 % des cas, il s’agit de garçons.


Le cas de William Doiron, 16 ans, en est une illustration bouleversante. Après avoir été incité à envoyer des images intimes à une fille rencontrée en ligne, il a réalisé peu après qu’il avait en réalité été piégé dans une affaire de chantage : des sextorqueur.es ont eu recours à un faux-semblant pour le menacer de diffuser ses photos à son entourage s’il ne leur versait pas 5 000 $. Refusant de céder, les images ont commencé à circuler. Humilié, ne voulant le révéler à sa famille et sans issue, William s’est enlevé la vie trois jours après les premières menaces.


Face à la multiplication de ces drames d’année en année, le ministre fédéral de la Justice, Sean Fraser, a annoncé l’élaboration d’une nouvelle loi criminelle visant notamment le leurre d’enfants, le partage non consensuel d’images intimes et l’extorsion en ligne, ainsi que de nouveaux outils aux forces de l’ordre pour éviter ce crime.


Mais avant d’y avoir recours, comment pouvez-vous prévenir ? Le SPVM recommande de limiter la diffusion d’informations personnelles et d’ajuster les paramètres de confidentialité de votre profil afin d’en restreindre l’accès. Il conseille également de ne jamais envoyer de photos ou de vidéos à caractère sexuel, même si vous croyez entretenir une relation intime avec quelqu’un, afin d’éviter toute perte de contrôle. Une insistance excessive, une sexualisation rapide des échanges ou une demande de contact constant constituent tous des signaux d’alarme à surveiller.


Conclusion : Faites comme moi !

L’idée, ce n’est pas d’avoir honte ou même peur de rencontrer son ou sa valentin.e en ligne. C’est plutôt d’user des applications avec prudence et finesse. Il faut aussi comprendre que bien que les arnaques amoureuses soient en hausse, elles ne représentent pas la norme. Comme le rappelle La Presse, la grande majorité des profils appartiennent à de vraies personnes, animées de véritables intentions. Ainsi, en ce mois de l’amour, ouvrez grand votre cœur… ainsi que vos yeux !

McAfee, « Saint-Valentin de charlatan:Les escroqueries de rencontres en ligne et comment les repérer », McAfee, 13 février 2022, en ligne <https://www.mcafee.com/blogs/fr-ca/privacy-identity-protection/saint-valentin-de-charlatanles-escroqueries-de-rencontres-en-ligne-et-comment-les-reperer>.


Desjardins, «L'arnaque amoureuse : quand l'amour a un prix », Desjardins, 6 février 2025, en ligne <https://www.desjardins.com/qc/fr/conseils/arnaque-amoureuse.html>.


Amanda LEE, «L’amour à l’ère numérique : rester en sécurité lors de rencontres en ligne », Telus Averti, 10 février 2025, en ligne <https://www.telus.com/fr/wise/resources/content/article/love-in-the-digital-age-staying-safe-while-dating-online>.


Silvia GALIPEAU, «Les applications de rencontre ne sont pas aussi subversives que vous le croyez», La Presse, 30 janvier 2025, en ligne <https://www.lapresse.ca/societe/2025-01-30/les-applications-de-rencontre-ne-sont-pas-aussi-subversives-que-vous-le-croyez.php>.


Annie Labrecque, «Les applications de rencontre influencent-elles nos relations amoureuses?», Québec Science, 7 février 2025, en ligne <https://www.quebecscience.qc.ca/societe/applications-rencontre-influencent-relations-amoureuses/>.


The Economic Times, «Les applications de rencontre influencent-elles nos relations amoureuses?», The Economic Times, 15 mai 2024, en ligne <https://economictimes.indiatimes.com/news/international/us/dating-misconceptions-tinders-survey-findings-are-out-here-are-the-key-details/articleshow/110157455.cms?from=mdr>.


Gary W. LEWANDOWSKI, «The Psychological Science Behind Online Dating», Psychology Today, 15 mai 2024, en ligne <https://www.psychologytoday.com/ca/blog/the-psychology-of-relationships/202405/the-science-of-online-dating>.


Kayla CRANE, «How Couples Meet: Where Most Couples Find Love in 2026», South Denver Therapy, 13 janvier 2026, en ligne <https://www.southdenvertherapy.com/blog/how-couples-meet-where-most-couples-find-love-2025#:~:text=Online%20Dating%3A%20The%20Most%20Common,ever%20to%20find%20potential%20partners>.


François SANCHE, «Les conséquences parfois tragiques de la sextorsion», Radio-Canada, 7 octobre 2025, en ligne <https://ici.radio-canada.ca/info/long-format/2197432/sextorsion-consequences-tragiques-suicide>.

Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), «Sextorsion», en ligne < https://spvm.qc.ca/fr/Fiches/Details/Sextorsion>.

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