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La bravoure d’un.e avocat.e : défendre l’indéfendable dans To Kill a Mockingbird

Auteur·e·s

Lin Shan Zhong

Publié le :

9 avril 2026

L’élément déclencheur est, par définition, l’événement qui rompt la routine et bouleverse l’ordre normal des choses. Pour un.e avocat.e, il peut s’agir d’un dossier marquant ; pour un.e client.e, c’est le procès qui décidera de sa liberté ou de son destin. Dans To Kill a Mockingbird, cet élément déclencheur se manifeste par le procès de Tom Robinson, un homme noir faussement accusé d’agression sexuelle dans un contexte marqué par de profonds préjugés raciaux et un système judiciaire qui traite injustement les Afro-Américain.es. C’est Atticus Finch, avocat exemplaire par sa compétence et son courage, qui choisit de défendre l’indéfendable. Sa bravoure suffira-t-elle à obtenir le succès, même face à un système de justice profondément injuste ? Autrement dit, la fortune sourit-elle aux braves ?

Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil dans la main. Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais agir quand même sans t’arrêter. Tu gagnes rarement, mais cela peut arriver.

Un élément déclencheur important dans ma vie fut mon admission à la Faculté de droit de l’Université de Montréal. À l’occasion de mon anniversaire, qui coïncide avec la rentrée scolaire, j’ai reçu un cadeau de ma très chère amie, une mordue de bouquins : une copie du roman To Kill a Mockingbird. Elle me dit : « Voilà, je l’ai pris pour toi parce que c’est un classique pour tous.tes les étudiant.es en droit. »


En feuilletant les pages de l’ouvrage, je me retrouve plongée dans le quotidien d’Atticus Finch, un avocat prêt à fournir ses services juridiques à un agriculteur en échange de noix de caryer plutôt que d’argent en raison de la pauvreté de ce dernier durant la période de la Grande Dépression. Il est l’avocat idéal pour tout juriste : compétent, car il sait identifier les failles dans les témoignages de la Couronne ; juste, puisqu’il traite chaque individu de manière égale, peu importe la couleur de sa peau ou son statut social ; respectueux envers son client, en reconnaissant la réalité difficile vécue par une personne noire ; et courtois, en gardant son sang-froid, même après que la partie adverse lui a craché au visage. Cependant, il incarne bien plus que les valeurs exprimées dans le Code de déontologie des avocats. En effet, il est également brave, et c’est cette qualité, parmi toutes celles qu’il possède, qui est essentielle à la réalisation de miracles.


La bravoure définie par Atticus

Atticus enseigne à ses enfants ce qu’est le courage : « Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu’est le vrai courage, au lieu de t’imaginer que c’est un homme avec un fusil dans la main. Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais agir quand même sans t’arrêter. Tu gagnes rarement, mais cela peut arriver. » Selon lui, une personne qui use de la violence, contrairement aux enseignements de la mythologie grecque, n’est pas un héros digne de bravoure. Une personne courageuse est plutôt celle qui, sachant qu’elle est destinée à perdre, choisit malgré tout de mener un combat de valeurs contre une société empreinte de préjugés raciaux — la majorité — afin de défendre les droits des minorités.


Dans le cas d’Atticus, sa bravoure se manifeste lorsqu’il défend ce qu’il croit être juste, même face à un système de justice injuste. Atticus sait qu’il s’agit d’une cause perdue d’avance lorsqu’il choisit de représenter un jeune homme noir, Tom Robinson, faussement accusé d’avoir agressé une jeune fille dans une société empreinte de préjugés, où les lois et le système de justice américains sont discriminatoires envers les personnes noires. Ce faisant, et sachant qu’il est mal vu pour un avocat de défendre des client.es noir.es, il met en jeu non seulement sa réputation bien établie, mais également le bien-être de ses enfants, qui seront victimes de harcèlement de la part de leurs pairs à l’école.


La bravoure d’Atticus lors du procès

Au procès, Atticus fait preuve d’une rigueur intellectuelle incontestée. Lorsqu’il contre-interroge les témoins de l’autre partie, il réussit à soulever des incohérences notables : la jeune femme qui allègue avoir été violée dit s’être fait frapper par la main gauche de l’accusé, mais le bras gauche de monsieur Robinson ayant été pris dans une égreneuse à coton lorsqu’il était enfant — le laissant avec un handicap — il lui est impossible d’asséner des coups de la violence décrite. Dans les faits, il n’y a eu aucun viol. C’est plutôt le père de la présumée victime qui avait agressé cette dernière après l’avoir surprise en train d'embrasser Robinson.


Cependant, le problème est que les règles du jeu étaient déjà établies d’avance, et Atticus en est conscient : le jury qui a rendu le verdict de culpabilité était composé uniquement d’hommes blancs. Ainsi, laisser le destin d’un homme noir entre leurs mains revenait à perdre la partie avant même qu’elle ne commence. En effet, bien que les habiletés de juriste exceptionnelles d’Atticus permettent de soulever un doute raisonnable quant à la culpabilité de Robinson, les témoignages de la jeune femme et de son père sont jugés plus crédibles que le sien, simplement parce qu’ils sont blancs. Comme Atticus l’affirme, malgré l’innocence de Robinson : « Dans nos tribunaux, quand c’est la parole d’un homme blanc contre celle d’un homme noir, l’homme blanc gagne toujours. » Sans aucune surprise, malgré les efforts d’Atticus, monsieur Robinson est condamné.


Dans sa plaidoirie finale, que je qualifierais plutôt de discours, Atticus nous rappelle encore une fois sa bravoure en prononçant le message suivant : « Mais il existe une manière en ce pays où tous les hommes sont créés égaux — il existe une institution humaine qui rend un mendiant égal à un Rockefeller, un homme stupide égal à un Einstein, et un ignorant égal à n’importe quel président d’université. Cette institution, messieurs, est un tribunal. » Il soulève deux points que nul autre juriste n’aurait eu le courage de défendre dans le contexte de son époque. D’une part, il réitère l’importance de l’État de droit en tant que principe qui doit en tout temps être respecté par les institutions judiciaires afin de traiter chaque individu de manière équitable. D’autre part, il montre que la justice est souvent davantage façonnée par les coutumes locales et les préjugés raciaux plutôt que par le droit. Il critique ouvertement le système de justice là où la plupart gardent le silence, et c’est précisément cette audace qui illustre son courage.


La bravoure d’Atticus mène-t-elle à un succès ?

Peut-on considérer cela comme une véritable défaite pour Atticus ? Certes, Tom Robinson est déclaré coupable, mais la bravoure d’Atticus constitue une victoire morale. En effet, après que le verdict soit rendu, la salle d’audience se vide, mais tous.tes les spectateur.trices du balcon réservé aux personnes noires se lèvent en signe de respect envers Atticus. Ce geste symbolise la reconnaissance de la communauté noire pour son engagement en faveur des droits et de l’égalité, même si la justice institutionnelle n’a pas été rendue. Atticus n’a peut-être pas convaincu le jury, mais il a convaincu l’auditoire. Et il m’a convaincue. Il continuera de convaincre les futur.es lecteur.trices de To Kill a Mockingbird.


Le courage ne garantit pas toujours la victoire, mais il est essentiel pour faire avancer la justice et inspirer un changement dans la société. Il est essentiel pour « provoquer » un élément déclencheur dans la conscience collective. En ce sens, si la fortune ne sourit pas toujours aux braves dans l’immédiat, leur courage laisse néanmoins une empreinte durable dans l’esprit des gens.

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