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Et s'il y avait mieux ?

Auteur·e·s

Olivia Hourani

Publié le :

Suits ou The Office, pâtes ou pizza, Alex ou Anthony ? Que ce soit de sélectionner un film sur Netflix, de choisir le bon takeout sur UberEats ou de trouver votre abeille sur Bumble, ces choix s’avèrent souvent plus complexes qu’ils ne le semblent.


Patrick McGinnis, investisseur en capital de risque, a popularisé deux termes, FOMO et FOBO, dans un article à l’époque où il étudiait à la Harvard Business School. Plusieurs connaissent le célèbre acronyme FOMO (Fear of missing out), soit la peur de rater quelque chose. Nous sommes maintenant confrontés à un concept similaire, le FOBO. Non, rassurez-vous, ce n’est pas le cousin de Bozo, votre clown préféré. L’acronyme signifie Fear Of The Better Option, soit l’incapacité de choisir une option acceptable par crainte qu’il y en ait une meilleure. C’est le sentiment de passer à côté de quelque chose (de potentiellement mieux) à cause d’un choix malavisé.

Avec l’avènement de la technologie de notre société moderne, un clic, un swipe, un scroll nous permet d’accéder à un univers de contenu illimité. Cette multiplication des possibilités qui s’offrent à nous amplifie notre difficulté à choisir.

Ce phénomène social n’est pas nouveau. Il se retrouve à l’essence de la nature humaine qui a toujours voulu s’approprier le meilleur. Avec l’avènement de la technologie de notre société moderne, un clic, un swipe, un scroll nous permet d’accéder à un univers de contenu illimité. Cette multiplication des possibilités qui s’offrent à nous amplifie notre difficulté à choisir. Le cerveau humain n’a ni le temps ni la capacité d’explorer toutes ces options, qui se font plus attirantes les unes que les autres, afin de déterminer avec certitude que son choix est le bon. Cela peut paralyser notre capacité de faire des choix et de saisir les opportunités spontanément. Ne pas choisir est un choix en soi. Nous préférons ne pas décider afin de laisser la porte ouverte à toutes les possibilités plutôt que de faire le deuil de l’option que nous laissons derrière nous. Ainsi, nous nous retenons de confirmer nos plans du vendredi soir avec Alex, au cas où Anthony nous proposerait quelque chose de mieux. Nous sommes ainsi figés dans un état constant d’indécision et d’anxiété.


Les experts en psychologie et science comportementale affirment que les gens peuvent être divisés en deux groupes quand il s’agit de prendre une décision : « maximisers » ou « satisficers » (1). Les maximisers, ayant souvent des personnalités de type A, prennent leurs décisions de façon rationnelle. Ils examinent toutes les options et sélectionnent celles qui leur amèneront un maximum de bénéfices dans le futur. Les satisficers, un mot dérivé de satisfied (satisfaisant) et sufficed (suffisant), prennent des décisions plus rapides en se basant sur leur intuition et non sur des recherches exhaustives et approfondies. Plutôt que de rechercher la satisfaction optimale, ils recherchent la satisfaction suffisante ou adéquate. L’ignorance, dans ce cas, leur apporte une plus grande satisfaction. Ils ne feront pas le tour de tous les logements disponibles sur Airbnb pour leur séjour. Peut-être qu’ils ne choisiront pas le meilleur, mais ils ne le sauront jamais et cela leur permet d’être comblés par leur choix. En effet, bien que les maximisers tendent à prendre de meilleures décisions, ils en sont moins satisfaits. La comparaison avec les choix non sélectionnés les laisse dans un état de regret. Par exemple, il est établi que des consommateurs exposés à 20 choix de confitures ou à 6 paires de jeans se sentent souvent en conflit, ce qui crée un sentiment d’insatisfaction à l’issue de leur décision (2).

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Benjamin Franklin, quant à lui, utilisait une technique avancée de la célèbre liste « pour et contre ». Une valeur numérique était attribuée à chaque item de la liste. Un item pour équivalait à deux items contre, ce qui éliminait ces trois derniers, jusqu’à ce qu’il parvienne à un équilibre qui révélait son juste choix. Toutefois, cette technique devient inutile lorsque nous sommes incapables d’identifier les valeurs qui sont importantes pour nous et lorsque nous anticipons que ce qui nous tient à cœur changera.


Michelle Florendo, coach et experte en intelligence décisionnelle, propose une autre solution. Selon elle, il faut plutôt revoir ce que l’on considère être une bonne et une mauvaise décision. Plusieurs croient qu’une bonne décision produira nécessairement un résultat positif, mais ils ne tiennent pas compte du fait que l’issue d’un choix ne dépend pas que de nous, mais aussi de plusieurs facteurs externes. Il serait erroné de considérer nos décisions comme absolument définitives, car il y aura toujours des opportunités de choisir à nouveau. Elle suggère une approche pas à pas, un choix après l’autre, en ciblant ce que l’on désire avant de passer au travers des différentes options qui s’offrent à nous.

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Bref, nous sommes confrontés à devoir prendre des décisions pour le présent tout en prédisant le futur, qui ne peut être connu de façon certaine et absolue. En réalité, nous prenons nos décisions dans des circonstances imparfaites, ce qui nous empêche de sortir nos listes, nos surligneurs et nos multiples études de marché afin de les décortiquer davantage avant de se prononcer sur chacune d’elles. Souvent, ce sont nos plus grandes décisions de vie qui sont moins calculées que les petites (3). Pourtant, Hérodote le dit si bien : « Faites de grandes décisions en les discutant deux fois, une fois ivre et une fois sobre. » Rappelez-vous des semaines de recherches et de délibérations avant d’acheter un nouvel ordinateur : pourquoi n’accorde-t-on pas cette même considération lorsqu’on envoie un texto à notre ex-partenaire, après un verre de vin de trop ?

  1. Ellen Peters, psychologue et professeure à l’Ohio State University.

  2. Barry SCHWARTZ, The Paradox of Choice: Why More Is Less, New York, Harper Collin Publishers, 28 avril 2016, 304 p.

  3. Joshua ROTHMAN, « The Art of Decision-Making », The New Yorker, 14 janvier 2019, [En ligne], https://www.newyorker.com/magazine/2019/01/21/the-art-of-decision-making (consulté le 24 novembre 2020).

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