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Environnement démocratique

Auteur·e·s

Benjamin Auger

Publié le :

3 novembre 2021

Le concept de démocratie signifie beaucoup de choses. Pour la majorité des gens, ce concept se rapporte au pouvoir des gens de participer aux décisions, de manière à influencer la société à laquelle ils appartiennent et du fait même, de défendre les enjeux qui les touchent, les motivent et dans certains cas, les fâchent.

Le pouvoir mandaté à l’AED a ses limites et les buts de l’association, énumérés à l’article. 3, devraient être lus de manière restrictive et à prioriser les intérêts académiques des étudiant⋅e⋅s.

Photo d’un professeur donnant un cours dans la cafétéria du Pavillon Jean-Brillant.
Photo d’un professeur donnant un cours dans la cafétéria du Pavillon Jean-Brillant.

Compte Instagram du Comité Environnement

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Photo d’un professeur donnant un cours dans la cafétéria du Pavillon Jean-Brillant.
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Cette fameuse démocratie se présente sous plusieurs formes. Elle peut être très simple, comme la démocratie directe que nous utilisons tous et toutes avec nos ami⋅e⋅s quand vient le temps de décider du restaurant le vendredi soir, ou bien elle peut être plus délégatrice, comme la démocratie indirecte que nous avons ici même au Canada.


Cependant, la démocratie, peu importe sa forme, son intensité ou sa validité, cache un concept fondamental : la représentativité. Au-delà de tout, chaque personne veut être représentée par un⋅e élu⋅e démocratiquement choisi⋅e qui saura représenter au meilleur de ses capacités les intérêts de ses électeur⋅rice⋅s, et ce dans les limites de son mandat. Au niveau politique, les intérêts à représenter sont très variés. Les élu⋅e⋅s municipaux⋅ales s’occupent de leur ville, les élu⋅e⋅s provinciaux⋅ales s’occupent des intérêts touchant à la province, etc. On peut même aller plus loin : au sein des syndicats, les élu⋅e⋅s syndicaux⋅ales représentent les intérêts de leurs membres (avantages et conditions de travail), tandis que les élu⋅e⋅s des centres de services scolaires se concentrent sur les enjeux scolaires.


Cet enjeu de représentativité est tellement important, qu’il est un sujet chaud depuis quelques élections. En effet, la demande pour une réforme du mode de scrutin reçoit de plus en plus de support au Canada, et ce pour de bonnes raisons. Qu’en est-il lorsque nos élu⋅e⋅s politiques ne font pas ce pour quoi ils et elles sont élu⋅e⋅s, quand les promesses faites sont brisées? Nous nous sentons délaissé⋅e⋅s et mal représenté⋅e⋅s.


Un peu plus près de chez nous, dans notre faculté, ce mandat de représentation est légèrement sorti de son champ de compétences, et ce au détriment de plusieurs. Selon moi, l’acceptation du vote de l’assemblée générale spéciale, traitant de la question de la levée de cours concernant la marche pour le climat, se situait à l’extérieur de la mission de l’AED et de ses comités.


Je vous entends déjà, cher⋅e⋅s collègues, proclamer que la levée des cours était légitime et approuvée par l’AED et ses membres. Effectivement, l’association l’a dit elle-même : « Les étudiant⋅e⋅s membres de l’AED ont adopté à l’unanimité… » Il serait cependant plus approprié de dire que les étudiant⋅e⋅s présent⋅e⋅s au quorum ont voté à l’unanimité.


Je vous entends déjà, cher⋅e⋅s collègues, me dire que c’est ça la démocratie et que les règlements généraux ont été suivis. Je ne peux vous contredire sur cette affirmation.


Cependant, je vous invite à réfléchir à la mission et au mandat de l’AED. Bien que les buts de l’association énumérés à l’article 3 soient très larges, je crois raisonnable d’affirmer que l’objectif primaire de l’AED est de représenter les intérêts et droits de ses membres au sein de l’université, dans leur milieu académique et sur des sujets principalement liés aux études, incluant le développement professionnel des étudiants en droit.


En pratique, les faits sont éloquents pour démontrer ce principe : comités à orientation juridique, service de mentorat, conférences académiques et professionnelles, représentation des étudiants auprès de la direction, contestation de notes, revendication de services universitaires, etc.


Les positions clés au sein de l’AED, ainsi que leurs fonctions et pouvoirs, reflètent aussi ce principe directeur qu’est la représentation des intérêts académiques et universitaires de ses membres. Nous retrouvons les « VP affaires académiques », « VP vie étudiante », « VP aux relations professionnelles », « VP au développement de carrière » et « VP aux affaires externes », dont la principale fonction est la liaison avec d’autres associations étudiantes.


Nous pouvons facilement en dégager que la mission principale de l’association est la défense et la promotion des intérêts des étudiant⋅e⋅s en droit, et ce, aux niveaux académique, professionnel et universitaire. Quand un membre a besoin du support pour représenter ses intérêts dans une révision de note, une décision de l’université, la recherche d’emploi ou le mentorat académique, l’AED sera présente et nous en sommes reconnaissant⋅e⋅s.


Cela étant dit, il me semble évident que l’AED a sensiblement dérogé de sa mission fondamentale en autorisant une assemblée spéciale pour la levée des cours pour la marche pour le climat. Le pouvoir mandaté à l’AED a ses limites et les buts de l’association, énumérés à l’article. 3, devraient être lus de manière restrictive et à prioriser les intérêts académiques des étudiant⋅e⋅s. L’AED est une association « étudiante ». Il me semble que certaines assemblées spéciales pour la levée des cours, à caractère non académique, ne devraient pas être tenues. En effet, cela laisse place à des interprétations subjectives des futures demandes faites dans ce sens.


Qu’est-ce qui empêcherait certain⋅e⋅s étudiant⋅e⋅s de voter pour une levée des cours pour telle ou telle raison, considérant que le nombre de signatures nécessaire est assez bas et que le quorum nécessaire est de 15 % seulement (art. 30)?


Plusieurs personnes n’ont pas apprécié cette levée des cours. Je pense aux étudiant⋅e⋅s qui viennent de l’extérieur et qui ont perdu un temps précieux en transport. Je pense à nos collègues anglophones, pour qui l’enseignement oral vient compléter de manière importante leurs études. Je pense aux étudiant⋅e⋅s de première année qui viennent des sciences de la nature et pour qui l’étude du droit est un choc académique. Je pense aussi aux étudiant⋅e⋅s qui, comme moi, aiment tout simplement aller à leurs cours. J’ai aussi une pensée bien méritée pour nos professeur⋅e⋅s, qui mettent temps et énergie à préparer nos cours.


D’un autre côté, j’ai pensé aux étudiant⋅e⋅s qui voulaient aller à la marche et manifester. Je me suis demandé comment et de quelle manière les cours offerts par les professeur⋅e⋅s les empêchaient d’aller à cette marche. Je me suis demandé comment moi, en classe, j’étais un obstacle à la réalisation de leur objectif d’être présent⋅e⋅s à la marche. J’ai réfléchi longuement et je n’ai pas encore trouvé de réponse. Si vous en avez une, faites-le-moi savoir.


Je crois sincèrement que le droit de manifester librement et d’aller à cette marche n’a jamais été en péril pour aucun⋅e étudiant⋅e en droit. Il y a certainement eu, de mon point de vue, un manquement au niveau de la mission de l’AED, qui inclut aussi à l’article 3 f) de « voir au respect des droits des membres, tant les droits acquis que les droits à acquérir ». Ces droits incluent, à mon avis, le droit d’être représenté⋅e⋅s et défendu⋅e⋅s quand des levées de cours à caractère non académique sont demandées, ainsi que le droit d’assister à ses cours dans un climat propice aux études. Dans cette perspective, les intérêts de certain⋅e⋅s avaient préséance sur les intérêts des autres. Mais le droit d’étudier a été le seul bafoué, car le droit de manifester ne fut jamais menacé.


Je respecte le choix de chaque étudiant.e qui est allé⋅e marcher pour le climat. En toute honnêteté, j’aurais probablement participé, n’eût été « l’annulation » de mes cours qui a étouffé ma motivation écologique. Cependant, aller manifester implique intrinsèquement une prise de position… et une prise de position implique des risques et des conséquences. Ces risques et conséquences pour un⋅e étudiant⋅e au Canada : ne pas assister à ses cours. Toutefois, en votant une levée des cours, le risque déjà très bas était nul. La valeur de cette manifestation a tout simplement, à mon humble avis, beaucoup diminué.


Pour certain⋅e⋅s, la levée des cours représentait une journée de vacances. Pour d’autres, elle représentait une opportunité de manifester. Certain⋅e⋅s se sont présenté⋅e⋅s aux cours, d’autres non. Des professeur⋅e⋅s ont tenté de donner des cours dans la cafétéria, sans succès. Pour moi, la levée des cours représentait une mauvaise défense de mes intérêts académiques vis-à-vis d’intérêts non académiques.


J’aurais plutôt souhaité voir la promotion de la diète végétarienne ou végane, qui aurait pu être promue à la cafétéria pour la semaine. J’aurais plutôt souhaité voir la tenue de séances artistiques par le CAF pour la préparation d’affiches sur papier recyclé en vue de la marche. J’aurais souhaité une coordination avec le corps professoral dans le but d’intégrer les professeur⋅e⋅s à la démarche étudiante. Nous aurions pu coordonner la tenue des cours en présentiel et par la suite, mettre en ligne l’enregistrement vidéo du cours. L’ajout de notes supplémentaires sur StudiUM ou bien l’addition d’une séance de questions pour la semaine auraient pu être considérés.


En conclusion, je crois sincèrement que les membres de l’AED font un travail incroyable. J’en ai été témoin à plusieurs reprises depuis la rentrée en présentiel. Je n’en veux pas non plus au Comité Environnement. Je ne doute pas que leur démarche fut honnête et motivée. Cependant, je crois qu’il est nécessaire de se rappeler que la mission de l’AED reste principalement de défendre les droits académiques de ses membres quand la situation le permet et l’exige.