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Et si on mettait ton nom sur la porte ?

Auteur·e·s

Sandrine Gagnon-Lozin

Publié le :

24 août 2026

Ce n’est pas, et ce ne sera jamais, l’ambition qui manque à la Faculté de droit. Chaque jour, chacun·e vise un peu plus haut qu’hier, les nouveaux départs nous entraînent sur de nouveaux chemins et vers de nouveaux objectifs. Certain·e·s auront un coup de foudre pour le communautaire en deuxième année, d’autres développeront une passion pour la négociation en troisième, et d’autres se laisseront entraîner vers la pratique en entreprise après une discussion autour d’un café. Comme les écrans de Broadway, chaque milieu, pratique, domaine, sait se mettre en valeur à la Faculté. L’arrivée de la fin de mon bac me pousse à chercher la bonne porte. Récemment, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Me Julien Denis et Me Guillaume Branconnier, deux avocats qui ont choisi de bâtir leur propre cabinet : LDB Avocats. C’est donc avec enthousiasme que je vous partage ce que j’ai eu l’occasion d’apprendre à propos d’un itinéraire qui sort des sentiers battus.

« Ma première expérience dans le domaine juridique au sein de LDB Avocats et le mentorat de Me Denis et Me Branconnier m’ont appris autant sur la pratique du droit que sur l’entrepreneuriat. En occupant le poste d’étudiant en droit, je bénéficie à la fois d’une liberté dans la gestion des mandats et d’un encadrement rigoureux, ce qui me permet de développer mon autonomie et ma débrouillardise, afin d’apprendre des méthodes de travail et des valeurs qui m’aideront à devenir le juriste que je souhaite être. En nous partageant leur parcours, les associés du cabinet nous font prendre conscience des enjeux liés à l’entrepreneuriat, et ils m’inspirent également à suivre ce chemin, lorsque le moment sera opportun. En espérant qu’ils vous motiveront vous aussi à prendre les moyens nécessaires pour accomplir la carrière de vos rêves ! » - Ivan Ejov, étudiant de 3e année au baccalauréat en droit

Le fruit était mûr : la genèse d’un cabinet

Plusieurs camarades ont choisi le droit sur un coup de tête, en se disant « et puis pourquoi pas le droit ? » Cependant, tous les nouveaux départs ne sont pas aussi légers. Ils peuvent être le résultat d’une transition progressive, préparée au fil des expériences, des rencontres et des occasions saisies. En effet, celui ou celle qui souhaite lancer son propre cabinet devra d’abord apprendre le métier. Les premières années de pratique permettent d’acquérir des connaissances juridiques, de découvrir différentes méthodes de travail et de préciser le type de juriste que l’on souhaite devenir. En côtoyant plusieurs avocat·e·s, le·la jeune praticien·ne peut observer leur façon de gérer un dossier, de conseiller un·e client·e ou de collaborer avec leurs collègues. Il·elle peut ensuite retenir ce qui correspond à ses propres valeurs et écarter ce qui lui convient moins. Cette période contribue à forger son identité professionnelle, celle-là même qui deviendra le cœur de son entreprise.


En outre, le mentorat occupe une place centrale dans cet apprentissage puisque l’autonomie nécessaire à la pratique entrepreneuriale ne signifie pas qu’il faille apprendre seul. Au contraire, l’accompagnement d’un·e avocat·e expérimenté·e peut offrir un espace où le·la jeune juriste prend progressivement ses propres décisions, tout en bénéficiant d’un regard extérieur. Me Denis et Me Branconnier en ont fait l’expérience auprès de Me Luc Lachance, qui leur a transmis une méthode de travail rigoureuse et les a accompagnés dans leurs premières années de pratique.


Dans le cas de LDB Avocats, la création du cabinet en 2019 est venue formaliser une collaboration qui existait déjà. Les futurs associés avaient développé leurs clientèles respectives, travaillaient ensemble dans plusieurs dossiers et avaient désormais besoin d’embaucher, d’élargir leur équipe et d’obtenir davantage de soutien administratif. Ils ne sont donc pas partis sans client·e·s. La question n’est donc peut-être pas de savoir s’il est trop tôt ou trop tard, mais plutôt de déterminer si l’on possède l’encadrement, l’expérience et les relations nécessaires pour avancer. Comme le mentionne Me Denis, pour eux, le fruit était mûr et ils avaient le vent dans les voiles.


À avoir dans sa valise avant de partir

Aucune liste de compétences ne permet de garantir le succès d’un cabinet. Certaines qualités reviennent néanmoins lorsqu’il est question de pratique entrepreneuriale : l’autonomie, la débrouillardise, la curiosité et la capacité de prendre des décisions dans l’incertitude. Un·e avocat·e n’aura pas toujours immédiatement la réponse à la question de son·sa client·e, particulièrement au début de sa pratique. Cela exige une curiosité continue et une grande persévérance.


Les compétences entrepreneuriales ne sont pas non plus toutes acquises avant le démarrage d’un cabinet. Certaines s’apprennent souvent en cours de route. La gestion d’un cabinet devient alors autant une question de relations humaines que d’administration. Cette réalité est visible dans la gestion du personnel. Bien que plusieurs rêvent de se retrouver de l’autre côté de la table pendant les entrevues, recruter exige de trouver des personnes dont les compétences, les valeurs et les objectifs s’alignent sur ceux de l’entreprise. Il faut ensuite les former, leur faire confiance et reconnaître leur contribution, sans se limiter aux conditions salariales. Me Branconnier raconte notamment avoir demandé à une avocate d’informer elle-même un client de la réussite d’une négociation qu’elle avait menée. La délégation d’une tâche a permis l’appropriation et la valorisation du travail accompli.


À ces responsabilités s’ajoute un mode de vie exigeant. La flexibilité associée à l’entrepreneuriat ne doit pas être confondue avec une réduction de charge de travail. Les journées varient, et les dossiers, les employé·e·s et les client·e·s peuvent continuer d’occuper l’esprit au-delà des heures habituelles. Diriger son cabinet suppose donc un investissement qui, comme le reconnaît Me Denis, « n’est pas nécessairement pour tous ».


De plus, même avec une préparation adéquate, certains passages demeurent déstabilisants. Le départ d’un·e mentor·e ou d’un·e avocat·e sénior·e, par exemple, fait disparaître le filet de sécurité. Les décisions qui étaient auparavant discutées avec une personne plus expérimentée doivent être assumées pleinement. Il faut aussi composer avec les variations du flot de travail, la complexité croissante des dossiers et les décisions difficiles liées au personnel.


Ces défis rappellent qu’un nouveau départ ne met pas fin au doute. Pour les fondateurs de LDB Avocats, les difficultés rencontrées n’invalident pas le chemin choisi. Elles leur ont permis d’acquérir le jugement et le recul qu’ils ne pouvaient posséder avant de les avoir traversées. Le « sac à dos » de l’entrepreneur·e n’est donc pas complètement rempli au départ. Il continue de s’alourdir et de s’enrichir au fil de son parcours.


Bâtir quelque chose qui nous ressemble

Pourquoi accepter cette charge de travail et cette responsabilité ? Pour plusieurs entrepreneur·e·s, la réponse réside dans la possibilité de construire une organisation qui reflète leurs valeurs. Fonder son cabinet permet de choisir une méthode de travail, une culture interne, une manière de servir les client·e·s et une façon de former la relève. L’entreprise devient alors davantage qu’un lieu où exercer le droit. Elle constitue un projet collectif dont la continuité doit être assurée. Me Denis parle ainsi du cabinet comme de leur « bébé », un projet qu’il faut continuer à développer tout en veillant au bien-être des personnes qui y travaillent.


Il n’existe toutefois pas de point d’arrivée définitif. Les objectifs se renouvellent à mesure que le cabinet évolue, et la croissance ne signifie pas nécessairement devenir le plus grand bureau possible. Elle peut plutôt constituer à améliorer la qualité du service, à attirer des mandats stimulants, à consolider une équipe ou à développer de nouvelles compétences. L’entrepreneuriat impose ainsi de redéfinir constamment ce que signifie réussir, et ce, à l’image de la personne que nous sommes.


Pour les étudiant·e·s attiré·e·s par ce parcours, les premières étapes peuvent commencer bien avant l’assermentation. Effectivement, le développement d’un réseau ne doit pas être envisagé uniquement comme un exercice de vente. Il s’agit d’apprendre à créer et à entretenir des relations professionnelles durables. Les activités universitaires, les emplois étudiants, les stages, les fameux cinq à sept et les rencontres avec d’autres juristes peuvent tous contribuer à bâtir ce réseau. Ces relations avec les pairs sont particulièrement importantes. En litige, la fermeté n’exige pas de transformer chaque désaccord en un affrontement personnel. « Pas besoin d’être un pitbull », résume Me Denis. Un·e avocat·e adverse peut éventuellement devenir une source de recommandation s’il·elle retient la rigueur, le professionnalisme et la qualité du travail de son·sa collègue. La réputation se bâtit donc autant par la compétence que par la manière de traiter les autres, et ce, dès la faculté.


En conclusion, le premier pas vers son nom sur la porte n’est pas nécessairement la fondation immédiate d’un cabinet. Il peut être beaucoup plus discret : trouver un·e mentor·e, accepter un premier mandat, apprendre à cultiver une relation professionnelle ou découvrir une manière de pratiquer qui correspond à ses valeurs. Le nouveau départ devient alors moins une destination qu’une série de choix posée bien avant le moment de franchir officiellement le seuil.


Encore faut-il que les étudiant·e·s sachent que cette voie existe. La Course aux stages occupe une place importante à la faculté, mais elle peut donner l’impression que la réussite professionnelle suit un itinéraire unique. Pourtant, la pratique en petit cabinet, en entreprise, dans le secteur public ou au sein d’une structure boutique offre des expériences et des formes d’autonomie différentes. Je crois que les facultés pourraient mieux présenter la diversité professionnelle sans s’arrêter à la fameuse phrase « Le droit mène à tout. » Ce tout peut être bien plus que ce qu’on imagine.


Un grand merci à Me Denis et Me Branconnier pour leur contribution à cet article.

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