
Comment s’inspirer de Zohran Mamdani?
Auteur·e·s
Manu Cassivi
Publié le :
12 février 2026
Alors que les intentions de vote de Québec solidaire sont en chute libre, j’ai profité du passage de Gabriel Nadeau-Dubois à l’Université de Montréal pour lui demander comment la gauche québécoise pouvait s’inspirer de Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York.
Qu’est-ce qu'il a fait, Zohran Mamdani ? Il s'est posé une question : qu'est-ce qui est important pour les gens?


Une campagne axée sur le coût de la vie
« Zohran Mamdani est un fils d'immigrant musulman, ça aurait été très facile pour lui de se lancer dans une campagne où il se serait présenté comme le champion de la résistance face au trumpisme, un champion des communautés immigrantes, un champion de la résistance contre les abus de ICE par exemple. Remarquez que ce n'est pas ce qu'il a fait. Pourtant, son profil indiquait qu'il aurait très bien pu choisir ce chemin-là politiquement. Qu’est-ce qu'il a fait, Zohran Mamdani ? Il s'est posé une question : qu'est-ce qui est important pour les gens ? […] Tous les sondages et les études nous le disent : le plus important, c'est le coût de la vie », m’a répondu l’ex-co-porte-parole de Québec solidaire en marge d’une conférence qu’il prononçait.
Les chiffres donnent raison à GND : le Searchlight Institute rapporte que les mots associés au coût de la vie apparaissent dans 78 % des contenus publicitaires et contenus sur TikTok et Instagram de Mamdani. Le mot musulman apparaît dans seulement 3 % des vidéos, Gaza dans seulement 2 %, et le climat dans seulement 1 % des cas.
En avril dernier, un sondage du Siena College rapportait que 72 % des New-Yorkais considéraient le coût de la vie comme un problème très sérieux.
Au Québec, le coût de la vie est la priorité des électeurs, révélait la semaine dernière un sondage SOM-Le Soleil. Soixante-dix pour cent des sondés ont indiqué que cet enjeu était dans le top trois de leurs priorités, bien devant la laïcité de l’État et la souveraineté du Québec (10 % respectivement) qui sont pourtant les sujets omniprésents dans le débat médiatique.
Le coût de la vie, c’est la priorité du « vrai monde » qui « n’a pas de lobby pour parler pour lui ». Bien plus qu’une constitution illégitime ou un troisième lien.
Alors que les politiciens les plus proches du pouvoir s’entêtent sur des enjeux loin des préoccupations de la population québécoise, il serait temps pour un mouvement de gauche québécoise de réaliser une campagne électorale « disciplinée et extrêmement « focussé » sur un enjeu, pas 27 affaires » pour reprendre les mots de GND.
L’importance de la forme
En politique la forme est au moins aussi importante que le fond.
« Il y avait un chemin pour [Mamdani] pour aller rallier les électeurs, puis il l'a fait, observe le député de Gouin. Et ça, au-delà de ‘Est-ce qu’il est radical, est-ce qu’il n’est pas radical, est-ce que c’est un centriste, est-ce que c’est un socialiste ?’, au-delà de cette bataille d'étiquettes, que peu de gens suivent par ailleurs. »
Des mouvements comme « MAGA for Mamdani » sont des exemples criants du manque de logique idéologique dans le choix des électeurs. Pour voter à la fois pour un président aux tendances fascistes et pour celui qu’il a étiqueté de communiste lunatique, on comprend que les valeurs de gauche ou de droite sont loin d’être la boussole guidant un tel virage à 180 degrés
« Au Québec, lors d’une élection, l’humain est plus important qu’autre chose », disait le sondeur Jean-Marc Léger à Tout le monde en parle le 18 janvier dernier.
Hors de toute considération idéologique, la réussite de Mamdani est due en grande partie à son charisme indéniable et à sa capacité à interpeller les New-Yorkais. Une personnalité pareille, ça ne s’invente pas, ça ne s’apprend pas.
Lorsque Simon Jolin-Barrette a renoncé à la chefferie, il a déclaré : « Ce que je vous dis, c’est à la prochaine fois ». Petit disclaimer : ce n’est pas en répétant une formule célèbre de René Lévesque qu’on hérite tout d’un coup de son charisme.
Peut-être qu’écouter les préoccupations des Québécois au lieu de n’en faire qu’à sa tête, ce serait un bon début, à gauche comme à droite, qui sait…