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Entrevue avec l’honorable Julie Miville-Dechêne, sénatrice - Le Pigeon dissident au Colloque de la FEDQ

Auteur·e·s

Thomas Doré

Publié le :

2 avril 2022

Le Pigeon dissident accueille en entrevue l’honorable Julie Miville-Dechêne, sénatrice, dans le cadre de la couverture du Colloque de la FEDQ, qui se tient cette fin de semaine au centre-ville de Montréal. Une rare occasion de s’entretenir avec une femme accomplie, féministe engagée et ancienne journaliste occupant désormais une place de choix dans la scène parlementaire et le processus législatif canadiens.

Si le rôle de parlementaire de Julie Miville-Dechêne lui a bien appris quelque chose, c’est que, en politique canadienne, rien n’est tout noir ou tout blanc.

L'honorable Julie Miville-Dechêne, sénatrice, et Florence Dufrasne-Desbiens animatrice de la conférence
L'honorable Julie Miville-Dechêne, sénatrice, et Florence Dufrasne-Desbiens animatrice de la conférence

Crédit photo : Emmanuelle Rivest

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L'honorable Julie Miville-Dechêne, sénatrice, et Florence Dufrasne-Desbiens animatrice de la conférence
L'honorable Julie Miville-Dechêne, sénatrice, et Florence Dufrasne-Desbiens animatrice de la conférence

Crédit photo : Emmanuelle Rivest

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Bien qu’elle porte depuis quatre ans un nouveau chapeau, celui de parlementaire, il appert que Julie Miville-Dechêne a gardé le regard curieux et allumé de la journaliste d’expérience qui sommeille en elle. Forte d’une maîtrise en journalisme de la prestigieuse Columbia University, la sénatrice a eu une riche carrière de journaliste à Radio-Canada, dont elle a notamment été l’ombudsman, la première femme à occuper ce poste.


Julie Miville-Dechêne reconnaît que la profession de journaliste, voire le milieu journalistique dans son ensemble, a bien changé depuis le début de sa carrière. En effet, à l’époque, l’information en continu n’était pas encore une réalité et les grands médias et leurs journalistes avaient, pour le meilleur et pour le pire, un certain monopole sur l’information. Difficile de contraster davantage avec nos fils d’informations saturés de nouvelles et de plus en plus de textes d’opinion.


Ce virage déjà bien entamé vers le journalisme d’opinion est-il une tendance inéluctable? Julie Miville-Dechêne ne le sait pas, mais elle constate sans difficulté les nouveaux enjeux reliés à cet état de fait. La citoyenne en faveur de qui l’information est démocratisée aurait donc accès à une source intarissable d’informations (contradictoire, parfois) pour satisfaire son besoin de se garder au fait des enjeux de sa société, au prix d’un danger accru d’être victime de la désinformation pullulant notamment sur le Web.


Somme toute, nous rappelle Mme Miville-Dechêne, les défis principaux liés au travail de journaliste sont restés largement les mêmes. Être une bonne journaliste, c’est rester honnête et impartiale, c’est accrocher la lectrice sans devenir simpliste. C’est également se faire un devoir de douter, toujours douter, d’apprendre des erreurs que commet toute journaliste à un moment donné dans sa carrière.


Si le rôle de parlementaire de Julie Miville-Dechêne lui a bien appris quelque chose, c’est que, en politique canadienne, rien n’est tout noir ou tout blanc. Outre les marges de manœuvre budgétaires serrées, la sénatrice nous donne le dossier de l’aide médicale à mourir comme exemple, un dossier complexe qui a occupé le Sénat l’an dernier, où les enjeux étaient d’une délicatesse telle qu’il n’y avait « pas de bonne réponse ». Le devoir de doute de la journaliste lui permettrait donc de rendre compte de ces zones grises, au bénéfice de la lectrice attentive.


En tant que sénatrice, il ne fait pas de doute que Miville-Dechêne fait encore activement usage de ce doute journalistique. Quand elle n’est pas en train de travailler sur les deux projets de loi qu’elle a elle-même présentés, portant sur le travail des enfants et la protection des mineurᐧeᐧs contre l’exposition à la pornographie en ligne, Mme Miville-Dechêne est appelée à revoir les projets de loi venus des communes. Voilà donc une tâche difficile et importante. Les médias, comme le Sénat, poseraient-ils donc eux aussi un second regard attentif sur les enjeux chauds de la société?