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La Caisse de dépôt devrait soutenir la Banque Nationale pour acquérir HSBC Bank Canada

Auteur·e·s

Chrystophe Simard

Publié le :

21 octobre 2022

Le 5 octobre dernier, le Globe and Mail rapportait que HSBC mettait en vente sa division canadienne. HSBC, qui opère dans plus de 60 pays, chercherait à réduire ses coûts et à se libérer d’actifs dans des régions moins stratégiques. Dans les dernières années, la banque internationale a réduit ses opérations aux États-Unis et a vendu ses divisions française, brésilienne et grecque.

Une Banque Nationale plus grande constituerait un nouveau pilier du Québec Inc. Les banquier⋅ère⋅s québécois⋅es seraient davantage impliqué⋅e⋅s dans les principales transactions au Canada et Montréal deviendrait un centre financier plus important.

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Le Globe and Mail rapporte maintenant que toutes les six grandes banques canadiennes ont démontré de l’intérêt pour HSBC Bank Canada, qui a généré 717 M$ de profits l’année passée et un rendement sur capitaux propres de 13,3 %. Le quotidien torontois estime que le prix de vente pourrait atteindre 10 G$, présumant une vente à environ 1,5 fois la valeur des actifs, évaluée à 5,7 G$. Les actions des banques du Big Six se transigent présentement entre 1,2 et 1,9 fois des actifs.


JPMorgan, qui agit comme conseiller financier de HSBC, aurait organisé une vente à l’encan en deux rondes, dont la première se terminerait sous peu. (Le conseil d’administration de HSBC Bank Canada est présidé par Samuel Minzberg, avocat-conseil senior chez Davies à Montréal.)


RBC est probablement la banque la mieux placée pour faire cette acquisition, vu son bilan très solide. Après RBC, la Banque Nationale est probablement la mieux positionnée. Son action a surperformé celles des autres banques canadiennes dans les dernières années et ses résultats ont bénéficié de la vigueur de l’économie québécoise. L’acquisition d’HSBC, en plus, lui donnerait l’opportunité de diversifier ses activités à l’extérieur du Québec.


La Banque Nationale, avec sa grande plateforme de marchés des capitaux, aurait beaucoup de complémentarités avec la Banque HSBC. Il n’est pas clair, par contre, qu’elle pourrait se permettre une acquisition à 10 G$, sa capitalisation boursière étant présentement de 30 G$.


C’est aussi l’avis du Professeur Stéphane Rousseau de la Faculté de droit de l’Université de Montréal selon lequel « une transaction de cette envergure ne peut pas être financée à même les liquidités de la Banque. Dans un tel cas, lever du financement par la voie d’un placement privé auprès d’investisseurs institutionnels paraît une meilleure avenue. La Banque pourrait émettre des actions, voire des titres de dette, comme des billets. Compte tenu des montants en jeu, il serait probablement nécessaire de mobiliser plusieurs investisseurs institutionnels. »


La Caisse de dépôt et placement du Québec devrait appuyer la Banque Nationale dans ce projet. Un partenariat entre CDPQ et la Banque Nationale aiderait la seule grande banque à avoir son vrai siège social au Québec à saisir d’autres opportunités dans le futur. Si, par exemple, la Banque Laurentienne devenait à vendre dans le futur proche, une Banque Nationale plus solide serait mieux habilitée pour l’acquérir.


Le gouvernement Legault devrait faire pression pour que la Caisse mobilise une partie de son actif de 420 G$ afin de créer une grande institution financière québécoise et ainsi tenir sa promesse de solidifier l’économie québécoise. C’est la chance pour François Legault et Pierre Fitzgibbon, lui-même un ancien vice-président du conseil à la Banque Nationale, de laisser une marque durable dans le paysage financier québécois.


Une Banque Nationale plus grande constituerait un nouveau pilier du Québec Inc. Les banquier⋅ère⋅s québécois⋅es seraient davantage impliqué⋅e⋅s dans les principales transactions au Canada et Montréal deviendrait un centre financier plus important. Les entreprises québécoises, en plus, bénéficieraient d’un meilleur accès aux marchés des capitaux canadiens et même mondiaux, grâce aux racines profondément internationales d’HSBC. Les consommateur⋅rice⋅s de produits au détail tireraient également leur épingle du jeu.


Cet épisode n’est pas sans rappeler la fusion avortée entre RBC et BMO et entre CIBC et TD en 1998. Comme il l’avait fait à l’époque, le gouvernement fédéral pourrait chercher à éviter la concentration et bloquer l’acquisition, les banques du Big Six desservant déjà 80 % du marché bancaire canadien. Ce problème, par contre, serait théoriquement moins contraignant pour la Banque Nationale, vue sa plus petite taille. On pourrait même affirmer qu’il serait bénéfique de solidifier la place de la Banque Nationale dans le Big Six.


La Banque CIBC pourrait aussi être un acheteur potentiel, son positionnement dans le marché étant assez complémentaire avec celui d’HSBC. Plusieurs dirigeants de CIBC ont commencé leur carrière chez HSBC, particulièrement dans le Groupe Entreprises et Gestion des avoirs, que le chef Jon Hountalas a quitté pour rejoindre CIBC en 2010. Les deux banques ont également une grande présence dans les marchés des capitaux canadiens et internationaux.


Sinon, les autres banques du Big Six sont en mauvaise position pour acquérir HSBC Bank Canada. TD et BMO sont en train de finaliser des acquisitions aux États-Unis qui ont mobilisé une bonne partie de leurs capitaux et Scotia est en train de faire la transition entre deux PDG après un processus de sélection bâclé.


HSBC est basée à Londres depuis 1993 et est depuis quelques années aux prises avec une crise d’identité entre sa base londonienne et ses racines à Hong Kong, où elle a été fondée en 1865 afin de faciliter le commerce, entre autres, de l’opium entre la Chine et le Royaume-Uni. (HSBC signifie d’ailleurs Hong Kong and Shanghai Bank of Commerce.)


Au milieu des tensions entre la Chine et l’Occident, HSBC essaie de ménager la chèvre et le chou.  Le Financial Times rapportait en juillet dernier que HSBC a constitué un « Chinese Communist party committee » dans sa division de banque d’investissement à Hong Kong. Les lois chinoises prévoient en effet que les entreprises doivent créer une cellule de trois ou quatre membres du Parti communiste afin d’agir comme une espèce de syndicat mais surtout d’installer des membres du Parti au sein de la haute direction d’entreprises étrangères. HSBC avait aussi publiquement soutenu le gouvernement hongkongais pro-Chine lors des manifestations monstres de 2020 concernant les lois sur la sécurité nationale.


Avec la crise financière chez Credit Suisse et les turbulences au Royaume-Uni depuis le dépôt du « mini-budget » de l’ancien ministre des Finances, les marchés financiers mondiaux sont certes dans un moment particulier de stress. Mais l’opportunité de créer une vraie grande banque québécoise devrait être tout de même saisie.