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La COVID ne prend pas de vacances

Auteur·e·s

Sophia G. Toutant

Publié le :

6 janvier 2021

En l’honneur de la fête des Rois, j’accapare quelques minutes de votre temps pour vous parler, oui une autre fois, des fameux.euses vacancier.ère.s. québécoi.e.s ayant pris la poudre d’escampette pour le Sud durant les fêtes. Richard Martineau les a surnommés les « idiots » (1), Denise Bombardier, les « chouchous de Trudeau » (2), et Murphy Cooper, « les tricheurs » (3). Moi, je les surnomme, les « rois et les reines », s’estimant au-dessus du commun des mortels, n’en faisant qu’à leur tête, et influençant arbitrairement la vie de tout le peuple par leurs décisions, pour leur propre bénéfice personnel, au détriment de celui de la population.


Nous avons tous été sidéré.e.s quand le Journal de Montréal a publié l’histoire de ces rois et reines. Des Québécois.es. parti.es dans le Sud durant les vacances de Noël, filmé.es et pris.es en flagrant délit en train d’ignorer les normes sanitaires que l’on a, pour la majorité, intégrées à notre style de vie. La distanciation sociale, le port du masque, et le souvenir même de l’existence du virus, tous effacés et relayés par des accolades, des échanges de verres de sangria et par divers rapprochements sociaux.

Parmi ces politicien.nes qui nous rappellent quotidiennement notre devoir de citoyen, plus d’une dizaine d’entre eux et elles, autant au niveau fédéral que provincial, partirent aux quatre coins du globe durant les fêtes.

Party Pandémie
Party Pandémie

Illustration par Janie Renaud.

press to zoom
Party Pandémie
Party Pandémie

Illustration par Janie Renaud.

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Ce mépris profond des recommandations du ministre de la Santé, est-ce vraiment nécessaire de le préciser, mises en place pour sauver des vies, me rappelle une caricature avec laquelle vous êtes sûrement familier.ère. Vous savez, celle du vieil homme, représentant le tiers-État, devant tenir sur son dos, de peine et de misère, des personnages représentant la noblesse et l’aristocratie, souriants et bien heureux. C’est un peu comme cela que je m’imagine ces plaisancier.ères, ayant décidé de traverser les frontières, « parce que ce n’était pas interdit », « parce qu’ils le méritaient » et « parce qu’ils étaient tannés de la pandémie ». Une minorité d’individus qui privilégient leurs intérêts individuels au détriment du bien-être collectif et de la grande majorité ; de ces gens restés confinés à la maison à ces personnes qui tomberont malades dans les prochains jours. Sans oublier ceux et celles qui pâtiront le plus de ces actions, tout le personnel de la santé, déjà à bout de souffle et n’ayant pas eu le loisir, lui, de s’accorder un moment de répit. Cette majorité, c’est celle qui doit porter sur son dos, depuis le tout début de la pandémie, les rois et les reines, à savoir les vacancier.ères et les fêtard.e.s, de véritables récalcitrants sabotant les efforts collectifs de ceux qui se conforment aux directives.


Legault nous martèle depuis mars, depuis le 13 mars plus particulièrement, comment pourrait-on oublier, que ça va bien aller. Dubé nous répète sans cesse depuis la seconde vague d’être encore un peu solidaire, que nous devons penser aux autres et que nous nous devons de rester encore vaillant.es, pour un autre petit bout. Mais surtout, que nous y arriverons ensemble, et seulement si nous le faisons tous ensemble. Et nous le faisons, nous obéissons. Nous avons mis le Québec sur pause, et présentement, la qualité de notre éducation, nos projets et nos rêves sur pause. Parce que nous pensons aux autres, nous pensons à nos grands-parents ou à nos proches à la santé précaire, que nous ne voulons pas voir tomber malades. Et, comme nous l’assènent nos politicien.nes, nous le faisons pour ne pas engorger le système de santé, par respect pour les travailleur.euses de la santé et pour ne pas devoir en venir à une médecine de guerre. Mais surtout, nous le faisons parce que notre devoir moral nous l’indique, parce que, peut-être lié.es par un contrat social quelconque, nous nous répétons que tout le monde le fait. Si je passe le temps des fêtes confiné.e, si je n’ai pas la chance de voyager, au moins nous sommes tous et toutes dans le même bateau, puisque nous sommes tous solidaires et empli.es d’empathie, n’est-ce pas ? Je ne suis pas la seule à sacrifier une partie de ma liberté, n’est-ce pas ?


Mais si au début de la pandémie, de beaux moments de solidarité et des images touchantes d’entraide nous sont parvenus, il semble bien que pour cette seconde vague, c’est du chacun.e pour soi, un beau free for all. Oui, on réussira à endiguer un virus, à condition bien-sûr que chacun.e fasse sa part et qu’on soit tous uni.es dans cette lutte commune. L’adhésion et le respect du contrat social sont exercés par l’accord commun, ou par le sous-entendu que tous et toutes suivent ses règles. Mais qu’arrive-t-il si un.e par un.e, une poignée d’individus commence à ne pas se sentir concernée par ce contrat social, et arrête de s’y conformer ? Qu’arrive-t-il lorsque les contraventions, l’ordre public et les règles de l’État de droit ne sont pas suffisants pour faire respecter ce pacte ? Peu à peu, le contrat social s’effondre et les efforts pour tenter de le remettre en place sont vains.


Dans un État de droit, tout est permis, sauf si on l’interdit. On n’a pas interdit de voyager, mais plutôt très, très fortement recommandé de ne pas le faire. Ah, donc j’ai le droit de voyager. Oui, mais je te recommande fortement de ne pas le faire, de ne pas t’envoler pour Punta Cana au risque de contaminer la population locale et la population québécoise. Mais, ce n’est pas interdit, n’est-ce pas ? Non, mais c’est une mauvaise idée. Mais j’ai le droit. *Soupirs*. Oui tu en as le droit, mais je te demande d’user de ton jugement, ce même esprit critique qu’on apprend sur les bancs d’école.


Mais légal et moral, bien que ce soient de jolies rimes, ne sont guère des synonymes. Certain.es de ces récalcitrant.es en auront même écopé plus cher que d’autres. Parmi ces politicien.nes qui nous rappellent quotidiennement notre devoir de citoyen, plus d’une dizaine d’entre eux et elles, autant au niveau fédéral que provincial, partirent aux quatre coins du globe durant les fêtes. Oui, cela n’était pas formellement interdit, mais cela aura coûté la perte des fonctions d’un nombre important de ces politicien.nes. Comme on dit en droit constitutionnel, « la sanction n’est pas de nature juridique, mais bien de nature politique ». Pensons à cet autre membre de notre Fédération, l’Alberta, dont le premier ministre, Jason Kenney, a annoncé lundi dernier qu’il acceptait la démission de sa ministre des Affaires municipales, Tracy Allan et de son chef de cabinet, Jamie Huckabay, ayant tous deux voyagé. Le premier ministre, ayant agi à la suite des vives critiques des Albertains, a justifié ses actions par le tweet suivant : « Les Albertains ont tout à fait le droit de s’attendre à ce que les personnes occupant des postes de confiance publique soient tenues de respecter des normes de conduite plus élevées pendant la pandémie de COVID-19 ». Il a par la suite ajouté que « [des] millions d’Albertains ont fait de réels sacrifices au cours des 10 derniers mois pour se protéger mutuellement. Ils ont raison d’être en colère contre les personnes occupant des postes de direction qui partent en vacances à l’extérieur du pays. » (4). Une chose est sûre, tous ces politicien.nes n’auraient certainement pas perdu leur poste si les électeur.rices n’avaient pas eu vent de leur délit moral, exacerbé.es par cette hypocrisie flagrante. Peut-être pris comme bouc-émissaires, puisque ces voyageur.euses seront les seul.es qu’on pourra réellement «punir» et non montrer du doigt, il ne fait pas doute qu’au 10e mois de cette pandémie, la tendance à l’indulgence est faible.


Enfin, cher roi et reine, le mal a déjà été fait. Tu es sorti.e du pays, tu t’es amusé.e, et tu as bien profité de ton congé. Peut-être as-tu contracté le virus, ou pas. Mais je ne te demande qu’une chose maintenant. Peux-tu rester chez toi, juste pour deux petites semaines ? Après en avoir profité pour combler tes besoins criants de repos et de soleil, reste à la maison. Car ce n’est qu’un avant-goût de ce qui nous attend tous et toutes cet hiver, lors d’un prochain confinement généralisé. Il me tarde de voir si les rois et les reines décideront de se départir de leur couronne et d’alléger le poids du tiers-État.

(1) Richard MARTINEAU, « Récompenser les idiots », Journal de Montréal, 4 janvier 2021 5h00, [En ligne], https://www.journaldemontreal.com/2021/01/04/recompenser-les-idiots (consulté le 4 janvier 2021).

(2) Denise BOMBARDIER, «Les chouchous de Trudeau», Journal de Montréal, 4 janvier 2021 5h00, [En ligne], https://www.journaldemontreal.com/2021/01/04/les-chouchous-de-trudeau (consulté le 4 janvier 2021).

(3)   Murphy COOPER, « L’Alberta perd un ministre et son chef de cabinet », La Presse, 4 janvier 2021 à 15h17, [En ligne],  https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2021-01-04/voyages-non-essentiels/l-alberta-perd-un-ministre-et-son-chef-de-cabinet.php (consulté le 4 janvier 2021).

(4) Alice GIRARD-BOSSÉ, « Cher tricheur », La Presse, 26 décembre 2020 9h00, [En ligne],  https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-12-26/cher-tricheur.php (consulté le 4 janvier 2021).