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Le chat

Auteur·e·s

Adam Wrzesien

Publié le :

C’est officiel : nous avons maintenant passé plus d’un an de pandémie, dans l’anomalie, dans l’incertitude, et dans un confinement de sévérité variable. De la première « pause de deux semaines » au couvre-feu, en passant par un été où leur principal souci était la limite de dix personnes par table à la Maisonnée, les étudiants en droit ont fait leur bout de chemin à travers la tempête. Tempête qui continue, mais qui va s’arrêter avant la Fête nationale, mais qui va aussi s’aggraver à cause des variants, mais soyez prêts au présentiel en septembre, mais ça va être bimodal. Ç’tu clair ?


Non, c’est loin d’être clair. En fait, c’est ce qui est extrêmement intéressant à propos de l’endroit où on se retrouve, au début d’avril : on ne sait pas si ça va bien ou si ça va mal. Sûrement les deux, me direz-vous.


Parce qu’auparavant, c’était toujours assez clair.

Tout est à ce point ambigu, ces derniers temps, qu’on peut même en dire autant du climat.

En avril passé, ça allait mal, avec la nouvelle solitude, les examens finaux et le fait qu’on avait fini Tiger King. En août, ça allait bien, il faisait beau, les gens se rencontraient dans les parcs et on initiait autant que possible ceux qui auront bientôt vécu l’entièreté de leur première année en confinement. En octobre, retour du malheur, cas en hausse, deuxième vague, Défi 28 jours. Mince espoir en fin décembre, les vaccins, déception en janvier, le couvre-feu. Tout est aisément associable : tel mois, positif, tel autre, négatif. Or, le mois que nous venons de vivre et qui nous catapulte dans le prochain ne répond aucunement à ces critères. Et comprenez-moi bien : je ne parle pas uniquement de la pandémie.


Dans les affaires publiques en général, que de signaux ambivalents. On ne peut s’empêcher de penser au congrès conservateur, où plusieurs croyaient que tous ceux souhaitant renverser le fils de l’autre allaient voir se dessiner les contours d’une alternative pragmatique et modérée ; et où, finalement, la droite religieuse et climatosceptique de l’Ouest a réaffirmé sa dominance au sein du parti. Pourtant, vous remarquerez que le chef conservateur ne semble pas trop en prendre acte. À ce jour, on ne sait pas vraiment si le Parti conservateur du Canada reconnaît les changements climatiques ou s’il les considère comme un mensonge, probablement chinois. Pire : il fait les deux à la fois. Le chat de Schrödinger fait dire miaou.


D’ailleurs, ce félin — à la fois mort et vivant, en raison d’une incertitude — n’est pas sans rappeler l’anti-vigueur de la réponse du recteur Frémont, à Ottawa, aux diffamations d’Amir Attaran. Des plumes plus habiles ont déjà traité de la mollesse honteuse de cet homme pourtant brillant face à des inanités qui font ombrage à l’institution qu’il défend. Inanités qui s’éloignent toujours un peu plus du domaine du Code civil pour se rapprocher de celui du Code criminel. « La liberté d’expression n’est pas un buffet », mais on laisse le prof québécophobe se servir une assiette pour la 20e fois. Comme on disait au prof de Biens après une heure sur les servitudes : oui, oui, on comprend. Et l’histoire n’a pas manqué de produire un autre parti de Schrödinger sur la scène fédérale : au NPD, un député qui se prononce sans ambages pour le Québec-bashing est à la fois encouragé à exprimer son ressenti et invité pour une « discussion privée » avec Jagmeet Singh, qui est donc ben pas d’accord. Ça a quasiment l’air tentant…


Tout est à ce point ambigu, ces derniers temps, qu’on peut même en dire autant du climat, météorologique cette fois — faut le faire! Les dernières semaines ont vu la quasi-totalité de la couverture blanche qui recouvrait le Grand Montréal fondre à une vitesse plus que bienvenue — mis à part pour les amateurs de sports d’hiver, qui ont à peu près vu la neige fondre sous leurs skis. Du soleil, et parfois même des températures de terrasse : j’avouerai même avoir installé, pour quelques jours, mon bureau de télétravailleur sur le balcon et avoir attrapé un sale coup de soleil. Puis, dans la semaine où j’écris ces lignes, on retombe même sous zéro pour quelques jours. L’hiver se termine à la fois hâtivement et lentement.


C’est comme tout le reste que notre chère pandémie se comporte, au fond, ces temps-ci. Nous regardons avec fébrilité la progression de la campagne de vaccination, annonciatrice d’un retour à la vie normale, qui va toujours en s’accélérant malgré certains contretemps. Ottawa veut vacciner tout le monde avant le 1er juillet, Québec avant le 24 juin — cette rivalité est décidément ce qui se passe de plus normal en ce moment. Il est aisé de concevoir la ligne d’arrivée. Certains assouplissements ont lieu. Au même moment, on entre dans une troisième vague soutenue par des variants plus contagieux et plus meurtriers, qui ont le potentiel de causer encore plus de dommages, à en croire l’expérience européenne. Si le chat est à la fois vivant et mort, nous, on est à la fois sur le point de gagner contre le virus et sur le point… de se faire ramasser.


On se lance donc dans le mois d’avril avec pour seule certitude, l’incertitude. Beaucoup de dossiers restent à régler : certains touchent le monde entier, d’autres risquent de donner le ton des prochaines années à l’échelle nationale — ça, et nos examens finaux. C’est avec tout cela en tête que je vous souhaite à tous une excellente fin de session, la fin de cette année d’études en situation pandémique. Et malgré toute l’incertitude et l’incohérence ambiante, une constante demeure : maintenant, comme tous les mois passés, mes chers collègues, nous n’avons d’autre choix que de garder le cap. De faire, sur tous les fronts où nous donnons du nôtre, de notre mieux.


Mais aussi, et peut-être surtout, de garder l’œil ouvert : car avril promet déjà d’être un mois fort intéressant.

NDLR : Cet·te auteur·trice a choisi d'utiliser son droit de retrait quand à l'application de la politique de rédaction inclusive du journal Le Pigeon Dissident prévue au Chapitre VIII.1 de ses Règlements généraux.


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