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Angine de poitrine : le courage récompensé par le succès

Auteur·e·s

Alizée Houle

Publié le :

9 avril 2026

Si vous vous tenez au courant des actualités musicales au Québec, vous aurez remarqué que le duo saguenéen Angine de poitrine fait de plus en plus les manchettes, et ce, à l'international. Même si ce nom ne vous dit rien en soi, vous avez probablement déjà vu passer sur votre fil d’actualité ces deux personnages, habillés de la tête aux pieds de pois noirs et blancs et arborant des têtes de personnages d’un autre monde. À mon avis, ils incarnent bien la maxime latine fortes fortuna adiuvat.

Alors que l’industrie musicale, coincée dans le rythme de la consommation de masse, produit des œuvres similaires avec différents artistes, il est particulièrement rafraîchissant de voir un groupe de Chicoutimi développer un son qui ne peut être que le leur.

La musique du duo, formé par “Khn” et “Klek”, sort tout à fait du cadre conventionnel musical et des styles plus propres à la scène québécoise. On est loin des codes traditionnels de la pop ou de la musique rassembleuse diffusée à la radio. D’abord, c’est de la musique instrumentale, avec des pièces qui dépassent les trois à quatre minutes d’écoute classiques. Leur style musical s’impose comme étant résolument unique, c'est-à-dire qu’on peut difficilement le placer dans une seule case. On peut y reconnaître des inspirations de plus rock progressif, de math rock, ainsi qu’un son qui exploite différentes approches instrumentales. Khn et Klek se disent inspirés des sonorités de la musique indienne et japonaise et ils utilisent beaucoup l’improvisation dans leur processus créatif.


Ils décrivent eux-mêmes leur style musical comme étant du « Mantra-rock dada pythago-cubiste ». En utilisant des pédales de bouclage électronique et différents effets plus technos, leur jeu musical se promène entre différents rythmes, sons et cycles dans une même chanson. Ils se démarquent aussi par leur utilisation de la guitare microtonale, qui possède une sonorité bien unique : le standard de la guitare classique est le demi-ton, tandis qu’une guitare microtonale est en quart de ton. C’est un son qui est rarement associé à la musique occidentale, comme il va à l’encontre de notre système d’accordage. Bien que ce genre de son ne soit pas inconnu des amateurs de rock progressif (par exemple, King Gizzard and the Lizard Wizard), il peut certainement soulever une nouvelle curiosité chez l’auditeur moyen. Leur approche singulière n’est pas non plus qu’une question de style, elle fait l’éloge d’une réelle rigueur musicale et d’une grande maîtrise technique. Non seulement il y a une volonté claire de sortir des sentiers battus, il y a la démonstration d’un talent particulier et d’une réelle compréhension du son et de la musique. Alors que l’industrie musicale, coincée dans le rythme de la consommation de masse, produit des œuvres similaires avec différents artistes, il est particulièrement rafraîchissant de voir un groupe de Chicoutimi développer un son qui ne peut être que le leur.


Remarquons que, bien que leur son soit plutôt unique, c’est surtout leur apparence et leur identité artistique qui choquent. À mon avis, développer cet univers témoigne d’un certain courage car, il ne faut pas se mentir, les québécois peuvent être assez conservateur.trices, surtout en matière de culture. Il suffit de se rappeler la rapidité avec laquelle une personne est critiquée en ligne lorsqu’elle propose quelque chose d’atypique, voire lorsqu’elle sort elle-même du cadre établi. Pensons aux réactions initiales suscitées par Hubert Lenoir ou au traitement de Safia Nolin. Évidemment, Angine de poitrine fait l’objet de plusieurs critiques, surtout à la suite de leur passage à Tout le monde en parle, où monsieur et madame Tout-le-monde ont été rapides à partager leur choc sur le web.


Il faut savoir que nos deux artistes se présentent comme les frères Khn et Klek, des extra-terrestres de 333 ans. Nécessairement, ils ne parlent pas le français. Ils se sont donc présentés à l’émission avec leur gérant, qui répondait aux questions plus « sérieuses », tandis qu’eux répondaient dans leur langage original, sous-titré pour le public. Ce jeu d’artiste n’a pas été apprécié par tous : plusieurs ont utilisé les réseaux sociaux pour qualifier cela de « pathétique », pour se demander « où c’est que le monde s’en va », ou encore pour affirmer que cela ne rejoint pas la culture québécoise, etc. Pourtant, cela ne devrait pas tant surprendre : de nombreux.euses artistes ont déjà adopté des alter ego ou choisi de préserver leur anonymat. Cela a bien été accueilli dans le cas de Daft Punk, pourquoi en serait-il autrement pour Angine de poitrine? Néanmoins, aucun de ces commentaires négatifs ne saurait enlever au duo le succès remarquable qu’il connaît. La majorité de leurs spectacles affichent complet, tant au Québec qu’à l’international ; ils suscitent discussions et admiration au sein de nombreuses communautés en ligne, et leur performance au festival Trans Musical 2025, en France, enregistrée par la station de radio américaine KEXP, cumule 4,5 millions de vues sur YouTube.


Ce n’est visiblement que le début pour les artistes de Chicoutimi, dont l’univers farfelu attire la curiosité de plus en plus de fans. Leur identité artistique, cumulée à leur talent brut, ainsi que leur courage de se lancer tous moyens dans leur projet, ne peut qu’être récompensée par une vague de succès et de fortune.

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