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La Justice à deux roues : la précarité et la sécurité des coursiers à bicyclette

Auteur·e·s

Michael Kowalsky

Publié le :

26 janvier 2022

Long est le chemin vers la justice. Pour les coursierᐧeᐧs à bicyclette, ce chemin est parsemé d’obstacles. Tout comme Mercure, dieu des voyages, du commerce et messager divin, avec des ailes attachées à leurs chevilles, ils sont capables malgré tout de surmonter n'importe quel défi sur leur parcours. La menace aux droits que représente l’ubérisation du marché de travail, un phénomène plutôt récent, est la prochaine étape à franchir. La feuille de route dévoile toute une aventure.

Les coursierᐧeᐧs à bicyclette n’ont aucun avantage social lié à leur travail. Il n’existe aucun salaire minimum, ni fonds de retraite, ni congé payé, ni assurance maladie.

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Long est le chemin vers la justice. Pour les coursierᐧeᐧs à bicyclette, ce chemin est parsemé d’obstacles. Tout comme Mercure, dieu des voyages, du commerce et messager divin, avec des ailes attachées à leurs chevilles, ils sont capables malgré tout de surmonter n'importe quel défi sur leur parcours. La menace aux droits que représente l’ubérisation du marché de travail, un phénomène plutôt récent, est la prochaine étape à franchir. La feuille de route dévoile toute une aventure.


Les coursiers à bicyclette n’ont aucun avantage social lié à leur travail. Il n’existe aucun salaire minimum, ni fonds de retraite, ni congé payé, ni assurance maladie. Ils sont considérés comme des travailleurᐧeᐧs autonomes qui doivent s’occuper de leur propre bien-être en cas d’imprévu. Leurs revenus sont imprévisibles et les laissent dans une situation de précarité financière. Ils sont dépendantᐧeᐧs de la société qui leur fournit la charge. C’est une réalité redoutablement pénible pour ces maillons indispensables des chaînes logistiques qui font rouler l’économie. Le travail doit rouler, tant par canicule que par verglas. Hélas, je vous siffle cette mélodie du malheur tel l’oiseau au fond de notre mine souterraine, invisible au grand public.


L’oiseau notoire qui est représenté sur le logo (adopté en 2017) par l’Association des Messagers à Bicyclette de Montréal représente Stumpy, le pigeon à une seule patte. Stumpy était un habitué de Place Ville-Marie, centre névralgique du quartier des affaires de Montréal où se regroupent les coursiers en attendant leur prochaine livraison. Le mythe entourant Stumpy raconte qu’il a perdu sa patte sur un fil électrique à haute tension, ou bien qu’il a transporté un message comme pigeon voyageur et dont le destinataire n’a pas aimé le contenu. Peu importe, la trame de l’histoire de Stumpy véhicule un avertissement quant aux périls incontournables qui nous attendent dans la jungle urbaine.


Cette même jungle m’a livré un message d’épiphanie il y a quelques années. J’ai ramassé une enveloppe d’une boutique de communications sur le Plateau destinée à l’hôtel de ville de Montréal au nom d’une certaine conseillère municipale et cheffe de l’opposition, Valérie Plante. Connaissant le nom de la destinatrice, je me suis dépêché comme un éclair. Arrivé à une intersection achalandée, j’ai glissé sur de la gravelle laissée par un chantier de construction non loin. Je suis tombé au sol, effrayant quelques pigeons au passage, et mes mains ont été lacérées par le gravier. En rattachant la bretelle de ma bandoulière, j’ai touché l’enveloppe qui y était attachée. Elle a été ainsi tachée de mon sang.


Arrivé à l’hôtel de ville, j’ai présenté l’enveloppe ainsi que mes excuses pour le sang qui la colorait. La réceptionniste a été diplomate et professionnelle. Cependant, lorsque j’ai demandé s’ils avaient une trousse de premiers soins, elle a répondu dédaigneusement : « Oui, mais pas pour toi. »  Blessé moralement et physiquement, j’ai heureusement trouvé des pansements dans le cabinet de mon ancien maître de stage alors que j'étais aux études en techniques juridiques. J’ai découvert une chose importante; le travail est ultra dangereux et leᐧla messagerᐧe est seulᐧe en ville à s’occuper de soi. Par chance, je n’étais pas obligé de mettre un pansement par-dessus les taches sur l’enveloppe.


Après une décennie sur la route comme messager, j’imagine que la plume avec laquelle je vous écris est imprégnée de l'esprit de Stumpy à Place Ville-Marie. Une plume trempée à l’encre qui me rappelle que mon parcours à pédales est ponctué par des pentes et des pigeons. Les coursierᐧeᐧs ont un long chemin devant euxᐧelles, mais avec l’aide d’alliéᐧeᐧs bien positionnéᐧeᐧs, ils pourront surmonter le défi de la précarité et de la sécurité au travail.