
Il y a 30 ans
Auteur·e·s
Tristan Bilodeau
Publié le :
20 novembre 2025
Il y a trente ans, mes parents tombaient amoureux l’un de l’autre en partageant avec
tout le Québec la tristesse d’un pays qui passait si près de naître.
Je n’ai nulle envie de revenir sur l’histoire de cette soirée haute en émotions qui avait si bien commencé et dont nous vivons encore les conséquences du dénouement. En revanche, je désirais prendre l’occasion de son trentième anniversaire pour vous partager la manière dont on me l’a compté.
Car le soir du référendum de 1995, c’est le destin d’un peuple pour lequel mes parents avaient tant donné qui s’effondrait, mais c’est l’histoire de leur famille qui commençait. Les larmes de tristesse ont rapidement donné naissance à l’espoir d’une génération qui, peu de temps plus tard, allait prendre le relais.
Leurs regards se sont croisés pour la première fois dans les bureaux du Cabinet du Premier ministre pour une séance de remue-méninges en préparation de l’événement de lancement de campagne. Mon père n’avait pas dormi dans les 48 heures l’ayant précédé. Ma mère, ne sachant pas comment l’approcher alors qu’il allait se chercher un café, lui a naïvement lancé : « tu as des petits yeux fatigués. » Ça aura travaillé la patience de mon père, mais l’histoire démontra que la stratégie de ma mère a payé.


Les deux travaillaient alors pour le Camp du Oui : ma mère dans l’équipe des
communications, et mon père aux événements et à la logistique. Ils étaient deux
travailleurs de l’ombre qui ne font pas les nouvelles, mais qui empiètent sur leurs
heures de sommeil pour que les messages de nos porte-paroles soient bien rendus à
la population.
Leurs regards se sont croisés pour la première fois dans les bureaux du Cabinet du
Premier ministre pour une séance de remue-méninges en préparation de l’événement de lancement de campagne. Mon père n’avait pas dormi dans les 48 heures l’ayant précédé. Ma mère, ne sachant pas comment l’approcher alors qu’il allait se chercher un café, lui a naïvement lancé : « tu as des petits yeux fatigués. » Ça aura travaillé la patience de mon père, mais l’histoire démontra que la stratégie
de ma mère a payé.
Ma sœur et moi avons souvent entendu parler de multiples histoires de cette campagne. Du lancement de campagne sur le Mont-Royal, au rassemblement à Québec, en passant par ceux de l’Université de Montréal, de Longueuil et de l’Auditorium de Verdun, jusqu’au dénouement au Palais des Congrès de Montréal. À force de nous en parler, on a fini par imaginer qu’on y était, Charlotte et moi. Comme si le résultat du 30 octobre 1995 n’était pas une fin en soit, qu’il était le
début d’une nouvelle aventure.
On nous a d’ailleurs rarement parlé du résultat. Cette soirée-là, leur déception, leur
amertume et leur tristesse disparaissaient dans les yeux de l’un et de l’autre. Certains pourraient croire au déni ou à la surcharge émotive. Pour eux, ça a toujours été le début de leur histoire d’amour.
J’ai toujours considéré cet angle comme un flambeau à reprendre, un combat à
continuer.
Je suis donc né dans la famille péquiste. En 2012, à l’âge de 12 ans, j’ai pu cogner à mes premières portes, à Québec, avec Michel Létourneau. C’est à ce moment que j’ai pu rencontrer la première Première ministre de l’histoire du Québec.
Et, quelques années plus tard, alors que l’engagement de ma mère envers l’indépendance du Québec continuait, j’ai eu la chance de rencontrer Paul St-Pierre Plamondon. C’est lui qui m’a ouvert la porte à prendre la relève de cette histoire familiale que mes parents m’ont légué.
C’est aujourd’hui ce chef qui me permet d’y croire. Avec son discours décomplexé
sur l’indépendance, il me permet de libérer ce qui est profondément ancré en moi :
la conviction que le Québec sera un pays.
P.S.: Mes parents se sont récemment séparés et sont respectivement très heureux;
preuve que la séparation peut être positive. Ne laissons pas les fédéralistes nous dire
l’inverse.



