Portrait%20sans%20photo_edited.jpg

L’histoire derrière six des plus belles chansons sur la relation père-fils

Auteur·e·s

Sarah-Maude Rousseau

Publié le :

4 novembre 2021

Mon idée de base était de vous raconter l’origine et la signification de quelques chansons marquantes de l’histoire de la musique, mais en effectuant une liste de chansons potentielles à aborder, je me suis rendu compte que la majorité des chansons qui me venaient en tête portaient sur la relation père-fils. J’ai pour cette raison décidé de me pencher spécifiquement sur cet aspect. Voici donc les histoires, certaines touchantes et d’autres plus tragiques, ayant inspiré six des plus belles chansons que je connaisse sur la relation entre un père et son fils.

Voici donc les histoires, certaines touchantes et d’autres plus tragiques, ayant inspiré six des plus belles chansons que je connaisse sur la relation entre un père et son fils.

Image: Wix
Image: Wix

press to zoom
Image: Wix
Image: Wix

press to zoom

Tears In Heaven, Eric Clapton


Vous connaissez fort probablement ce succès du génie de la guitare, mais peut-être ignorez-vous l’histoire qui se cache derrière. Le 20 mars 1991, Conor, le fils d’Eric Clapton, est décédé à la suite d'un accident tragique au cours duquel le garçon de quatre ans et demi est tombé de la fenêtre du 53e étage d’un appartement à New York, la croyante fermée. Ce drame a inspiré à Clapton la chanson Tears In Heaven, parue en 1992, où il imagine sa rencontre avec son fils au paradis. On y entend : « Would you know my name? If I saw you in heaven. » Clapton explique aussi qu’il doit rester fort jusqu’au moment où il rejoindra son fils au paradis. On y entend également : « And I know there’ll be no more, Tears in heaven. » Cela signifie qu’une fois qu’il rejoindra son fils, Clapton retrouvera une certaine paix et que sa tristesse se dissipera.


Hey Jude, The Beatles


Cette célèbre chanson des Beatles, parue en 1968, fut composée pour Julian Lennon, le fils de John et Cynthia Lennon, non pas par John lui-même, mais par un bon ami à lui : nul autre que Paul McCartney. En effet, les parents de Julian s’étant séparés à la suite de la liaison de John avec Yoko Ono (avec qui il s’est éventuellement marié), McCartney a composé Hey Jude dans sa voiture après être allé visiter Julian et sa mère. Le garçon avait à l’époque quatre ou cinq ans, et McCartney s’inquiétait de son bien-être suite au divorce de ses parents, raison pour laquelle il a composé cette chanson pour le rassurer. Les paroles « Hey Jude, don’t make it bad. Take a sad song and make it better » expriment la façon de McCartney de dire à Julian de prendre cet événement, le divorce de ses parents, et d’en faire sortir du positif; de ne pas voir les choses tout en noir. Ce n’est qu’une fois adulte que Julian apprît que cette chanson lui était destinée. Autre fait intéressant, la chanson s’appelait à l’origine Hey Jules, Jules étant le diminutif de Julian, mais McCartney a finalement opté pour Jude, trouvant que ça sonnait mieux que Jules. Même si McCartney a écrit cette chanson pour Julian, plusieurs personnes, dont John Lennon, croyaient que la chanson était destinée à John. John interprétait en effet les paroles « You were made to go out and get her » comme la bénédiction de McCartney à ce qu’il marie Yoko Ono. McCartney n’a jamais confirmé cette théorie.


Beautiful Boy, John Lennon


Encore une chanson écrite pour un des fils de John Lennon, mais cette fois-ci pour son plus jeune fils, Sean, qu’il a eu avec Yoko Ono. Cette chanson fut composée par John Lennon et parut en 1980. Beautiful Boy décrit l’amour que Lennon porte à son fils Sean. Il lui chante : « Close your eyes, Have no fear, The monster’s gone, he’s on the run, And your daddy’s here », une façon de lui dire qu’il est là pour lui quoiqu’il arrive. Lennon dit aussi qu’il a hâte de voir son fils grandir, mais qu’il devra être patient. Malheureusement, il ne le verra jamais grandir, car John Lennon fut assassiné le 8 décembre 1980, soit l’année de la parution de Beautiful Boy alors que Sean n’avait que cinq ans.


Croire en rien, Louis-Jean Cormier


J’ai récemment eu la chance d’assister à un spectacle de Louis-Jean Cormier au cours duquel ce dernier nous a raconté l’origine de sa chanson Croire en rien, issue de son album Quand la nuit tombe paru en 2020. Le père de Louis-Jean, un ancien prêtre catholique plutôt autoritaire, a toujours souhaité que ses enfants soient croyants comme lui. Or, en grandissant, Louis-Jean s’est éloigné de la religion, car il ne se sentait pas interpellé par cette dernière contrairement à son père. Cela a provoqué une déception chez son père, à la suite de laquelle une distance s’est créée entre eux. Dans cette chanson, Louis-Jean exprime à son père son désir de délaisser la religion catholique pour trouver sa propre voie en lui chantant : « Je sais que ça te fait mal, Que ça te rend triste, De me voir en cavale, Mais même si tu insistes… J’ai pu le goût de croire en rien. »  Le dernier couplet est particulièrement touchant : Louis-Jean dit à son père qu’il lui demande pardon de ne pas avoir les mêmes croyances que lui et qu’il restera son garçon du début à la fin. Malheureusement, le père de Louis-Jean n’a jamais pu entendre cette chanson puisqu’il est décédé en janvier 2020, soit deux mois avant la parution de l’album. Louis-Jean regrette que son père n’ait pas pu entendre la chanson, mais se rassure en se disant que le sujet touchera beaucoup d’autres personnes grâce à son universalité.


Vienna, Billy Joel


Dans cette magnifique chanson parue en 1977, Billy Joel décrit inconsciemment les conseils que son père lui a donnés. Quand Joel avait environ huit ans, son père l’a quitté pour retourner dans sa ville natale, Vienne. Vers 22 ans, Joel est allé à Vienne pour retrouver son père et c’est à ce moment que l’événement inspirant les célèbres paroles « When will you realize…Vienna waits for you » s’est produit. Joel, voyant une dame âgée nettoyer la rue, a dit à son père qu’il trouvait atroce de demander à une dame de cet âge de faire une tâche pareille. Son père lui a répondu qu’au contraire, elle se sentait utile et avait de la dignité. Billy Joel a alors pensé qu’il n’avait pas à s’inquiéter de vieillir, car Vienne l’attendait au bout de sa route, et qu’il pourrait encore être digne et utile comme la dame âgée. Vienna est une observation du fait qu’on a toute notre vie pour vivre, et qu’il est inutile de vouloir aller trop vite. Les paroles « Slow down you crazy child, You’re so ambitious for a juvenile » prennent ici tout leur sens. Je conseille à tous d’écouter cette chanson, qui est rapidement devenue l’un de mes coups de cœur, tous artistes confondus. Dans une entrevue, Billy Joel l’a d’ailleurs classée parmi ses cinq chansons préférées de son répertoire, ce qui n’est pas peu dire considérant tous ses succès.


Father and Son, Cat Stevens


Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Cat Stevens n’a ni composé cette chanson pour son père ni pour son fils. Father and Son, chanson parue en 1970, raconte l’échange déchirant entre un père qui ne comprend pas le désir de son fils de s’éloigner de lui et un fils qui ne sait pas comment expliquer son besoin de chercher son propre destin. Fait intéressant, Stevens chante dans un registre plus grave quand le père parle et dans un registre plus haut quand le fils parle. Quand on lui a demandé si la chanson était autobiographique, Stevens a répondu qu’il n’a jamais vraiment compris son père, mais que ce dernier lui a toujours laissé beaucoup de liberté, et que cette chanson était destinée aux personnes qui n’arrivent pas à se détacher et à trouver cette liberté. Tout au long de la chanson, le père donne des conseils à son fils, mais ce dernier lui répond qu’il a besoin de liberté. Le fils dit : « From the moment I could talk, I was ordered to listen, Now there’s a way and I know that I have to go away. »