
Aimer, c’est traverser
Auteur·e·s
Tanya Murray
Publié le :
9 avril 2026
Voilà que vient bientôt le mois de février,
Ce doux rappel que, l’an passé,
Malgré vents et marées;
J'étais en pleine traversée.


Avant d’aimer,
Avant de voyager,
Avant le froid qui s’annonce,
Il y a toujours ce moment,
Où l’on croit que la mer sera clémente.
Aujourd’hui, je suis de retour sur le rivage,
À me confondre avec un naufrage.
J’ai honte de m’être perdue en mer.
Avant, fallait voir comme j’étais fière.
Je croyais savoir nager,
Une sorte de vertu que j’avais méritée.
Je détenais la vérité,
À l’eau, il suffisait de se jeter.
Faut croire que tout rêveur peut se tromper.
Souvent, je me sens regardée.
La mer me regarde.
Elle en a vu d’autres,
Des départs, des retours et des détours.
Ce que j’ai pris, appris et ce qu’elle a repris.
Au fond de moi, je le sais,
J'ai le mal de mer.
Les hautes eaux et les haut-le-cœur.
Ce qu’il y a de pire et ce qu’il y a de meilleur.
Rien ne m’empêche de recommencer.
Mais, je me tiens toujours trop près du bord,
Et en janvier, l’eau commence tout juste à dégeler.
J’attendrai, que j’aie raison ou que j’aie tort.
Puis, il paraît que tout vient en paires.
Que rien ne se crée, rien ne se perd.
Qu’on se transforme sous le poids,
De chaque vague qu’on reçoit.
Alors, parfois, j’ai peur.
Chaque traversée me semble connue.
Je ne vais jamais en profondeur.
Suis-je destinée au déjà-vu?
C’est ridicule,
Cette instabilité familière,
Mon cœur qui bascule,
Et cette solitude coutumière.
Je ne veux plus nager,
À quoi bon essayer?
Est-ce que vous le savez,
Qu’à force de tenter et tenter,
On pourrait tous se noyer?
Je suis au courant, loin du courant,
Que je parais pessimiste,
Mais j’ai de l’eau salée dans les poumons.
Alors je resterai devant l’horizon,
Pour le meilleur ou pour le pire;
Une éternelle égoïste.
Le port deviendra mon poste d’observation,
Condamnée à cette affreuse condition;
Admirer les autres traverser.
Je n’aurai plus aucune ambition,
Confondre la prudence et le bon.
À laisser les févriers défiler.