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Agression dans les artères : pourquoi la violence automobile sévit

Auteur·e·s

Michael Kowalsky

Publié le :

8 décembre 2022

Trace sonore d’un·e chauffeur·euse exaspéré·e par un embouteillage ou de quelqu’un qui veut signaler sa présence, le bruit d’un klaxon suscite la frustration chez plusieurs voyageur·euse·s. Si on suivait l’exemple du jeu vidéo populaire Grand Theft Auto, ce bruit d'alerte ne serait que le début d’une série d’actes violents commis contre les autres usager·ère·s de la route. Les grossièretés possibles dans les rues fictives du jeu vont à contresens extrême de la civilité exigée par la société. Néanmoins, nous lisons dans les journaux des histoires incroyables de chauffard·e·s intoxiqué·e·s par la colère qui infligent de la douleur ou des dommages à autrui. Ces chauffard·e·s définissent un genre de violence surnommé « la rage au volant », phénomène néfaste qu’on explore ici de plus près.

Comme le monstre de Frankenstein, nous avons créé cette merveilleuse invention qui menace maintenant nos vies. Les automobiles sont partout, il serait difficile de changer les habitudes des citoyen·ne·s du jour au lendemain, et il faut qu’on se réconcilie avec l'idée de vivre avec le méchant monstre.

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Le dictionnaire explique que la rage au volant représente un « comportement violent et hors contrôle envers un autre automobiliste qui résulte des tensions et frustrations de la route ». Un·e chauffeur·euse s'impatiente, s'irrite et se fâche. Cet individu peut lancer un objet, frapper ou toucher délibérément l’autre, menacer avec un instrument, pourchasser, argumenter ou se bagarrer. Le/la chauffeur·euse affecté·e peut poser des gestes hostiles (par exemple, faire un doigt d’honneur) qui communiquent une rudesse discourtoise. Quelque chose à remarquer dans cette définition  est la formule « envers un autre automobiliste », formulation qui tient pour acquis que l’auto est la reine de la rue, et qui ignore tou·te·s les autres usager·ère·s de la route (nous reviendrons sur cette idée-là plus tard). Conduire peut pourtant mener à la détente avec de la musique ambiante calme, du contrôle sur la température intérieure et des sièges confortables. Ce paradis pour certain·e·s peut être transformé en pénitencier sous un autre regard.


Quelques penseur·euse·s ont décrit l’automobile comme une prison d’acier, et il serait ainsi imaginable de comprendre comment son occupant·e pourrait se sentir furieux·euse d’y être enfermé·e et cloisonné·e. Le/la chauffeur·euse est un·e prisonnier·ère enchaîné·e, lié·e par ses obligations pécuniaires, comme des assurances dispendieuses. La frustration, voire la rage, pourrait être la conséquence des stress de la société moderne où plusieurs travaillent à partir de leur automobile. Lorsqu’il/elles sont au volant, ils/elles se soumettent toujours au patron. L’apparence de sa cage est une métaphore pour son personnage, dans le sens du marketing. Les choix de la marque, de l'année et des accessoires de l’automobile véhiculent un message de pouvoir, de prestige ou de territoire. Pensez aux Hummer ou aux Jeep qui ont été conceptualisés pour les forces militaires : des machines qui intimident et qui jouent un rôle dans un combat contre ses adversaires. Tout comme les véhicules de l’armée qui sont utilisés pour défendre des territoires, les automobilistes verront souvent leur voiture, et ce qui les entoure, comme leur propre territoire à défendre. Cet aspect de défense de la propriété privée crée, dès le début, un antagonisme entre les chauffeur·euse·s et n’importe qui d’autre qui risque de s'imposer dans cet espace.


Les automobiles prêtent un déguisement d’anonymat aux chauffeur·euse·s, ce qui les aide à ne pas éprouver de l’empathie envers les autres usager·ère·s de la route. À cause de la vitesse de déplacement, il est quasiment impossible d'établir un contact visuel direct avec les piéton·ne·s, les cyclistes ou les autres chauffeur·euse·s. Plus encore, à cause de la vitesse, le/la chauffeur·euse est transporté·e rapidement ailleurs, ce qui fait en sorte que la connexion avec d’autres devient inutile. Cet anonymat crée un faux sentiment d’omnipotence où le/la chauffeur·euse est intouchable dans sa bulle.


Un chiffre qui choque est celui qu’entre 2000 et 2017, les routes aux États-Unis ont été témoins de plus d'accidents mortels liés à l’automobile qu’il y a eu de décès de soldats américains pendant les Première et Deuxième Guerres mondiales mises ensemble. L’automobile semble être l’instrument de notre propre extinction. Comme le monstre de Frankenstein, nous avons créé cette merveilleuse invention qui menace maintenant nos vies. Les automobiles sont partout, il serait difficile de changer les habitudes des citoyen·ne·s du jour au lendemain, et il faut qu’on se réconcilie avec l'idée de vivre avec le méchant monstre.


Si vous avez suivi ma chronique, vous savez que j’ai été longtemps messager à bicyclette. Je vous affirme que, oui, les chauffeur·euse·s ont lancé des objets comme des cigarettes ou des déchets vers moi, m’ont heurté délibérément avec leurs voitures, m’ont menacé avec des outils de construction, m’ont pourchassé, m’ont crié après, et pire encore. L’expérience m'a appris que rien de positif ne sort d’une chicane dans le trafic et qu’on doit adopter certaines techniques afin de désamorcer une situation potentiellement dangereuse. On peut faire semblant de prendre en note ou en photo la plaque d'immatriculation. On peut sourire et souhaiter une bonne journée. On est mieux de rester poli·e et d’essayer de se lier d’amitié avec une personne inconnue. C’est comme être pris avec un lion : on fait de notre mieux pour ne pas le contrarier et ainsi pouvoir s’en sortir le plus vite possible. Laissez votre imagination dessiner un dénouement bienheureux exempt de tensions.


La violence est la solution erronée du conducteur·trice quérulent·e. On parle souvent de l'influence des jeux vidéo sur la violence sociale, mais peut-être doit-on commencer à voir comme il le faut les sources de violence qui ne sont pas sur un écran, mais dans la rue. Grand Theft Auto, comme beaucoup d'œuvres de fiction, est inspiré par la réalité de notre monde. Oui, les routes dans le jeu sont plus dangereuses, mais seulement parce que les conséquences pour le/la chauffeur·euse sont moins sévères que dans la réalité. Dans le jeu comme dans la réalité, déclencher la violence reste un choix, et on peut choisir de faire autrement. La patience et la compassion pourront tou·te·s nous aider dans notre partage égalitaire de la route. On doit tou·te·s décompresser après notre trajet, avant de travailler ou d'étudier; espérons que notre voyage soit joyeux pour qu’on puisse être à notre meilleur une fois la destination atteinte. Et, comme d’habitude, on souhaite que vos lumières soient vertes!

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