
L’illusion de la nouveauté : le cas d’Avatar: The Last Airbender
Auteur·e·s
Morgane Joly
Publié le :
24 août 2026
Alors que le monde du divertissement se réadapte et change constamment au fil du temps et des goûts, la nouvelle adaptation en live action d’Avatar: The Last Airbender vient confirmer la peur grandissante que le cinéma n’a plus rien de nouveau à offrir et s’ajuste au tempo d’une génération soi-disant dissipée.
Un live action, par définition, a déjà peu d’utilité, car il s’agit de reproduire quelque chose de déjà très aimé sous sa forme initiale. Alors, un live action qui délaisse tout l’esprit de l’original, en plus de ternir ses personnages et son histoire à cause de mauvais choix artistiques ne peut qu’être frustrant.


En 2024, Netflix lance l’adaptation en live action de la série animée culte Avatar: The Last Airbender, suivie de sa deuxième saison en 2026. La série originale, elle, date de 2005 et a été originellement créée par Michael Dante DiMartino et Bryan Konietzko. Bien que la dernière tentative d’adaptation en prise de vues réelles de la série fût catastrophique avec le film de 2010, les espoirs furent assez grands pour ce nouvel essai. En effet, c’est surtout la présence des créateurs originaux en tant que showrunners de la série qui a rassuré les fans. Ils devaient s’assurer que la direction artistique choisie respecte l’image et les valeurs créatives de l’œuvre originale. Cependant, peu après le début de cet accord, ils ont annoncé la fin de cette collaboration pour cause de différends artistiques. Cela fut, comme vous pouvez vous en douter, un avant-goût amer de ce qui nous attendait.
La série animée est vue par beaucoup comme une série presque parfaite. Bien qu’originellement faite pour un public plus jeune, elle aborde des sujets percutants tels que le deuil, la rédemption, la misère de la guerre et l’ethnocentrisme. Dans un monde divisé en quatre nations différentes, l’Avatar est le seul à maîtriser tous les éléments : l’eau, la terre, le feu et l'air. Il a pour destin de maintenir la paix. Cependant, ce jeune maître appelé Aang, qui a l’air d’avoir 12 ans, disparaît pendant 100 longues années. Entre-temps, la Nation de Feu cherche à régner sur les autres nations. À son retour, l’Avatar essaie de venir en aide à un monde déchiré par la guerre.
Tout d’abord, adapter une série animée en version réelle s’impose déjà comme un défi. Il est difficile de répliquer la magie d’une animation fluide et colorée, surtout une aussi bien faite que celle d’Avatar: The Last Airbender. Mais, étonnamment, ce n’est pas dans les effets visuels que réside le vrai problème. Plusieurs sont d’ailleurs très satisfait·e·s de ceux-ci, surtout en comparaison avec le fiasco visuel de l’adaptation cinématographique datant de quelques années auparavant.
L’effacement des défauts : une fausse amélioration
La manière dont cette série adorée fut altérée dans l’adaptation soulève beaucoup de confusion. Attention : il n’est pas question de dire qu’un remake ne doit en aucun cas s’éloigner de l’original. En effet, cela serait bien ennuyant. Cependant, les changements apportés ici modifient l’essence de beaucoup de personnages. Pourtant, c’est là que réside l’un des premiers problèmes : les producteurs se sont vantés d’avoir amélioré la série originale en se débarrassant d’éléments soi-disant problématiques. Je vous propose l’exemple du personnage de Sokka. Les réalisateurs annoncent fièrement avoir retiré le sexisme de son personnage. Sokka est un jeune homme ayant grandi dans un village isolé composé uniquement de femmes, car les hommes sont à la guerre. Les traditions, aujourd’hui dépassées, y règnent toujours. Durant les premiers épisodes de l’œuvre originale, Sokka se perçoit comme un grand guerrier qui est naturellement plus doué qu’une femme. Assurément, vous ne me verrez pas encourager ce comportement ! Seulement, la série ne le fait pas non plus : les créateurs n’ont pas glorifié ce trait de caractère. Très rapidement dans le déroulement de l’histoire, Sokka fait la rencontre d’un groupe de guerrières qu’il sous-estime immédiatement. Elles ne perdent pas de temps à le remettre à sa place, au point où il s’agenouille devant elles pour les supplier de lui apprendre à se battre. C’est une scène qui redonne force et pouvoir aux femmes et qui les met en valeur, en plus de permettre à Sokka d’évoluer en tant que personnage.
Un autre exemple peut être tiré du personnage de l’Avatar Aang lui-même. Dans l'œuvre originale, on lui révèle qu’il est l’Avatar bien trop tôt. Il se sent surchargé par la responsabilité et la pression de son rôle et décide de fuir. Il est alors piégé dans une grosse tempête et ses pouvoirs l’enferment dans une prison de glace afin de le protéger du danger imminent. Il ne sera découvert que 100 ans plus tard quand la sœur de Sokka, Katara, le fait émerger de l’eau par accident. Cela entraîne un sentiment de culpabilité chez le jeune Avatar lors de son périple, alors que les victimes de la guerre lui rappellent qu’il ne fut pas là pour eux et qu’il a tourné le dos au monde. On le voit notamment dans l’épisode The Storm, dans lequel il se détache en partie des erreurs du passé pour se concentrer sur ce qu’il peut apporter à présent. Dans l’adaptation, Aang ne se retrouve pas dans cette tempête parce qu’il fuyait ses responsabilités, mais parce qu’il voulait prendre l’air. Cela ne fait qu’apporter de la discontinuité à l’œuvre, car elle devient dépourvue d’un élément essentiel à la construction du personnage. Voilà où réside tout le problème : Netflix ne veut pas donner de défauts trop évidents aux personnages, car les scénaristes veulent que l’on s’y attache. Toutefois, je crois fermement que, pour aimer un personnage, il faut souvent pouvoir s’y identifier au moins un peu. Des personnages lisses et parfaits ne nous parlent pas et ne résonnent pas en nous. De plus, voir un personnage évoluer constitue la base de toute bonne histoire : c’est ce qui attire les spectateur·ice·s. Les personnages vides bloquent cet investissement émotionnel et enlèvent de l’importance à l’action.
Quand la surexposition fait décrocher le public
Un autre problème qui survient et qui persiste dans beaucoup d’autres films et séries modernes est la surexposition. Par « surexposition », j’entends l'infernale répétition d’éléments comme si le public allait oublier ce qui a été dit en l’espace de quelques minutes. Ou alors, l’irrésistible besoin de tout révéler dès que possible, de peur que le fait de ne pas tout comprendre immédiatement nous fasse basculer sur TikTok ou fermer la série. Cette infantilisation du public de la part d’une adaptation qui veut avoir l’air bien plus adulte que l’originale est surprenante. Nous pouvons le voir avec des personnages qu’on ne connaît pas réellement, dont la personnalité nous est constamment décrite, mais jamais montrée. Cette manie transparaît aussi dans une des scènes très importantes du début de la série. En effet, après la disparition d’Aang, un génocide du peuple de l’air a eu lieu. À son retour, Aang n’est pas au courant de cette tournure des événements et veut retourner voir les siens. Les deux frères et sœurs n’ont pas le cœur de lui dire la vérité et laissent Aang visiter le temple jusqu’à ce qu’il tombe sur le squelette de son mentor. Complètement dévasté, il est pris d’un élan de rage avant que Katara n’arrive à le ramener sur terre. C’est un moment clé dans l’histoire et un moment très profond pour le personnage. Dans l’adaptation, c’est la grand-mère de Katara et Sokka qui lui décrit le génocide. En effet, à la place de ce crescendo où Aang s’approche de cette découverte bouleversante, il l’apprend lors d’un monologue descriptif. Cela est bien plus ennuyeux pour le public et, surtout, fait en sorte que, lorsque Aang découvre le squelette dans l’adaptation, sa réaction semble démesurée puisqu’il ne s’agit pas d’une nouvelle information. Netflix semble à nouveau échouer à comprendre ce qui attire les spectateur·ice·s, c’est-à-dire l’inconnu, le besoin de réponses et la possibilité de déduire des choses en regardant l’émission plutôt que de se les voir décortiquer d’avance. C’est cela qui donne aux spectateur·ice·s l’envie de continuer. La manière dont est reçue la série révèle de réels enjeux vis-à-vis de la perception du public de la part de grands producteurs comme Netflix.
Le public commence à voir la paresse transparaître dans beaucoup de soi-disant nouvelles productions qui ne sont en réalité que des live action, des réécritures ou des sequels. Les grandes entreprises comme Disney et Netflix prennent trop souvent la route facile, qui consiste à nous appâter avec des visages familiers sans même mettre l’effort nécessaire pour façonner une histoire par la suite. Il suffit de regarder le nombre de séries et de films ayant suivi la saga Star Wars qui sont produits, mais qui déçoivent. Ils sont, pour la plupart, des coquilles vides qu’on tolère pour revoir les personnages qui ont bercé notre enfance. Un live action, par définition, a déjà peu d’utilité, car il s’agit de reproduire quelque chose de déjà très aimé sous sa forme initiale. Alors, un live action qui délaisse tout l’esprit de l’original, en plus de ternir ses personnages et son histoire à cause de mauvais choix artistiques ne peut qu’être frustrant. À quoi bon s’encombrer avec le visionnement d’une nouvelle version d’une série qui n’a toujours pas pris une ride et qui conserve sa force ? À quoi sert donc vraiment cette illusion de nouveauté dans le cinéma d’aujourd’hui ?