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De nous vivants

Auteur·e·s

Asma Djalal

Publié le :

25 août 2025

Parfois, j’ai envie de TOUT arrêter. De mettre la pause de la vie sur pause, momentanément. De souffler un bon coup, d’éteindre le vacarme du monde, de baisser le volume des injustices, de poser mes mains autour de cette planète fatiguée comme on borde un enfant en pleurs, et de lui murmurer :

« Respire. Ça va bien aller. »

Peut-être que c’est ça, la vraie question à se poser, au-delà de toutes les autres : est-ce qu’on accepte d’être humains, pleinement?

Ces mêmes mots qu’on nous répétait constamment en 2020, masque bleu au visage et quand les morts ne cessaient de se multiplier quotidiennement.


Mais la vraie question à se poser, c’est: est-ce que ça va vraiment aller?


Est-ce que ça ira tant que les puissant.es resteront sourd.es aux cris qu’ils.elles provoquent? Tant que les plus pauvres devront se battre pour une bouchée de pain, pour un lit sans punaises, pour une dignité qu’on leur refuse? Tant que le pouvoir dansera main dans la main avec l’indifférence?


Être ou ne pas être: une société qui tolère l’injustice, qui la recycle, qui s’en accommode?


On est plusieurs à crier dans le vide, et même notre écho semble s’écraser contre les murs de l’indifférence. Alors j’en reviens à cette question : quel est le fruit du savoir?


Est-ce un fruit défendu, réservé à quelques privilégié.es?


Est-ce un fruit qui nourrit l’âme ou qui empoisonne l’esprit?


Est-ce une douce réponse ou une vérité qu’on avale de travers?


Je me le demande. Vraiment. Parce que parfois, savoir... ça fait mal.


Savoir, c’est ouvrir les yeux sur des systèmes qui broient les plus vulnérables. C’est regarder la réalité sans filtre, sans anesthésie. Mais ne pas savoir, c’est marcher aveugle dans un champ de mines.


Et moi, j’ai choisi de garder les yeux ouverts, même quand ça brûle.


Alors j’apprends. J’écoute. Je lis. J’analyse. Je déconstruis.


J’essaie de comprendre les lois, les structures, les rapports de pouvoir qui façonnent nos vies sans demander notre avis.


Je me dis que si je trouve les bons mots, peut-être que certaines plaies finiront par se refermer. Peut-être.


Mais le savoir n’est pas toujours sucré comme un fruit bien mûr.


Parfois, il est amer.


Amer comme un café noir avalé trop vite après une nuit blanche de doutes.


Amer comme ces vérités que l’on découvre seul.e, quand personne ne veut les entendre.


Je pense à ceux et celles qui doivent franchir des kilomètres, mentalement ou physiquement, pour atteindre une bibliothèque.


À ceux et celles qui, chaque soir, doivent lutter contre l’épuisement, les responsabilités, les traumatismes; juste pour lire une page.


Et même une fois le livre ouvert, encore faut-il le comprendre. Encore faut-il que le langage ne devienne pas une barrière de plus, un filtre pour éloigner.


Ah, le fameux fruit défendu du savoir.


Celui qui ne pousse pas pareil pour tout le monde.


Celui qui ne tombe pas dans toutes les mains.


Celui qu’il faut parfois aller chercher à la machette, dans une jungle d’obstacles.


Il pousse, oui. Mais parfois dans des terres sèches. Parfois dans des familles qui ne valorisent pas l’école, dans des quartiers où les manuels coûtent trop cher, dans des vies où lire est un luxe.


Ce fruit-là, il faut l’arroser. Avec des larmes, du courage, de la solitude, de la persévérance. Et il a un goût bien particulier quand on le croque pour soi, après l’avoir cultivé à la sueur de sa rage.


Le fruit du savoir, c’est aussi une prise de conscience.


C’est savoir se lever quand le respect n’est plus servi à table.


C’est quitter un groupe d’ami.es avec qui tu as grandi.e, parce qu’il ne te fait plus grandir.


C’est sauter dans le vide, parce qu’au fond, tu sais que c’est là que les vraies ailes poussent.


C’est comprendre que ta différence n’est pas un handicap, mais une force à revendiquer.


C’est refuser de rétrécir pour rentrer dans les moules.


C’est ne plus s’excuser d’être, d’exister, de rêver trop grand ou de pleurer trop fort.


Vous savez, parfois, j’aimerais pouvoir glisser un morceau de ce fruit dans chaque cœur.


Comme une potion magique. Une formule universelle. Une pilule contre tous les cancers sociaux.


Mais la vérité? Je ne sais pas comment faire. Et j’ai pas honte de le dire. J’en sais rien.

Je pourrais faire comme on nous apprend à l’université : aligner les jurisprudences, citer les grands noms, balancer des paragraphes 10(1) et des arrêts phares pour prouver que je maîtrise.


Mais au fond, ce que je maîtrise, c’est le doute. La remise en question constante. Le syndrome de l’imposteur que j’ai accueilli dans mon corps sans lui imposer de loyer.


Il est là, il s’est installé, il mange mes certitudes au petit déjeuner.


Et ce doute-là, aussi désagréable soit-il, il est humain.


Alors, je vis avec. Je le questionne. Je le transforme en moteur.


Peut-être que c’est ça, la vraie question à se poser, au-delà de toutes les autres : est-ce qu’on accepte d’être humains, pleinement?


Avec notre vulnérabilité. Avec nos colères justes. Avec nos espoirs tenaces.

Est-ce qu’on accepte d’être imparfait.es, mais responsables? Parce qu’être humain, c’est pas avoir toutes les réponses.


C’est oser chercher, sans relâche. C’est oser apprendre, non pas pour dominer, mais pour guérir. Pour réparer ce qui a été brisé. Pour ouvrir une brèche dans ce monde qui va trop vite, qui oublie, qui écrase.


Le fruit du savoir, je le vois comme un fruit rare. Un fruit qui pousse lentement. Il a besoin d’eau, de lumière, mais aussi de nuit. Il a besoin de doutes, de silences, de chutes, de recommencements. Il a besoin de nous. Pas de nous parfait.es. Mais de nous vrai.es.


De nous vivants.

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