
Gravir la montagne : un parcours atypique vers le pavillon Maximilien-Caron
Auteur·e·s
Alexandre Trahan
Publié le :
24 août 2026
Il existe des victoires qui ne font pas la une des journaux. Elles ne soulèvent pas les foules, ne donnent lieu à aucune cérémonie officielle et ne sont saluées par aucune fanfare. Pourtant, pour celui·celle qui les remporte, elles valent davantage que n'importe quelle médaille. Elles sont le résultat d'années de doutes, de sacrifices, d'échecs, et d'une obstination presque déraisonnable. Être sélectionné comme candidat de transfert en deuxième année du baccalauréat en droit après avoir complété un certificat en droit à l'Université de Montréal est, pour moi, l'une de ces victoires silencieuses.
En droit, personne ne cesse véritablement d'apprendre. Cette réalité peut sembler intimidante, mais elle est aussi profondément rassurante. Elle rappelle que l'excellence n'est pas un état permanent. C'est un effort renouvelé chaque jour.


Lorsque j'ai entrepris le certificat, à 32 ans, je venais d’obtenir mon diplôme de secondaire 5 quelques mois auparavant. Je savais donc déjà que ce ne serait pas le chemin le plus simple pour caresser le rêve de devenir avocat. Le certificat n'était pas une destination. N’ayant pas été au cégep, il était ma seule porte ouverte vers un rêve que plusieurs jugeaient inaccessible. Tous·tes les étudiant·e·s me rappelaient que, chaque année, seule une douzaine d’élu·e·s obtenaient un transfert en deuxième année au bac en droit. Il est connu de tous·tes que le baccalauréat privilégie les admissions traditionnelles. Les statistiques parlaient inévitablement contre moi. Pourtant, je refusais de croire que les probabilités devaient dicter mon destin.
J’ai commencé mon certificat…
J'ai commencé mon certificat en me lançant un défi ambitieux : suivre trois cours de droit en formule intensive durant l'été 2025. Malgré les succès obtenus auparavant, j'avais l'impression de repartir de zéro. J'ai rapidement découvert que le droit ne consiste pas seulement à apprendre des règles, mais à développer un raisonnement nuancé, où une même question peut admettre plusieurs réponses juridiquement défendables. Comprendre que la réponse est souvent « Ça dépend » a profondément transformé ma façon de penser. Le plus difficile consistait à continuer lorsque personne ne pouvait garantir que tous ces efforts mèneraient quelque part. Étudier en ayant constamment à l'esprit qu'un simple résultat insuffisant pouvait compromettre des mois de travail impose une pression mentale particulière.
À plusieurs reprises, j’ai douté de mes A-, A et A+, en me demandant s’ils seraient suffisants. J’ai même fait une légère dépression lorsque j’ai obtenu un B à un examen. Les moments où l'on compare son parcours à celui des autres sont inévitables. - Certain·e·s semblaient avancer tout droit vers le but ultime d’accéder au Barreau pendant que le mien ressemblait davantage à un sentier de montagne, sinueux et rempli d'obstacles. Pourtant, avec le recul, je comprends aujourd'hui que ce détour m'a appris davantage que n'importe quel raccourci.
Le certificat m'a enseigné quelque chose que les manuels ne contiennent pas : l'humilité. On peut toujours travailler davantage. On peut toujours améliorer une argumentation, approfondir une recherche ou perfectionner une rédaction. En droit, personne ne cesse véritablement d'apprendre. Cette réalité peut sembler intimidante, mais elle est aussi profondément rassurante. Elle rappelle que l'excellence n'est pas un état permanent. C'est un effort renouvelé chaque jour. Au terme de ma deuxième session, lorsque les résultats scolaires ont commencé à refléter les heures investies, une nouvelle émotion est apparue : l'espoir.
Pour la première fois, le rêve cessait de sembler irréaliste. Je ne tenais toujours rien pour acquis. Une troisième session était à faire. Des problèmes familiaux m’ont ralenti, mais j’ai persisté avec une rigueur et une ténacité inébranlables. Le moment venu de déposer ma demande pour le baccalauréat, je savais qu’une candidature de transfert ne demeurait qu’une simple candidature. Rien n'oblige la Faculté de droit à ouvrir cette porte. Mais, au terme de ma troisième session de droit, pour la première fois, je pouvais me dire que j'avais fait tout ce qui dépendait de moi. Il y a une différence importante entre espérer réussir et savoir qu'on a tout donné. Cette différence procure une paix intérieure que peu de gens comprennent.
Puis est arrivé le moment de déposer la demande.
Ce geste, en apparence banal, portait le poids de plusieurs mois d'efforts et de sacrifices. En cliquant sur le bouton d'envoi, je n'expédiais pas seulement un formulaire administratif. J'envoyais l'histoire de toutes les heures passées à croire en un projet qui n'offrait aucune garantie. L'attente fut probablement l'étape la plus difficile. On ne contrôle plus rien. Les résultats sont obtenus. Les documents requis sont transmis. Il ne reste qu'à attendre qu'une décision soit prise par des personnes qui ne connaissaient rien de moi. L’attente est longue…
Puis, une nuit, la réponse est arrivée.
Mon ami Yassine Bedoui m’a appelé vers une heure du matin pour me dire qu’il avait été admis et insistait pour que j’aille vérifier, moi aussi. En ouvrant le courriel, j’ai fondu en larmes. Être sélectionné comme candidat de transfert en deuxième année du baccalauréat en droit est un honneur. Cela ne signifiait toutefois pas que le parcours était terminé. Mais cela signifiait que l’Université de Montréal avait reconnu les efforts que j'avais investis et avait estimé que je méritais une chance. Qu’elle m’avait choisi parmi tous·tes ceux·celles qui aspiraient au même rêve que moi par l’emprunt de ce chemin difficile. Cette confiance représentait une immense fierté. Non pas parce qu'elle confirmait une quelconque supériorité, mais parce qu'elle démontrait qu'il est parfois possible de transformer un chemin sinueux en véritable voie d'accès.
À cet instant, j'ai repensé à toutes les fois où j'avais douté. À toutes les soirées où j'aurais pu abandonner. À toutes les fois où j’ai pleuré par crainte, par angoisse, par peur de ne pas réussir et de ne pas être admis au bac. Mais j’ai aussi pensé à tous·tes ceux·celles qui m'avaient encouragé. À tous·tes ceux·celles qui croyaient en moi avant même que je sois capable de le faire moi-même. J'ai compris que ce nouveau départ n'effaçait pas les difficultés traversées.Il ne faisait que leur donner un sens.
Le certificat a été une école de persévérance et d’accomplissements. Ma première année du baccalauréat de droit m’a été créditée. Le certificat en droit m'a aussi appris que les parcours atypiques ne sont pas des parcours inférieurs. Ils sont simplement différents. Dans une société où l'on célèbre souvent la rapidité, nous oublions parfois la valeur de ceux·celles qui avancent plus lentement parce qu'ils·elles doivent contourner davantage d'obstacles.
C’est d’ailleurs ce que je retiens du fait d’avoir été élu récipiendaire de la bourse Cap
Droit Davies, gracieusement offerte par le cabinet Davies, que je ne remercierai jamais assez d’avoir cru en moi.
Être admis en deuxième année représente évidemment une réussite universitaire. Mais ça représente aussi un gain en maturité en devenant plus discipliné, plus résilient et plus patient. Plus conscient aussi que les plus grandes victoires ne se mesurent pas seulement par leur résultat, mais par tout ce qu'elles exigent de nous avant d'être obtenues. Cette fois, j'avance avec une certitude que je ne possédais pas auparavant. Si j'ai été capable de gravir cette première montagne, je pourrai gravir les suivantes. Parce qu'au fond, le véritable nouveau départ n'est pas celui que marque une lettre d'admission. Le véritable nouveau départ survient le jour où l'on cesse de laisser les circonstances définir nos limites. Il commence lorsque l'on comprend que la persévérance peut parfois accomplir ce que le talent seul ne suffit pas à réaliser.
Si mon histoire peut transmettre une seule idée à celui·celle qui hésite aujourd'hui à
poursuivre un rêve qui paraît inaccessible, je lui dirai ceci : il existe des portes qui ne s'ouvrent qu'à ceux·celles qui continuent de frapper longtemps après que les autres ont abandonné. Certains nouveaux départs ne sont pas des hasards.
Ils sont la récompense d'une décision répétée, jour après jour, de ne jamais renoncer.
Au plaisir d’obtenir notre diplôme ensemble.