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La route vers l’inconnu pour les joueur·euse·s de soccer professionnel·le·s québécois·e·s

Auteur·e·s

Sophie Pellerin

Publié le :

24 août 2026

La Coupe du Monde de soccer 2026 de la FIFA s’est déroulée au Canada, aux États-Unis et au Mexique, du 11 juin au 19 juillet dernier. Sur cette prestigieuse scène internationale, plusieurs talents québécois figuraient, dont Moïse Bombito, Ismaël Koné, Maxime Crépeau et Nathan Saliba. La route vers la carrière de joueur·euse de soccer professionnel·le est parsemée d’embûches importantes. Les athlètes ont non seulement besoin d’être talentueux·euse·s, mais il leur faut également beaucoup de ressources qui ne sont pas nécessairement accessibles. En outre, sur leur chemin vers la carrière professionnelle, plusieurs vivent des situations d’exploitation et de précarité.

Le soccer au Québec est sous-financé. Les athlètes doivent impérativement quitter le Québec afin d’avoir de réelles opportunités de carrière. Avec un meilleur financement, moins de situations d’exploitation auraient lieu et, surtout, on serait en mesure de conserver notre talent au Québec.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec des athlètes québécois qui poursuivent présentement leur rêve de jouer au soccer professionnel sur la scène internationale. Ces athlètes évoluent présentement dans des universités américaines au sein de la NCAA, soit la National Collegiate Athletic Association, en division 1.


Un des athlètes rencontrés a débuté le soccer vers l’âge de quatre ans. Il évoluait au sein de son club de soccer de quartier. À l’âge de 14 ans, il a quitté ce club afin d’en rejoindre un autre plus éloigné, ayant un niveau plus élevé. Après avoir complété son secondaire, il a saisi, à 18 ans, une opportunité au Portugal. Il part un an au Portugal, mais le club ne donne pas suite à son contrat. Il rentre ensuite à Montréal et se blesse. Il ne peut alors jouer pendant deux ans. Une école de division 1 aux États-Unis le recrute néanmoins. Étant enfin guéri de ses blessures, il pourra compétitionner cette année.


Un autre athlète rencontré a commencé à jouer au soccer à cinq ans avec son frère dans le stationnement de son complexe d’appartements sur Côte-des-Neiges. Rapidement, on l’a inscrit au soccer récréatif et ensuite au compétitif. Les années ont passé, il a fait l’équipe Québec et a eu l’opportunité d’être recruté par le Club de Foot de Montréal (CF Montréal). Son frère y jouait déjà.


Il a ensuite reçu une opportunité de jouer pour un collège aux États-Unis. Malheureusement, il subit des abus par un entraîneur pendant plusieurs mois. En effet, cet entraîneur abusait de son pouvoir envers ses joueurs, les faisait vivre dans des logements petits et insalubres, et leur imposait des sanctions quotidiennes injustifiées telles que les forcer à rouler sur eux-mêmes dans le gazon pendant plusieurs heures.


Cet athlète a quitté son collège pour les vacances de Noël et a eu la chance de participer à un showcase organisé par son agent. Il a ensuite suscité l’intérêt de plusieurs universités américaines. Il a maintenant signé un contrat avec une d’entre elles et s’apprête à débuter la pré-saison.


Son frère est devenu joueur de soccer professionnel aux États-Unis. Pour y parvenir, il a dû abandonner l’école après le secondaire.


À quoi sert un·e agent·e sportif·ve pour ces jeunes québécois·e·s ?

Un·e agent·e gère les contrats et les relations d’un·e athlète. Il·elle joue souvent le rôle de conseiller·ère.


La majorité des athlètes rencontrés ont signé avec une agence dès l’âge de 15 ans. Pour signer avec une agence, il faut savoir faire ses preuves. Ainsi, il est pratique courante d’envoyer les jeunes en essai dans des clubs de soccer professionnels afin de s’assurer qu’ils·elles ont le niveau pour avoir un·e agent·e. Dès que le·la jeune fait ses preuves, l’agent·e lui permet d’intégrer l’agence.


La réalité d’un tel contrat est plus complexe : le·la joueur·euse comprend rarement ce à quoi il·elle s’engage, et le contrat tend à lui être désavantageux. Dans le cas d’un des athlètes, il a signé un contrat à l’âge de 16 ans qui l’engageait pour une durée de 2 ans et qu’il ne pouvait résilier. Son agent pouvait néanmoins le faire. Les athlètes n’ont généralement pas à payer ces agent·e·s. En revanche, les agent·e·s font un investissement et, dès que l’athlète reçoit un salaire, ils·elles prennent une portion de 5 à 25 % de son revenu.


D’ailleurs, un des athlètes rencontrés a perdu la majorité de ses opportunités avec des clubs professionnels en raison d’un mauvais conseil reçu par un agent.


Pourquoi est-ce avantageux pour ces athlètes de quitter le Québec ?

Pour eux·elles, jouer dans la NCAA est une opportunité d’étudier gratuitement et d’atteindre leur rêve de jouer au soccer professionnel. Au Québec, le manque flagrant d’investissement et d’infrastructures limite les opportunités pour les Québécois·e·s.


Seulement dix académies de développement existent au Canada, et la formation dans ces académies peut parfois s’avérer douteuse. En outre, environ 50 universités canadiennes offrent des programmes de soccer. Ces programmes de soccer s’avèrent insuffisants en termes d’infrastructures.


Aux États-Unis, c’est environ 200 universités de division 1 qui offrent des programmes de soccer, et il y a plus d’une centaine d’académies de développement.

Parfois, il y a des opportunités en Europe, mais le chemin le plus opportun pour l’instant demeure la NCAA en division 1 aux États-Unis, où les joueur·euse·s les plus performant·e·s ont des opportunités de se faire repêcher par des équipes de la Major League Soccer (MLS).


D’autres enjeux limitent les opportunités pour les joueur·euse·s au Québec. Par exemple, c’est seulement cette année, soit en 2026, que la Première ligue canadienne (PLC) a inauguré son équipe au Québec. Les carrières au Québec sont donc limitées au CF Montréal et à la FC Supra du Québec (aussi appelée « la Supra »). En outre, les salaires en PLC sont souvent faibles.


Par ailleurs, en choisissant un parcours universitaire au Canada, les athlètes sont grandement désavantagé·e·s. Par exemple, un·e joueur·euse de soccer des Carabins n’aura pas les mêmes opportunités qu’un·e joueur·euse dans une équipe de division 1 aux États-Unis, telles que le repêchage de la MLS, le plan de nutrition, les infrastructures, l’investissement sur les joueur·euse·s, l’équipement offert par l’école et le niveau de compétition.


Au-delà de ces enjeux d’infrastructures, un enjeu économique et systématique beaucoup plus important se démarque : plusieurs jeunes de bon niveau quittent malheureusement le soccer à un jeune âge en raison des coûts élevés. Un·e athlète de 15 ans peut avoir à payer jusqu’à 1800 $ CA pour jouer une seule saison d’été. La saison d’hiver étant également payante, les joueur·euse·s talentueux·euse·s n’ayant pas les moyens doivent abandonner le soccer au niveau compétitif.


Derrière ces échanges, un constat s’est imposé. Le soccer au Québec est sous-financé. Les athlètes doivent impérativement quitter le Québec afin d’avoir de réelles opportunités de carrière. Avec un meilleur financement, moins de situations d’exploitation auraient lieu et, surtout, on serait en mesure de conserver notre talent au Québec.


Récemment, des efforts ont été faits pour populariser le soccer, notamment l’inauguration d’équipes professionnelles telles que les Roses de Montréal et la Supra ainsi que des campagnes d’investissement gouvernementales pour favoriser le soccer. Avec cette effervescence, interrogeons-nous sur les changements qui doivent être faits afin de favoriser le talent québécois et d’éviter des situations de précarité et d’exploitation des jeunes athlètes québécois·e·s !

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